ET ME RACCOMMODE AVEC LUI
et rattacher à ses anciens amis, n'avoient pu le rendre sage dans la pratique dans son retour, ni le préserver de Tentraînement; qu'il étoit vrai qu'il avoit compté pour tout le Roi et M"* de Maintenon, et tout le reste pour rien ; vrai encore qu'accoutumé depuis si longtemps à leur règne, et par son retour à les approcher tous les jours, il les avoit crus immortels, et n'avoit jamais imaginé qu'ils dussent mourir; qu'il se comptoit très-bien avec eux; qu'il ne songeoit qu'à s'y maintenir, et qu'il n'avoit d'attention que pour ceux qui étoient assez bien avec eux pour y pouvoir contribuer. J'ai cent fois repassé en moi- Diême une conversation si singulière. Elle dura toute la promenade, et effaça toute la beauté de mon parc sans que j'y prisse garde. Elle ne finit pas sans dire deux mots chacun de notre bon et estimable ami le duc de Noailles. Après une ouverture si égale des deux parts et si extraordinaire, l'heure de s'en aller nous sépara à regret, et jusqu'à sa mort nous nous sommes vus sur le pied d'amitié et de franchise. Je devois le surlendemain aller dîner à Maillebois ; mais le lendemain il m'envoya dire qu'il étoit pris d'une forte néphrétique, et qu'il me prioit de n'y pas aller. Je sus après qu'eljB avoit [été] violente, et lui avoit duré plusieurs jours. Je ne sais si ma franchise lui avoit causé cette révolution. Je fus obligé de retourner à Paris ; il y revint bientôt après. J'ai cru que cette aventure méritoit d'avoir place ici pour sa curieuse rareté.
Un matin que le conseil de régence se ténoit aux Tuileries sur les affaires étrangères, nous fûmes surpris que ie duc de Noailles demanda à entrer pour une affaire pressée. Il parla un moment, à un coin, à M. le duc dOriéans, puis proposa le rehaussement des espèces. La surprise fut grande. Le Régent parla après lui sur le malheur de cette nécessité, mais comme ayant pris son parti. On opina assez confusément, entre la répugnance et la crainte de déplaire. Quand ce vint à moi, j'exposai tous les inconvénients de toucher à la monnoie, par les histoires et par les exemples de nos jours, et l'illusion d*un soulagement
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présent qui entraînait de si longues et de si funestes suites pour le change et pour la place, et pour toute sorte de commerce, et je conclus à la laisser sur le pied qu'elle étoit, puisqu'on n'étoit pas en état de la rapprocher en la baissant de sa valeur intrinsèque. Je fus applaudi, mais tondu. Cela ne laissa pas d'exciter quelque murmure, et beaucoup dans le public.
M. le duc d'Orléans déclara d'Antin surintendant des bâtiments, comme Torcy des postes. Il y eut de la difficulté au Parlement et à la chambre des comptes.
Ce prince assista, comme faisoit feu Monsieur, aux dévotions de Noël à Saint-Eustache et aux Pères de rOratoire de Saint-Honoré. Moins de dévotions de calendrier, et moins de licence les soirs, auroient form»* une vie plus unie et plus décente. Il n'est pas encore temps d'en parler, non plus que du détail de ses journées. 11 faut un peu plus avancer pour s'y étendre plus à propos.
Enfin, le lundi 30 décembre, le Roi partit de Vincennes après son dîner pour venir à Paris, placé dans son carrosse aussi peu décemment qu'il l'avoit été en venant de Versailles à Vincennes. Il étoit au fond entre M. le duc d'Orléans et la duchesse de Ventadour; le maréchal de Villeroy au devant, entre M. du Maine et le prince Charles, grand écuyer; le maréchal d'Harcourt, capitaine des gardes en quartier, à la portière du Roi, c'est-à-dire à droite. Monsieur le Premier souffîa l'autre de vitesse au duc d'Albret, grand chambellan, que M. le duc d'Orléans avoit appelé.
J'ai déjà expliqué le droit des places du carrosse du Roi, lors du voyage de Versailles à Vincennes. J'ajouterai seulement que M. du Maine, ni le maréchal de Villeroy, n'avoient aucun fondement de s'y mettre tant que le Roi étoit entre les mains des femmes, et leurs places auroient été remplies avec raison par le duc de Tresmes, premier gentilhomme de la chambre en année, et par le duc d'Àlbret. L'anticipation des hommes de l'éducation avoit