‹ Mémoires de duc de Saint-SimonChapitre 178 sur 315 · DU DEDANS DU ROYAUME · texte numérisé non relu

DU DEDANS DU ROYAUME

temps, et sut n*en être pas moins bien avec M. le duc d'Orléans. Il parvint à manger également au râtelier de la guerre et à celui de la cour, et les faire servir réciproquement Tun à l'autre. Aussi avoit-il de Fesprit, encore plus d'art, d'adresse et de manège, avec une ambition insatiable qui ne lui a jamais laissé de repos. C'étoit un grand homme fort bien fait, d'une figure avenante, avec des manières polies, aisées, entrantes, qui ne faisoit ja-r mais rien sans dessein, et qui aine de quinze ou seize frères ou sœurs, avec sept ou huit mille livres de rente entre eux tous, devenu conseiller d'État d'épée, chevalier du Saint-Esprit et de la Toison, lieutenant général de Provence, gouverneur de Nantes et tenant les étals de Bretagne, grand d'Espagne et maréchal de France, avec un grand mariage pour son fils, l'archevêché d'Aix et révêché de Lisieux pour ses frères, se mouroit de douleur de n'être pas ministre d'État, duc et pair, et gouverneur de Monseigneur le Dauphin.

J'en parle comme d'un homme mort par les apoplexies dont il est accablé, qui apparemment ne le laisseront pas vivre longtemps. Il a la main droite toujours gantée, même en mangeant; les doigts en paroissent vides, il n'y a qu*un mouvement léger du pouce : homme vivant ne Ta jamais vue. A la grosseur du dedans, et à tout ce qu'on en voit, il paroît que c'est une patte de crabe ou de homard ^ Ses façons et sa conversation étoient agréables, et il étoit fort instruit de tout ce qui se passoit au dedans et au dehors; dévot et constitutionnaire jusqu'au fanatisme, et du petit troupeau de Fénelon, qui n'empêche pas l'ambition à pas un des disciples de cette école.

Brancas eut les haras qui furent d'abord ôtés à Pontchartrain, et le premier écuyer les grands chemins, ponts, et chaussées, pavé de Paris, etc., dont il s'acquitta enj perfection. Il n'en fut pas de même des haras, que?

Page 1