‹ Mémoires de duc de Saint-SimonChapitre 284 sur 315 · MORT DES REINES DOUAIRIÈRES · texte numérisé non relu

MORT DES REINES DOUAIRIÈRES

nomination des inspecteurs du commerce dans les places de commerce fut attribuée à ce conseil, dont les patentes furent données au nom du maréchal de Villeroy, excepté celui de Marseille dont la dépendance fut réservée au conseil de marine. Valossière, produit par le duc de Noailles, fut secrétaire du conseil du commerce. Cet établissement étoit fort bon, et auroit été fort utile si les intérêts particuliers, qui gâtent toujours tout en France, n'en eussent point traversé Tadministration.

Monsieur le Duc pressa tant le Régent de lui permettre d'entrer au conseil de guerre, qu'il l'obtint, à coddition de n'y présider point, quoique à la première place, et de ne s'y mêler de rien. La même foiblesse qui lui fit accorder cette entrée ne la put refuser au duc du Maine, qui faisoit en tout le singe des princes du sang, et aux mêmes conditions. Mais comme il avoit les Suisses et l'artillerie, elles ne purent si bien être exécutées à son égard qu'à celui de Monsieur le Duc, qui n'avoit point de charges militaires. 11 voulut donc dans la suite se^ mêler peu à peu, comme avoit fait le duc du Maine, et cela causa des embarras qui retardèrent les affaires, et qui fatiguèrent souvent M. le duc d'Orléans et ce conseil, et l'obligèrent d'y entrer plus souvent qu'il n'eût voulu. Ces tracasseries mirent plus que du froid entre Monsieur le Duc et le maréchal de Villars, lequel à la fin demeura le maître, et les dégoûta de ce conseil, où ils n'allèrent presque plus; mais ce [ne] fut qu'après assez longtemps.

Deux reines moururent tout au commencement de cette année, dont la perte ne fit pas grand bruit dans le monde : la reine mère de Suède, à près de quatre-vingts ans, qui étoit Holstein-Gottorp ; et la reine de Pologne à Blois, la Grange Arquien, veuve du fameux roi J. Sobieski. On a vu en son temps que son orgeuil l'avoit rendue la plus vive ennemie de la France, et comment aussi elle y fut reçue quand, lasse de Rome, elle voulut s'y retirer. Elle y fut laissée avec toute l'inconsidération qu'elle méri-

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