PERSONNAGES DES CONSEILS
et son élève dans les finances, et pour qui il avoit contraint toute sa féroce humeur. Noailles ne songea pas seulement à garder avec lui aucunes mesures, et on verra bientôt jusqu^où il poussa l'ingratitude à son égard. M. le duc d'Orléans néanmoins, pressé par Effiat et par le maréchal de Villeroy, lui fit donner trois cent cinquante mille livres au renouvellement des fermes, sur ce qu'ils lui représentèrent que c'étoit un droit des contrôleurs généraux, que Desmarets n'avoit pas voulu toucher au dernier renouvellement, dans l'extrémité oii étoient les besoins de l'État.
Une si forte grâce, et faite si fort à contre-temps, à la suite de plusieurs autres facilités du Régent, dont j'ai parlé, et d'autres moindres que j'ai omises, firent augurer en lui une foiblesse fort nuisible à l'État et aux honnêtes gens, et fort utile aux impudents et aux effrontés. Malheureusement l'augure ne s'est trouvée * que trop véritable.
M"* Desmarets qui, sous l'ombre de la place de son mari, faisoit à part pour elle quantité d'affaires, culbuta avec lui. Un nommé la Fontaine, longtemps receveur de Monsieur le Prince à Senonches, près de la Ferté, où je l'avois vu, et qui delà, qui est aussi auprès de Mailleboîs, avoit été leur complaisant pendant leur exil, avoit aussi fait fortune avec eux, et s'étoit fait trésorier du régiment des gardes. G'étoit l'homme de confiance de M"* Desmarets, pour lui faire faire tous les jours des affaires, et pour placer et gouverner l'argent qu'elle en tiroit. Tout cela se renversa à la chute de la place. Elle prétendit avoir été volée. Elle en fut étrangement troublée. Dans cet état la petite vérole la prit; elle en releva folle; et personne même ne l'a jamais vue depuis, quoique elle ait encore vécu quelques années. Ainsi les deux rivales des bonnes grâces de M"* de Maintenon, M"* Voysin et M"* Desmarets sont mortes, l'une de désespoir de les avoir