EN FAVEUR DU PREMIER ÉCUYER
passé quand Torcy paroissoit douter, comme il lui arriva souvent, apparemment pour être plus assuré de ce qu'il écriroit. Personne ne dit mot, même le Régent, tellement que plusieurs du conseil dirent que j'avois fait et dicté Farrêt. Torcy, après avoir achevé, lut tout haut ce qu'il venoit d'écrire, qui fut approuvé de tous à la fois sans ordre d'opinion ; et cependant la Vrillière, ami intime du premier écuyer, écrivoit aussi sur le registre du conseil, qui leva aussitôt après que Torcy eut achevé de lire, et eut signé ce qu'il avoit écrit.
Je sortis du conseil avec le comte de Toulouse, causants de ce qui venoit de se passer, et de ce qu'eût pu devenir Beringhen à son âge, s'il eût perdu son procès, c'est-àdire sa charge, et avec elle sa fortune et son être. Tournants sur le grand degré pour le descendre, des Épinay, vieil écuyer de la petite écurie, et fort attaché de tout temps à Beringhen, qui étoit là plus mort que vif, embusqué dans un coin pour apprendre le sort de l'affaire, qui ^ nous la demanda véritablement comme un homme demimort. Le comte de Toulouse avec son froid lui répondit que M. de Torcy le lui apprendroit. Des Épinay insista comme un mendiant. La pitié m'en prit, et du premier écuyer, qui l'avoit envoyé. Je dis au comte de Toulouse : Pourquoi le faire languir pour un secret qui va être public dans quatre ou cinq minutes? Tout de suite je me tournai à des Épinay, et lui dis : « Allez, M. des Épinay, Monsieur le Premier a gagné en plein : indépendance, dépouille, en un mot, tout sans exception. » Cet homme, qui étoit vieux, et le même qui du temps du Roi étoit attaché au carrosse de M"* de Maintenon, se jeta à mes genoux, me dit d'une voix foible et entrecoupée que je lui rendois la vie; qu'il l'alloit rendre à Monsieur le Premier, et vole à l'instant par le degré, que nous le perdîmes de vue que nous n'étions qu'à la troisième marche. J'allai dîner chez le marquis du Ghâtelet, où j'appris que
1. Ce second ^itt doit être supprimé, ou la phrase est inachevée.