‹ Mémoires de duc de Saint-SimonChapitre 25 sur 315 · FONT TOUTES LES GUERRES · texte numérisé non relu

FONT TOUTES LES GUERRES

et pour ainsi dire rame d*un État dans une si heureuse position entre les deux mers.

Cette même jalousie de Louvois contre Colbert dégoûta le Roi des négociations dont le cardinal de Richelieu estimoit l'entretien continuel si nécessaire, aussi bien que la marine et le commerce, parce que tous les trois étoient entre les mains de Colbert et de Croissy, son frère, à qui Louvois ne destinoit pas la dépouille du sage et de rhabile Pompone, quand il se réunit à Colbert pour le faire chasser.

Ce fut donc dans celte triste situation intérieure que la fenêtre de Tri anon * fit la guerre de 1688; que Louvois détourna d'abord le Roi de rien croire des avis de d'Avaux, ambasseur en Hollande, et de bien d'autres qui mandoient de la Haye positivement, et de bien d'autres endroits, le projet et les préparatifs de la révolution d'Angleterre, et nos armes de dessus les Provinces-Unies par la Flandre, qui en auroient arrêté Texécution, pour les porter sur le Rhin, et par là embarquer sûrement la guerre. Louvois frappa ainsi deux coups à la fois pour ses vues personnelles : il s'assura par cette expresse négligence d'une longue et forte guerre avec la Hollande et l'Angleterre, où il étoit bien assuré que la haine invétérée du Roi pour la personne du prince d'Orange ne souffriroit jamais sa grandeur et son établissement sur les ruines de la religion catholique et de Jacques II son ami personnel, tant qu'il pourroit espérer de renverser l'un et de rétablir l'autre ; et en même temps il profitoit de la mort de l'électeur de Cologne, qui ouvroit la dispute de l'élection en sa place, entre le prince Clément de Bavière son neveu et le cardinal de Furstemberg son coadjuteur, portés ouvertement chacun par l'Empereur et par la France, et sous ce prétexte persuade au Roi d'attaquer l'Empereur et l'Empire par le siège de Philisbourg, etc.; et pour rendre cette guerre plus animée et plus durable,

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