‹ Mémoires de duc de Saint-SimonChapitre 235 sur 315 · LE RÉGENT TROMPÉ · texte numérisé non relu

LE RÉGENT TROMPÉ

voir pas la trame de toute cette menée, tissue par le duc du Maine, son plus grand ennemi, et par le premier président, qui ne Tétoit pas moins, et un avec le duc du Maine, qui amusoient des gens sans connoissance, et qui profîtoient de leur vanité pour unir un nombreux groupe ensemble, le tenir en leur main, disposer de leur aveuglement, et en temps et lieu s'opposer à lui et à son gouvernement, à leur tête, et en unisson avec les provinces et avec le Parlement.

Je le priai de se souvenir de rembarras que TAssemblée de 1649, quoique avouée par Monsieur et par la Reine régente, leur avoit donné; la juste crainte qu'ils en avoient enfin conçue, lorsqu'elle voulut parler d'autre chose que du rang des Bouillons, et des Rohans; enfin les soins et les peines qu'il y eut à les séparer et à les empêcher de se rassembler.

L'amour de la division et l'esprit de défiance, qui avec la plus étrange foiblesse dominoient le Régent, le rendirent sourd à mes remontrances. 11 croy.oit que l'intérêt des ducs me faisoit parler, et trouver le sien dans ce vacarme; et dans la suite, la crainle de cette prétendue noblesse le saisit et l'arrêta quand il eut commencé enfin à ouvrir les yeux sur ses démarches. Dans tous ces divers temps, tantôt il convenoit avec moi, et promettoit d'imposer, tantôt il esquivoit. Je le connoissois trop pour être la dupe de ses meilleurs propos. Un long usage m'avoit appris à lire dans ses yeux et dans sa contenance, quand il me parloit vrai ou contre sa pensée. Mais je comptois faire mon devoir de le poursuivre, et j'avouerai aussi que je me dépiquois en le mettant au pied du mur. Il sentit trop tard la solidité de mes représentations.

L'affaire du bonnet et des autres usurpations du Parlement ne se suivoit^ pas avec moins de chaleur. Les ducs s assembloient fréquemment, députoient au Régent, et j'étois celui qui d'ailleurs lui parlois le plus sou-

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