‹ Mémoires de duc de Saint-SimonChapitre 79 sur 315 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Caractère de M"* de Maintenon. — Goût de .direction. — Persécution du jansénisme. — Antérieure dissipation des saints et savants solitaires de Port-Royal. — Révocation de Tédit de Nantes.

— Établissement de Saint-Cyr; vues de M™* de Maintenon, qui manque une seconde fois la déclaration de son mariage. — M"** de Maintenon seconde dame d'atour de la Dauphine de Bavière, qu'elle environne de personnes toutes & elle, inutilement ; malheurs et mort de cette Dauphine. — Fénelon, archevêque de Cambray, et Bossuct. évèque de Meaux, consultés et contraires 2i la déclaration du mariage ; le premier achève d'être perdu ; raisons qui sauvent l'autre.

— M"* de Montespan chassée pour toujours de la cour; époque de l'union la plus intime entre M"* de Maintenon et le duc du Maine; crayon léger de celui-ci.

C'étoit une femme de beaucoup d'esprit, que les meilleures compagnies, où elle avoit d'abord été soufferte, et dont bientôt elle fit le plaisir, avoient fort polie et ornée

DE M"* DE 5IAINTEN0N. • iOi

delà science du monde, et que la galanterie avoit achevé de tourner au plus agréable. Ses divers états Tavoient rendue flatteuse, insinuante, complaisante, cherchant toujours à plaire. Le besoin de Tintrigue, toutes celles qu'elle avoit vues, en plus d'un genre, et de beaucoup desquelles elle avoit été, tant pour elle-même que pour en servir d'autres, l'y avoient formée, et lui en avoient donné le goût, l'habitude et toutes les adresses. Une grâce incomparable à tout, un air d'aisance, et toutefois de retenue et de respect, qui par sa longue bassesse lui étoit devenu naturel, aidoient merveilleusement ses talents, avec un langage doux, juste, en bons termes, et naturellement éloquent et court. Son beau temps, car elle avoit trois ou quatre ans plus que le Roi, avoit été celui des belles conversations, de la belle galanterie, en un mot de ce qu'on appeloit les ruelles, lui en avoit tellement donné l'esprit, qu'elle en retint toujours le goût et la plus forte teinture. Le précieux et le guindé ajouté à l'air de ce temps-là, qui en tenoit un peu, s'étoit augmenté par le vernis de l'importance, et s'accrut depuis par celui de la dévotion, qui devint le caractère principal, et qui fit semblant d'absorber tout le reste. 11 lui étoit capital pour se maintenir où il TaVoit portée, et ne le fut pas moins pour gouverner. Ce dernier point étoit son être; tout le reste y fut sacrifié sans réserve. La droiture et la franchise étoient trop difficiles à accorder avec une telle vue, et avec une telle fortune ensuite, pour imaginer qu'elle en retînt plus que la parure. Elle n'étoit pas aussi tellement fausse que ce fût son véritable goût, mais la nécessité lui en avoit de longue main donné l'habitude, et sa légèreté naturelle la faisoit paroitre au double de fausseté plus qu'elle n'en avoit.

Elle n'avoit de suite en rien que par contrainte et par force. Son goût étoit de voltiger en connoissances et en amis comme en amusements,, excepté quelques amis fidèles de l'ancien temps dont on a parlé, sur qui elle ne varia point, et quelques nouveaux des derniers temps,

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