SaiDt-Simon a écrit lasseroient, au pluriel
[1716] l'union avec l'espagne. 461
pas éteint Textrême jalousie, ni par conséquent amorti le moins du monde la passion de les brouiller et de les désunir; que toutes regardoient ce point comme le but de leur plus grand intérêt et comme un ouvrage auquel leur concert et leur politique ne devoit jamais se lasser de travailler; que pour cela tous les partis spécieux, toutes les propositions éblouissantes, toutes les perspectives de crainte et de danger, seroient sans cesse employés dans Tune et l'autre cour, mêriie des réalités qui, jusqu'à un certain point, seront offertes et réputées à gain d'être acceptées, sachant bien quel grand intérêt à en retirer; que le moyen de déconcerter tant de suite est d'en avoir soi-même à tenir les yeux bien ouverts, et de refuser toute espèce d'avantage, quelque considérable qu'il pût être offert, qui pourroit entraîner de la division avec l'Espagne; se rendre inaltérable sur ce point capital; se mettre avec l'Espagne sur un pied d'assez de confiance pour s'entre-communiquer toutes ces diverses tentatives, et en profiter pour resserrer de plus en plus l'étroite et indissoluble union ; que cette conduite avoit été celle des deux branches d'Autriche depuis Charles V jusqu'au prédécesseur de Philippe V ;' que c'est ce qui avoit porté leur puissance à un si haut point, et une leçon à prendre dans nos deux branches sans s'en écarter jamais; enfin que la facilité en étoit d'autant plus grande, qu'il n'y avoit rien à craindre pour la sûreté des courriers, et parce que le roi d'Espagne avoit le cœur entièrement françois.
J'ajoutai, parce que le Régent et moi étions tête à tête, comme il arrivoit presque toujours, qu'après le paquet de son affaire d'Espagne, et sa réconciliation, de plus dans sa position personnelle par rapport aux renonciations, rien ne lui tourneroit personnellement plus à bien ou à mal en France et dans le reste de l'Europe, ni avec plus de suites et de conséquences, que de tenir avec l'Espagne la conduite que je proposois, ou une différente. J'appuyai sur ce qu'à Rome, qui dans ces temps-là étoit
encore le centre des affaires, et dans toutes les autres cours, les intérêts des deux branches d'Autriche avoient sans cesse été les mômes, et jusque dans l'intérieur domestique des affaires de TEmpire ; que nulle puissance ne pouvoit toucher à Tune^ que Tautre n'intervînt incontinent comme commune en tout et partout, ainsi qu'il avoit paru en toutes les guerres et en tous les traités particuliers et généraux, jusque-là que le reste de TEurope s'étoit depuis longtemps déprise de songer à les désunir, et n'avoit plus pensé qu'à se soutenir contre elles; que c'étoit là le modèle que nous avions à suivre si nous voulions prospérer dedans et dehors et nous élever jusqu'au point de devenir les dictateurs de TEurope, comme il étoit arrivé à la maison d'Autriche, même après avoir tacitement renoncé à la monarchie universelle, où elle avoit enfin senti qu'elle ne pouvoit atteindre.
Je suppliai ensuite le Régent de se souvenir que les véritables ennemis de la France étoient la maison d'Autriche et les Anglois. Que la connoissance qu'il avoit de l'histoire ne lui présentoit autre chose, dans toute sa suite, que cette haine et celte jalousie d'une couronne qui seule pouvoit arrêter leur ambition ; que cette passion avoit pris un nouvel accroissement par' la compétence * de Charles V et de François 1", et par les vains efforts de Philippe II, du temps de la Ligue; et depuis, à l'égard de l'Angleterre, par la haine irréconciliablement personnelle du feu Roi pour le prince d'Orange, et par le dépit de ce dernier de n'avoir pu l'amortir par vingt ans de soumissions, lequel s'étoit tourné en rage, de laquelle on avoit senti les effets pour toute l'Europe, dont il avoit excité toutes les puissances; enfin par son invasion d'Angleterre, par la protection que le feu Roi avoit prise de Jacques II et de sa famille ; en dernier lieu par sa reconnoissance de Jacques III, nonobstant le traité solennel de