‹ Mémoires de duc de Saint-SimonChapitre 208 sur 315 · QUELS SONT LES CASTILLE · texte numérisé non relu

QUELS SONT LES CASTILLE

mars 1680, ayant soixante-trois ans. De M. Fourché, sa première femme, il n'eut qu'une fille, mariée au comte depuis duc d& Charost, de laquelle j'ai parlé ailleurs, qui fut mère du duc de Charost, lequel fut fait gouverneur de la personne de Louis XV, lorsque le maréchal de ViUeroy fut chassé. Le surintendant épousa en secondes noces la fille de Pierre de GastiUe, intendant des finances, et de la fille du célèbre président Jeannin, d'où leur fils s'appela Nicolas Jeannin de GastiUe, qui fut greffier de Tordre, en 1657, sur la démission de Novion, depuis premier président, qui en fut chassé pour ses friponneries et ses injustices hardies, comme je l'ai dit ailleurs. GastiUe fut arrêté à la chute de son beau-frère, sous lequel il travailloit, puis exilé chez lui à Monjeu en Bourgogne. C'est lui dont ces fades lettres de Bussy Rabutin parlent tant. 11 avoit eu ordre en prison de donner la démission de sa charge de l'ordre; ce qu'il refusa sous ce prétexte de ne le pouvoir étant prisonnier. 11 eut le même commandement lorsqu'il fut élargi et exilé; il persista dans son refus. On • lui ôta le cordon bleu nonobstant sa charge; et, comme son opiniâtreté duroit toujours, la charge de greffier de l'ordre fut donnée par commission à Châteauneuf, secrétaire d'État, fils et père des la VriUière, en 1671, enfin en titre, en 1683. Ce Jeannin de GastiUe épousa une Dauvet, fiUe de Desmarets, grand fauconnier de France, dont il eut une fiUe unique, que nous avons vujb épouser le comte d'Harcourt Lorraine, fils unique du prince et de la princesse d'Harcourt, desquels j'ai parlé quelquefois, lequel comte d'Harcourt obtint une terre en Lorraine, à qui il fit donner le nom de Guise par le duc Léopold de Lorraine. 11 en prit le nom, que le fils unique de ce mariage porte encore aujourd'hui. Je n'ai pu me défendre de cette petite parenthèse des GastiUe, qui sont gens de rien, dont l'occasion s'est offerte d'eUe-même; Revenons maintenant aux enfants que le surintendant Foucquet a eus de cette GastiUe sa seconde femme.

Il eut trois fils, et une fille qui épousa, en 1683, le mar-

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quis de Crussol, fils du chef de la branche de Montsalez, lequel étoit frère du troisième duc d'Uzès, bisaïeul du duc d*Uzès d'aujourd'hui. Il y a postérité de ce mariage. Les trois fils, frères de cette dame de Montsalez, furent M. de Vaux, fort honnête et brave homme, qui a servi volontaire, à qui le Roi permeltoit d'aller à la cour, mais qui jamais n'a pu être admis à aucune sorte d'emploi. Je l'ai vu estimé et considéré dans le monde. Il avoit épousé la fille de la célèbre M"* Guyon, et mourut sans enfants en 1705. Le chevalier de Sully, devenu duc et pair par la mort de son frère, l'épousa par amour, et ne déclara son mariage que fort tard, à cause de la duchesse du Lude, sa tante, qui en fut outrée, principalement parce qu'elle n'étoit pas en état d'avoir des enfants. Elle étoit fort belle, vertueuse, et avoit beaucoup d'esprit et d'amis. Le second fils fut le P. Foucquet, grand directeur et célèbre prêtre deTOratoire; le troisième, M. de Belle-lsle, qui non plus que son frère n'a jamais pu obtenir aucune sorte d'emploi, qui n'a jamais paru à la cour, et presque aussi peu dans le monde, fort honnête homme aussi, avec beaucoup d'esprit et de savoir. Je l'ai fort connu à cause de son fils. Il étoit sauvage au dernier point, et néanmoins de bonne compagnie, mais battu de ses malheurs.

Je ne sais où il vit une fille de M. de Charlus, père du duc de Lévy. Ils se plurent peut-être un peu trop ; on les fit marier; on ne leur donna rien; on ne les voulut point voir. Ils s'en allèrent vivre à Âgde, où ils ont passé nombre d'années au pain et au pot de l'évêque, leur oncle. Us revinrent enfin à Paris, chez M"* Foucquet leur mère, dans ces mêmes dehors du Val-de-Grâce, qui les nourrit tant qu'elle vécut; après quoi ils eurent quelque peu de bien. Longtemps après, ils recueillirent Belle-lsle, et tout ce qui avoit été sauvé des débris du surintendant, par la mort de M. de Vaux, l'aîné des trois, et du P. Foucquet, le second. Us eurent deux fils, et une fille qui, après l'avoir été longtemps, épousa enfin le fils aîné de M. de la Vieuville et de la sœur du comte de la Mothe-Houdancourt,

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sa première femme. Ce la Vieuville étoit un néant obscur, qui bfentôt après la laissa veuve avec deux fils.

Les deux fils, frères de celle dame de la Vieuville, portèrent le nom de comte et de chevalier de Belle-Isle. Jamais le concours ensemble de tant d'ambition, d'esprit, d'art, de souplesse, de moyens de s'instruire, d'application de travail, d'industrie, d'expédients, d'insinuation, de suite, de projets, d indomptable courage d'esprit et de cœur, ne s'est si complètement rencontré que dans ces deux frères, avec une union de sentiments et de volontés, c'est trop peu dire, une identité entre eux inébranlable : voilà ce qu'ils eurent de commun. L'aîné, de la douceur, de la figure, toutes sortes de langages, de la grâce à tout, un entregent, une facilité, une liberté à se retourner, un air naturel à tout, de la gaieté, de la légèreté, aimable avec les dames et en bagatelles, prenant l'unisson avec hommes et femmes, et le découvrant d'abord. Le cadet plus froid, plus sec, plus sérieux, beaucoup moins agréable, se permettant plus, se contraignant moins, et paroissant moins aussi, peut-être plus d'esprit et de vues, mais moins justes, peut-être encore plus capable d'affaires et de détails domestiques, qu'il prit plus particulièrement, tandis que l'aîné se jeta plus au dehors : haineux en dessous et implacable, l'aîné glissant aisément et pardonnant par tempérament; tous deux solides en tout, marchant d'un pas égal à la grandeur, au commandement, à la pleine domination, aux richesses, à surmonter tout obstacle, en un mot, à régner sur le plus de créatures qu'ils s'appliquèrent sans relâche à se dévouer, et à dominer despotiquement sur gens, choses* et pays que leurs emplois leur soumirent, et à gouverner généraux, seigneurs, magistrats, ministres dont ils pou voient avoir besoin, toutes parties en quoi ils réussirent et excellèrent jusqu'à arriver à leurs fins par les puissances qui les craignoient et qui même les liaïssoient, C'est ce qui se verra par la suite, et qui s'est vu encore mieux au delà du temps de l'étendue que je puis donner à ces Mémoires.

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' Us se trouvoient cousins germains des ducs de Gharost et de Lévy, issus de germains de la comtesse d'Harcourt, mère de M. de Guise et des duchesses de Bouillon et de Kichelieu, cousins germains de MM. de Grussol Montsalez. Leur mère étoit une femme qui avoit plus d'esprit qu'elle n'en paroissoit, et encore plus de sens, avec beaucoup de douceur et de modestie. Elle et son mari vécurent toujours intimement, et leurs enfants leur furent toujours entièrement attachés. M. de Lévy, qui au fond étoit bon homme, eut pitié de sa tante ; M"* de Lévy encore plus. L'un et l'autre la prirent en amitié, et par elle sa famille. Gette affection alla toujours croissant, en sorte que M"'*de Lévy, qui étoit vive et ardente, se seroit mise au feu pour eux. Le duc de Gharost ne fut pas moins échauffé pour eux. On a vu souvent dans quelle liaison M"* de Saint- Simon et moi vivions avec lui et avec M™* de Lévy, et c'est [ce] qui la forma entre les Belle-lsle et nous, qui de là devint après directe. L'aîné avoit épousé une Durfort Sivrac, avec qui ils vécurent tous à merveilles et avec une patience surprenante. C'étoit une manière de folle, qui mourut heureusement pour eux, et n'eut point d'enfants.

Il servit quelque temps capitaine en Italie, Là et partout où il servit depuis, il s'appliqua à connoître ce qui valoit le mieux en chaque partie militaire : troupes, partisans, officiers généraux, artillerie, génie, jusqu'aux vivres, aux dépôts, aux munitions, à faire sa cour à ces meilleurs-là de chaque espèce, et à les suivre pour s'en faire aimer et instruire. Le Roi, qui connoissoit encore quelque mesure entre les gens, ne put refuser enfin un • régiment à Belle-lsle; mais il lui en refusa d'infanterie et de cavalerie. 11 lui permit d'en acheter un de dragons, où les gens d'une certaine qualité ne vouloient pas entrer alors, si ce n'étoit tout à coup dans les deux charges supérieures. Belle-lsle, qui avoit déjà capté des généraux, non content de faire les campagnes en homme qui ne ménage rien pour voir tout et apprendre, passoit après

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les hivers à visiter Jes différentes frontières, ceux qui y commandoient, à s'y instruire de tout ce (Ju'ii pouvoit; et s'il y avoit en Italie ou ailleurs un reste de campagne plus longue, il y alloit l'achever, volontaire, toujours cherchant à apprendre tout et de tous. Cette volonté l'instruisit en effet beaucoup, le fit connoitre à toutes les troupes, et lui donna de la réputation. On a vu qu'il en acquit beaucoup à la défense de Lille, sous le maréchal de Boufflers, qui le vanta fort, et qu'il en sortit brigadier, fort dangereusement blessé. Sa blessure se rouvrit la campagne suivante en Allemagne. Il fut porté à Saverne. 11 y fut longtemps, il sut en profiter, et il devint intime du cardinal de Rohan et de tous les Rohans, et l'est toujours demeuré depuis. Son frère en sa manière se conduisit et s'instruisit avec le même soin, et eut à la fin un brevet de colonel de dragons. L'aîné fit pourtant si bien qu'il obtint l'agrément du feu Roi d'acheter, eu 1709, d'Hautefeuille, la charge de mestre de camp des dragons, qui a été le premier pas de sa fortune, où nous le laisserons présentement.

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