SA POLITESSE MESURÉE
désobligeant à personne; et s'il avoit à reprendre, à réprimander ou à corriger, ce qui étoit fort rare, c'étoit toujours avec un air plus ou moins de bonté, presque jamais avec sécheresse, jamais avec colère, si on excepte Tunique aventure de Gourtenvaux, qui a été racontée en son lieu, quoique il ne fût pas exempt de colère, quelquefois avec un air de sévérité.
Jamais homme si naturellement poli, ni d'une politesse
si fort mesurée, si fort par degrés, ni qui distinguât
mieux Tâge, le mérite, le rang, et dans ses réponses,
quand elles passoient le je verrai, et dans ses manières.
Ces étages divers se marquoient exactement dans sa
manière de saluer et de recevoir les révérences, lorsqu'on
partoit ou qu'on arrivoit. Il étoit admirable à recevoir
différemment les saints à la tête des lignes à Tarmée ou
aux revues. Mais surtout pour les femmes rien n'étoit
pareil. Jamais il n'a passé devant la moindre coiffe sans
soulever son chapeau, je dis aux femmes de chambre, et
qu'il connoissoit pour telles, comme cela arrivoit souvent
à Marly. Aux dames, il ôtoit son chapeau tout à fait, mais
déplus ou moins loin; aux gens titrés, à demi, et le
tenoit en Tair ou à son oreille quelques instants plus ou
moins marqués. Aux seigneurs, mais qui Tétoient, il se
contentoit de mettre la main au chapeau. 11 Tôtoit comme
aux dames pour les princes du sang. S'il abordoit des
damçs, il ne se couvroit qu'après les avoir quittées. Tout
cela n'étoit que dehors, car dans la maison il n'étoit
jamais couvert. Ses révérences, plus ou moins marquées,
mais toujours légères, avoient une grâce et une majesté
incomparables, jusqu'à sa manière de se soulever à demi
à son souper pour chaque dame assise qui arrivoit, non
pour aucune autre, ni pour les princes du sang; mais
sur les fins cela le fatiguoît, quoique il ne l'ait jamais
cessé, et les dames assises évitoient d'entrer à son souper
quand il étoit commencé. C'étoit encore avec la même
distinction qu'il recevoit le service de Monsieur, de M. le
duc d'Orléans, des princes du sang; à ces derniers, il ne