‹ Mémoires de duc de Saint-SimonChapitre 307 sur 315 · DE ROME ET DE TURIN · texte numérisé non relu

DE ROME ET DE TURIN

matin tous les jésuites, Pères et Frères, jeunes et vieux, sains ou malades, sans exception d'aucun, furent enlevés dans toutes leurs maisons, sur-le-champ jetés sur des voitures, conduits à la mer et embarqués tout de suite, sans leur laisser emporter quoi que ce fûl. Les bâtiments, qui étoient tous prêts à les recevoir, les passèrent sur les côtes de l'État ecclésiastique, où ils les laissèrent devenir ce qu'ils pourroient, sans leur fournir la moindre chose du monde.

On peut juger de l'effet que ce coup fit en Sicile, de rétonnement de ces religieux, et de l'embarras du Pape et de leur général. Où en placer un si grand nombre tout à la fois, et faire vivre ces milliers d'athlètes de leur cause ? Pour tout cela il ne s'en rabattit rien des deux côtés. Mais la chambre apostohque à bout de fournir du pain à ce nombre immense qui fourmilloit à Rome et aux environs, et qui n'en avoit point d'autre, même les évêques siciliens, que celui que cette chambre leur donnoit, on vit un beau jour un édit affiché à Rome qui ordonnoit à tous ces proscrits de vider la ville sous des peines, et en trois jours sans exception, et sans leur fournir ni leur indiquer de quoi vivre, juste salaire de la sédition, mais qui ne donna pas de réputation à qui tant d'insensés s'étoient abandonnés, et en devenoient les martyrs. Maffei cependant faisoit garder toutes les côtes avec grande exactitude contre les émissaires et les commerces de Rome, tellement que, lorsque la plupart de ces proscrits abandonnés voulurent tenter de retourner en Sicile, l'entrée leur en fut fermée, qui acheva de les mettre au désespoir.

La fermeté égale des deux côtés laissa les choses en cet état, sans toutefois que Rome osât attaquer directement le roi de Sicile ni aucuns de ses ministres de terre ferme, ■jusqu'à ce que, par les événements qui se trouveront en leur lieu et que j'ai cru devoir prévenir ici pour achever cette affaire de suite, la Sicile changea de maître, et demeura à l'Empereur, en donnant la Sardaigne au duc

de Savoie, pour lui conserver la dignité royale. Alors toute. TafiFaire ecclésiastique tomba, et Rome se trouva heureuse d'en être quitte pour laisser le tribunal de la monarchie dans la totalité de l'exercice ordinaire de sa jurisdiction, qu'il ne fût plus parlé de rien de tout ce qui s'étoit passé à l'importante occasion des pois chiches de rinsolent fermier d'un évêque impudemment et follement séditieux, et que l'Empereur, devenu roi de Sicile, ayant déjà Naples et Milan, voulût bien ignorer une entreprise poussée si loin et aussi destituée de raison, de justice, de la plus légère apparence, mais qui doit être un puissant rafraîchissement de leçon à toutes les puissances temporelles du monstrueux excès de l'ambition ecclésiastique, qui dans tous les temps ne peut être contenue que par ne lui passer rien du tout, même de plus léger sous aucun prétexte, et une vigilance bien exacte à la tenir dans la plus entière impuissance d'oser seulement songer à s^y livrer.

Pour n'avoir point à retourner sur nos pas, il faut dire que la reine d'Espagne étoit accouchée, le 20 janvier de cette année, à Madrid de son premier enfant. Ce fut un prince qui reçut le nom de Ch. ou don Carlos, qui est depuis devenu roi de Naples et de Sicile, et que le 20 février, le grand maître de l'ordre Teutonique, coadjuteur de Mayence, et frère de l'électeur palatin, fut élu archevêque et électeur de Trêves.

J'ai répandu en divers endroits, suivant que les occasions s'en sont offertes, les caractères des personnages de tous états qui ont eu à entrer dans les matières que j'expose, pour la nécessité ou la curiosité de les bien connoître. C'est donc de ces caractères dont il faut se souvenir pour ceux qu'on voit entrer et figurer sur la scène, et avoir présentement recours à ceux du duc de Noailles, p. 1561*, de Canillac, 1563% de l'abbé du

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