‹ Mémoires de duc de Saint-SimonChapitre 267 sur 315 · PENSÉES DE L ESPAGNE, OÙ ALBERONI · texte numérisé non relu

PENSÉES DE L ESPAGNE, OÙ ALBERONI

— Traite de la Barrière, signé entre l'Empereur et les états généraux ; soupçons qu'il cause, favorables au Prétendant. ~ Inquiétude de la France sur la conduite de l'Espagne, et la sienne en conséquence. — Plaintes de l'Angleterre de ht conduite de la France à l'égard du Prétendant, et pareillement de celle de l'Espagne. — Le Pape et le clergé d'Espagne assistent le Prétendant, dont les affaires tournent mal. — L'Espagne se désiste, par un traité fort avantageux aux Anglois, des articles ajoutés au traité d'Utrecht. — Mesures de l'Espagne avec la Hollande sur le commerce ; vanteries d'Alberoni ; naufrage de la flottille d'Espagne richement chargée. — Plan d'Alberoni pour les réformes. — Voir les pièces, et quelles elles sont, tant sur le détail des affaires étrangères que sur celles de la constitution. — Duels réveillés. -— Charost obtient pour son fils la survivance de sa charge de capitaine des gardes du corps. — Bals de l'Opéra. — Raisons de tenir la cour à Versailles; celles de M. le duc d'Orléans pour Paris; les médecins prolongent le séjour de Vincennes. — Les PP. Tellier et Doucin chassés de Paris; les jésuites interdits par les évoques de Metz et de Verdun. — Biron marie sa fille aînée k Bonac, et son fils aîné à la fille aînée du duc de Guiche.

— Service du feu Roi k Notre-Dame. — Mort d'une fille carmélite du maréchal de Villeroy et de M"* de Sourches. — Mort de laHoguette, archevêque de Sens ; son éloge. — Mort de M"* de Louvois ; curiosités sur elle. — Mort de la femme du czarowitz. -— Nouveau délai k Vincennes ; les conseils de régence sont partagés entre Vincennes et Paris. — Mort et caractère du prince Camille. — Mort de l'électeur de Trêves Lorraine. — Mariage du marquis d'Harcourt avec M"- de Villeroy. — Caylus, réhabilité et absous de son ancien duel, fait une grande fortune en Espagne. — M. le duc d'Orléans a la foiblesse de pardonner k la Feuillade, de le nommer ambassadeur k Rome, et de le combler de grâces et de biens. — Monsieur le Duc dispute au duc du Maine et au comte de Toulouse le traversement du parquet; réception du duc de Valentinois au Parlement différée. — Cruelle affaire suscitée k Desmarets, dont il se tire bien; je lui pare l'exil, et me raccommode avec lui ; peu après nous nous parlons très-franchement k la Ferté l'un k l'autre. — Valeur des espèces' augmentée. — ' D'Antin surintendant des bâtiments. ~ Le Roi k Paris.

L'Espagne jugeoit que le Régent vouloit maintenir Tunion avec elle et la paix avec ses voisins, mais que son intelligence secrète avec l'Angleterre étoit grande et alloit à faire un traité de commerce. Elle en concluoit peu ou point d'espérance d'ôtre secourue de la France, dont les finances étoient en grand désordre, en cas d'atlaque de l'Empereur, contre laquelle, si elle arrivoit, elle

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se préparait à se bien défendre, en se maintenant en paix avec l'Angleterre et avec le Portugal.

Alberoni gagnoit toujours du terrain, et par degrés devenoit en effet premier ministre. Le cardinal del Giudice en étoit piqué au vif. Gellamare, ami de l'un, neveu de l'autre, avoit sagement entretenu l'union entre eux. Il voulut donc s'en retourner en Espagne pour empêcher leur rupture. Il demanda son congé; il se flatta de l'obtenir; ce n'étoit pas l'intention d'Alberoni de bien vivre avec Giudice. G'étoit pour lui un personnage d'un trop grand poids dont il avoit bien résolu de se défaire.

11 pensa y avoir une rupture entre les cours de Rome et de Madrid. On a vu en son lieu quel étoit le cardinal Sala, et qu'il étoit mort. 11 avoit eu du Pape, à la recommandation de l'Empereur, l'importante place d'inquisiteur général d'Espagne. Le Pape en disposa en faveur de l'évêque d'Albaracin, aussi rebelle que l'avoit été Sala. Le roi d'Espagne vouloit chasser Aldovrandi , nonce auprès de lui, et fermer la nonciature. Le P. d'Aubanton, son confesseur, para ce coup avec bien de la peine. Quelque jalousie qu'Alberoni eût de son crédit et de ses fréquentes audiences secrètes du roi d'Espagne, il l'aida à calmer l'esprit de ce prince. Alberoni, qui vouloit régner en Espagne, sentoit le besoin qu'il avoit de la pourpre pour s'y maintenir ou pour s'en dédommager. Il ne sentoit pas moins aussi l'excès de sa bassesse. 11 n'osoit donc y prétendre ouvertement, mais il avoit conçu le dessein que la reine en fit toutes les démarches, comme à son insu, et pour lui faire une surprise agréable. Pour parvenir à ce but, il falloit empêcher que les deux cours ne se brouillassent, et ménager le jésuite Aubanton, fabricateur de la bulle Unigenitus avec le cardinal Fabroni, comme on l'a vu en son lieu, lorsqu'il étoit assistant du général des jésuites à Rome, après avoir été chassé d'Espagne et de la place de confesseur du roi, où Rome et les jésuites avoient eu l'art de le faire revenir, comme

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