‹ Mémoires de duc de Saint-SimonChapitre 251 sur 315 · LA CHARGE DE PONTCHARTUAIN · texte numérisé non relu

LA CHARGE DE PONTCHARTUAIN

saurez gré. — Hé ! si je vous en saurai, reprit-il vivement, je vous en sais déjà, et j'en enrage, car il est vrai que c*est à vous que je dois la charge à mon petit-ifils et le salut de ma famille. » Et m*embrassa encore en ajoutant qu'il ne laisseroit pas ignorer à son petit-fils quelle obligation il m'avoit, et lui ordonneroit bien de ne la jamais oublier. Il le fit en effet, et de manière que je m'en suis toujours fort aperçu dans la conduite de M. de Maurepas avec moi, et dans tous les temps par son amitié et sa confiance.

Sur ces propos Tabbé de Thésut arriva. Un moment après, le chancelier regarda sa pendule, puis se tourna à moi, me dit : « J*ai envoyé chercher mon pauvre fils; il va arriver; il ne sauroit douter que le coup qui Técrase ne parte de votre main. Épargnez-lui la peine qu'il auroit de vous trouver ici dans ce cruel moment. » Là-dessus il m'embrassa encore en me disant : « Vous êtes un terrible homme, et avec cela, il faut encore que je vous aime, et que je ne m'en puisse empêcher. — Monsieur, lui répondisje, en vérité, vous me devez cette amitié, et vous ne sauriez douter de la force de la mienne par cette marque d'attachement que je vous donne jusqu'en cette occasion qui sauve votre petit-fils et votre famille, dont vous sentirez la joie toute entière après ce premier trouble passé. » Làdessus je m'en allai, le laissant avec la Vrillière et l'abbé de Thésut, en présence desquels se devoit faire et signer la démission.

Je rencontrai en m'en retournant Pontchartrain qui alloit fort vite chez son père. Il avoit l'air fort eff'aré. La Vrillière me conta l'après-dînée qu'il étoit demeuré fort abattu, et point du [tout] consolé par la fortune de son fils. Il n'osa pas faire la moindre difficulté en présence de son père et de l'homme de M. le duc d'Orléans, qui reçut entre onze heures et midi cette démission, par l'abbé de Thésut.

Cette nouvelle répandit la joie dans Paris, et après dans les provinces. Chacun se disoit qu'il y avoit long-

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