Bateaux j)lats
ne savoit comment y aborder; joint que le feu des parapets et batteries en forme de redoutes, qui régnoient presque partout, en rendoit l'exécution beaucoup plus périlleuse et difficile. Et c'est aussi pourquoi j'avois inventé les mêmes plattes qui flottoient à six pouces d'eau, et portoient quatre pièces de canon et une espèce de pont-levis à la proue qui servoit d'échelle et de mantelet tout ensemble. A cause de leur figure carrée par-dessous et du bois dont elles étoient faites, elles se trouvoient capables de supporter une si grande charge, qu'outre les outils et matériaux pour les logements qu'il y avoit à faire, un bataillon de quatre cents hommes ou un escadron de soixante maîtres y pouvoit demeurer en bataille et en sortir à leur aise par six ou trois de front; joint qu'elles alloient à la voile et à la rame, qu'elles étoient à preuve de mousquet de tous côtés et se gouvernoient avec deux timons au lieu d'un seul, ce qui n'avoit point encore été vu jusque-là^.
La même année 1637, je fus rappelé auprès du roi qui m'envoya incontinent après dans l'armée de Flandre, où j'arrivai sur la fin du siège de Landrecies pour faire entendre à M. le cardinal de la Valette^, qui la commandoit alors, que l'intention de Sa Majesté seroit qu'on entreprit celui d'Avesnes, dont la prise nous donnoit aussi la Capelle que nous avions per-
1 . Comparer la description de ces bateaux donnée dans la Relation véritable du manquement de Vattaque des îles de Sainte-Marguerite et de Saint-Honorat en la côte de Provence, 1636. {Correspondance de Henri d'Escoubleau de Sourdis. tome I, page 220.)
•2. Louis de Nogaret de la Valette, fils du ducd'Épernon, archevêque de Toulouse, cardinal. Richelieu lui confia à diverses reprises des commandements militaires.
due peu auparavant. Mais la reconnoissance en ayant été faite par M. le grand maître de la Meilleraye\ où il désira que j'assistasse avec le sieur de Fabert^, afin que j'en pusse rendre compte à la cour qui m'y avoit envoyé pour cela, nous y trouvâmes trop d'inconvénients à craindre et de difficultés à surmonter, tant à cause du voisinage des bois et des ennemis que du mauvais terrain des environs qui empêchoit qu'on y put faire de circonvallation ni de tranchée qui valussent. De sorte que, sur l'ouverture que j'en fis, on se résolut d'attaquer la Gapelle, où je servis assez utilement en deux ou trois rencontres, et ensuite à la jonction de l'autre partie de l'armée qu'on avoit laissée à Maubeuge. J'étois à l'avant-garde avec le comte de Guiche ^ lorsqu'il se saisit du poste de Vaux, d'où dépendoit tout le succès de cette action, parce que, si nous n'eussions prévenu les Allemands, commandés par le général Piccolomini, le corps que menoit M. de Turenne, se trouvant coupé de tous cotés, étoit apparemment perdu sans ressource.
1638. — Au mois de janvier 1638, je fus envoyé pour reconnoître une seconde fois la frontière d'Espagne, du côté de la Navarre et de Saint-Jean-de-Luz,
1. Charles de la Porte, duc de la Meilloraie (1602-1664), maréchal de France, grand maître de l'artillerie.
2. Fabert (Abraham), marquis de Larrey (1599-1662), maréchal de France. Il servait alors en qualité d'ingénieur dans 1 etat-major du cardinal de la Valette. Le colonel Bourclly, dans son livre le Maréchal Fabert, rend compte de cette reconnaissance faite par du Plossis-Bosançon en compagnie de Fabert, tome I, page 97.
3. Antoine III de Gramont, comte do Guiche puis duc de Gramont (160'i-1678), maréchal de camp en 1635, maréchal de France on 16'i2.
afin de voir ce qu'on y pourroit entreprendre ; mais le dessein des Pampelons^ étant jugé trop difficile pour diverses raisons^, celui de Fontarabie fut résolu à mon retour, où je fus employé pour maréchal de bataille auprès de M. le Prince^, avec autorité de commandement sur les mestres de camp et colonels d'infanterie et de cavalerie , tant françois qu'étrangers , par ordre particulier du roi. J'y servis en toutes les deux approches, et la place fut réduite au point d'être mise au nombre de celles qu'on a perdues plutôt que manquées, l'art ayant fait paroître tout ce qu'il pouvoit dans l'offensive autant qu'en aucun autre siège de ces derniers temps "^ J'ose dire que l'on auroit certainement remporté l'avantage qui étoit à désirer, si la mésintelligence des trois principaux chefs, et particulièrement la haine irréconciliable d'entre l'archevêque de Bordeaux et le duc de la Valette, n'avoient été les véritables causes du contraire, plutôt que la bonne conduite ni la valeur des ennemis. A quoi l'on peut