LE ROI PEU REGRETTÉ
n'avoit pour lui que de la crainte et de la bienséance. M"* la duchesse de Berry ne Taimoit pas, et comptoit aller régner. M. le duc d'Orléans n'étoit pas payé pour le pleurer, et ceux qui Tétoient n'en firent pas leur charge. M"* de Maintenon étoit excédée du Roi depuis la perte de la Dauphine ; elle ne savoit qu'en faire ni à quoi l'amuser ; sa contrainte en étoit triplée, parce qu'il étoit beaucoup plus chez elle, ou en parties avec elle. Sa santé, ses affaires, les manèges qui avoient fait tout faire, ou pour parler plus exactement, qui avoient tout arraché pour le duc du Maine, avoient fait essuyer continuellement d'étranges humeurs, et souvent des sorties, à M"* de Maintenon. Elle étoit venue à bout de ce qu'elle avoit voulu ; ainsi, quoi qu'elle perdît en perdant le Roi, elle se sentit délivrée, et ne fut capable que de ce sentiment. L'ennui et le vide dans la suite rappelèrent les regrets; mais comme elle n'influa plus rien de sa retraite, il n'est pas temps de parler d'elle, ni des occupations qu'ellie s'y fit.
On a vu jusqulà quelle joie, à quelle barbare indécence le prochain point de vue de la toute-puissance jeta le duc du Maine. La tranquillité glacée de sort frère ne s'en haussa ni baissa. Madame la Duchesse, afi^ranchie de tous ses liens, n'avoit plus besoin de l'appui du Roi, elle n'en sentoit que la crainte et la contrainte, elle ne pouvoit souflfrir M"* de Maintenon ; elle ne pouvoit douter de la partialité du Roi pour le duc du Maine dans leur procès de la succession de Monsieur le Prince; on lui reprochoit depuis toute sa vie qu'elle n'avoit point de cœur, mais seulement un gisier*; elle se trouva donc fort à son aise et en liberté, et n'en fit pas grandes façons.
M"* la duchesse d'Orléans me surprit. Je m'étois attendu à de la douleur; je n'aperçus que quelques larmes qui, sur tous sujets, lui couloient très-aisément des yeux, et qui furent bientôt taries. Son lit, qu'elle aimoit fort,