FORME DES CONSEILS DU FEU ROI [1715J
que la mienne, et que la robe leur sut et à moi tout le divers gré que nous méritâmes d'elle là-dessus.
Resté seul avec le Régent, je le pressai de décider. Ces deux* hommes, qui avoient peur de tout, et lui aussi, Favoient effarouché sur la robe. Il me proposa l'expédient de faire d'Effiat vice-président pour précéder à ce titre. Je lui représentai, en général, l^s inconvénients des mezzo termine^ qui sont les pères des plus folles prétentions et qui ne sont jamais qu'en faveur de ceux qui ont tort et contre ceux qui ne peuvent perdre en jugement définitifs et en particulier, Tindécence et le danger de tolérer une prétention absurde, dont le succès en feroit naître de toutes les couleurs. Je le laissai dans sa bonne amie l'irrésolution et l'indécision, après avoir parlé d'autres affaires.
Deux jours après, qui se passèrent en ridicules négociations, les conseillers d'État, qui ne demandoient pas mieux que d'en sortir avec un titre qui réalisât leur prétention, eurent la bonté de consentir de céder au titre de vice-président; ce qui étoit s'assurer la préséance sur tout autre homme de qualité qui pourroit entrer au conseil de finances, etc. Le Régent reçut cette complaisance avec gratitude, et d'Ëfiiat fut déclaré vice-président.
Ce que j'avois prédit au Régent arriva, et il vaut mienx le raconter tout de suite que d'en interrompre des matières plus importantes. Il fut réglé que les procès évoqués au Roi, qui se voient dans un bureau du conseil des parties, les affaires des prises qui se voient au conseil des prises, et maintenant de marine, quelques-unes de finances qui étoient contentieuses ou qui demandoient un règlement, toutes choses usitées sous le feu Roi, se rapporteroient comme de son temps, devant lui, c'est-àdire alors au conseil de régence, à quoi on ajouta certaines affaires du conseil de guerre, comme étapes, etc., et autres genres de règlements concernant les troupes.
1. DiginUif, ici encore, au manuscrit. Voyez tome X, p. 108 et note 1.
tl7i5] ADAPTÉE AD CONSEIL DE RÉGENCE. 259
Sous le feu Roi, le bureau du conseil des parties qui avoit vu une affaire évoquée devant lui entroit tout entier au conseil où étoit le Roi et ses ministres, et le maître des requêtes qui avoit rapporté Taffaîre au bureau du conseil des parties la rapportoit devant le Roi« Les conseillers d'État de ce bureau opinoient tous quatre ou cinq après lui, puis les minisires, et le Roi jugeoit en se rendant toujours ou presque toujours à la pluralité des voix. Pour les affaires des prises, il y avoit sous le feu Roi un conseil des prises, composé de quelques conseillers d*État, qui se tenoit chez M. le comte de Toulouse quand il y avoit matière, lequel entroit après au conseil du Roi, seul avec le maître des requêtes qui avoit rapporté chez lui, et qui rapportoit devant le Roi et ses ministres, le comte de Toulouse présent et opinant, et se retirant avec le rapporteur dès que Taffaire étoit jugée. A l'égard de celles de finance dont on vient de parler, le contrôleur général en chargeoit un maître des requêtes à son choix, qui entroit seul au conseil du Roi un jour de conseil des finances, et qui rapportoit l'affaire. Dans tous ces conseils, tout ce qui y entroit y étoit assis, excepté le maître des requêtes rapporteur qui rapportoit debout. Il fut donc réglé que cela se passeroit de même à la régence, et qu'à regard des affaires du détail de la guerre, dont on vient de parler, elles seroient rapportées au conseil de régence par l'un des deux maîtres des requêtes de ce conseil, le Blanc et Saint-Contest.
Pour ne rien laisser en arrière sur les conseils du feu Roi, il faut ajouter que le seul conseil des dépêches étoit tout différent des autres. La matière en étoit les disputes ou les règlements à faire dans les provinces et dans les villes, qui étoit proprement celle des départements des provinces des secrétaires d'État, qui, étant bien aises de s'en rendre les maîtres, en disoient un mot le matin au Roi à l'issue de son lever, puis expédioient comme ils vouloient; ce qui rendoit ces conseils plus rares, sous prétexte de soulager le Roi. Mais il y avoit aussi telle