‹ Mémoires de duc de Saint-SimonChapitre 120 sur 315 · LE ROI CONSIDÉRÉ · texte numérisé non relu

LE ROI CONSIDÉRÉ

sang. Enfin, prêt ^ de mourir, il s'abandonna à leur en donner le nom et le droit de succéder à la couronne, comme s'il eût pu en disposer, et faire les hommes ce qu'ils ne sont pas de naissance.

Ce ne fut pas tout. Ses soins et ses dernières dispositions pour après lui ne furent toutes qu'en leur faveur. Aliéné avec art de son neveu, et soigneusement entretenu dans cette disposition par le duc du Maine et par M"* de Maintenon, il subit le joug qu'il s'étolt laissé impo'ser par eux, il en but le calice qu'il s'étoit à lui-même préparé. On a vu les élans de sa résistance et de ses dépiteux regrets ; il ne put résister à ce qu'ils en extorquèrent. Son successeur y fut pleinement sacrifié, et autant qu'il fut en lui, son royaume.

Tout ce qui fut nommé par anticipation pour l'éducation du Roi futur n'eut d*autre motif que l'intérêt des bâtards, et rien moins que nul autre. Le duc du Maine fut mis à la tête, et sous lui le maréchal de Villeroy, l'homme le plus inepte à cet emploi qu'il y eût peut-être dans toute la France; ajoutons que lors de ce choix il avoit soixante et onze ans, et que le prince dont il étoit destiné gouverneur en avoit cinq et demi. Saumery, très-indigne sous-gouverneur de M»' le duc de Bourgogne, et qui, sous prétexte des eaux, s'étoit bien gardé de le suivra à la campagne de Lille, avoit fait ses infâmes preuves à son retour en faveur de Vendôme, à la cabale duquel il s'étoit joint hautement. C'en fut assez pour le faire choisir au duc du Maine pour sous-gouverneur du Roi futur, comme un homme vendu et à tout faire.

Je n'ai point su qui avoit fait nommer Joffrevllle pour l'autre sous-gouverneur, mais il étoit trop homme d'honneur pour accepter un emploi où il falloit se vendre. 11 s'en excusa. Ruffé lui fut substitué. 11 se disoit Damas sans l'être ; mais pauvre, court d'esprit, qui n'envisagea

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