CAYLUS RÉHABILITÉ
étoit aussi évêque d'Osnabruck, et avoit d'autres bénéfices. Un autre frère, abbé de Stavelo et grand prieur de Castille, étoit mort de la même maladie Tannée précédente.
Le fils aîné du maréchal d'Harcourt, nouveau survivancier de sa charge, épousa la fille aînée du duc de Villeroy. Le maréchal de Villeroy fit une noce fort magnifique.
M. le duc d'Orléans, facile, comme je Tai déjà remarqué, sur les duels, permit à Gaylus de venir purger le sien, dont j'ai parlé en son lieu, avec le fils aîné du comte d'Auvergne, mort il y avoit longtemps. Il vint d'Espagne exprès, où il avoit toujours depuis servi avec distinction, et il y étoit lieutenant général Trois ou quatre jours de Conciergerie terminèrent son affaire, et trois ou quatre autres ses visites à ce qui lui restoit de connoissances, après quoi il s'en retourna prendre le commandement de FEstrémadure, vacant par la mort dii marquis de Bay, que le roi d'Espagne lui avoit donné. Il y a fait depuis la plus complète fortune. J'aurai lieu de parler de lui ailleurs. 11 étoit frère de Tévêque d'Auxerre, et beau-frère de M"' de Caylus, nièce favorite de M"* de Maintenon, de laquelle il a été ici mention plus d'une fois.
La foiblesse de M. le duc d'Orléans, qui gâta tout en lui toute sa vie, se montra en ce temps-ci par un trait le plus marqué, et qui lui fit un tort extrême par l'opinion qu'on en conçut, et qui, à son égard, régla, ou pour mieux dire, dérégla la conduite de beaucoup de gens. On a vu, à mesure que les occasions s'en sont présentées, que personne n'avoit offensé ce prince si souvent ni si gratuitement que la Feuillade, ni si cruellement. On a vu quelle fut sa conduite à Turin, ses propos publics à la mort de Monsieur et de Madame la Dauphine, que c'est le seul homme contre lequel, à cette dernière occasion, il s'emporta jusqu'à lui vouloir faire donner des coups de bâton, que j'eus toutes les peines du monde à empêcher. La Feuillade avec sa fausseté, son masque de philosophie.
398 LE DUC d'ORLÉANS A LA FOIBLESSE [17I5J
son épicurienne morale, sa bassesse jusqu'à Findignité pour la faveur, son ambition démesurée, qui se permettoit tout, et sa hauteur insupportable dans la fortune n'avoit pas deviné que M. le duc d'Orléans deviendroit le maître. Il se désoloit donc de n'être délivré par la mort du Roi d'une disgrâce profonde, que rien n'avoit pu diminuer depuis Turin, que pour retomber dans une autre, d'autant plus fâcheuse qu'il se l'étoit creusée lui-même par ses gratuits forfaits. Il se désespéroit de n'y voir point d'issue, quand un coup de baguette changea son sort en un instant.
On a vu que l'infâme débauche et d'autres circonstances l'avoient intimement lié avec ftanillac, qui l'aimoit d'autant plus chèrement que son orgueil étoit flatté de la supériorité que la Feuillade lui avoit laissé prendre sur lui, jusqu'à en être regardé et traité comme son oracle. Ce même orgueil de Ganillac, joint à l'amitié, lui fit entreprendre d'abuser de celle de M. le duc d'Orléans jusqu'à le trahir, et de rendre la vie à Vambition de la Feuillade. Ganillac ne connoissoit que trop à fond le prince à qui il avoit affaire. 11 fit l'effort de se taire sur ce projet qui ne pouvoit réussir que par le secret. Il piqua le Régent de peur, d'intérêt et d'honneur, l'un aussi mal à propos que l'autre ; étala son bien-dire d'un ton d'autorité, et fit si heureusement son personnage que le Régent, qui ne s'étoit montré inexorable sur le comte de Roucy que parce que ce n'étoit pas un homme, reçut presque comme un service l'occasion qui lui fut présentée par Ganillac de regagner la Feuillade, duquel, par l'étoffe qu'il y connoissoit, on lui fit aisément accroire qu'il y avoit à craindre et à espérer de lui.
L'occasion du marché du gouvernement de Dauphiné, que Ganillac persuada à M. le duo d'Orléans, qui ne songeoit à rien moins, d'acheter de la Feuillade, qui avoit grand besoin d'argent, pour M. le duc de Ghartres, fut habilement saisie, pour devenir une source de pluies de grâces et de bienfaits sur la Feuillade, qu'on verra bientôt.