‹ Mémoires de duc de Saint-SimonChapitre 302 sur 315 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

Vie, journées et conduite personnelle de M. le duc d'Orléans. — Le Régent impénétrable sur les affaires dans la débauche, même dans TiTresse; ses maîtresses. — Roués de M. le duc d'Orléans. — Énormités ecclésiastiques. — Démêlé des cours de Rome et de Turin sur le tribunal de la monarchie de Sicile. — Naissance de don Carlos, roi des Deux-Siciles. — Prince palatin électeur de Trêves. — Cabale qui, par intérêts particuliers, attache pour toujours le Régent k l'Angleterre. — M. le duc dIOrléans n'a jamais désiré la couronne, mais le règne du Roi et par lui-même. — Je propose au Régent l'indissoluble et perpétuelle union avec l'Espagne^ comme le

véritable intérêt de TÉtat, dont la maison d'Autriche et les Ânglois sont les ennemis essentiellement naturels. — Straisund ^ris ; le roi de Suède échappé et passé en Suède.

M"* la duchesse de Berryrendoit avec usure à Monsieur son père les rudesses et Tautorité qu'elle éprouvoit de Rlon, sans que la foiblesse de ce prince en eût moins d^assiduîté de complaisance, il faut le dire, de soumission et de crainte pour elle. Il étoit désolé du règne public de Rion et du scandale de sa fille, mais il n'osoit en souffler, et si quelquefois quelque scène également forte et ridicule entre Tamant et la princesse avoit percé en public, M. le duc d'Orléans osoit en faire quelque représentation, il étoit traité comme un nègre, boudé plusieurs jours, et bien empêché comment faire sa paix. 11 n'y avoit jour qu'ils ne se vissent, le plus souvent au Luxembourg. Il est temps de parler un peu des occupations publiques et particulières du Régent, de sa conduite, de ses parties, de ses journées.

Toutes les matinées étoient livrées aux affaires, et les différentes sortes d'affaires avoient leurs jours et leurs heures. Il les commençoit seul avant de s'habiller, voyoit du monde à son lever, qui étoit court et toujours précédé et suivi d'audiences, auxquelles il perdoit beaucoup de temps; puis ceux qui étoient chargés plus directement d'affaires le tenoient successivement jusqu'à deux heures après midi. Ceux-là étoient les chefs des conseils, la Vrillière, bientôt après le Blanc, dont il se servoit pour beaucoup d'espionnages, ceux avec qui il travailloit sur les affaires de la constitution, celle du Parlement, d'autres qui survenoient; souvent Torcy pour les lettres de la poste ; quelquefois le maréchal de Villeroy, pour piaffer*; une fois la semaine, les ministres étrangers ; quelquefois les conseils; la messe dans sa chapelle en particulier quand il étoit fête ou dimanche. Les premiers temps il se levoit matin ; ce qui se ralentit peu à peu, et devint après

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