‹ Mémoires de duc de Saint-SimonChapitre 87 sur 315 · Ce blunc est au manuscrit · texte numérisé non relu

Ce blunc est au manuscrit

SUR LA DÉCLARATION DU AlARfAGE. 113

que ce fut sous prétexte d'y exposer à radmiration de la cour les superbes ornements des quatre, couleurs que le Roi envoyoit à Féglise de Strasbourg, et le mot étrange à bout portant que Tonnerre, évêque-comte de Noyon, lâcha au Roi eii plein petit couvert sur cette déclaration.

Ce fut en effet alors qu'elle fut sur le point d'être faite. Mais le Roi, plein encore de ce qui lui étoit arrivé làdessus, consulta lé célèbre Bossuet, évêque de Meaux, et Fénelon, archevêque de Gambray, qui l'en dissuadèrent l'un et l'autre, et qui, cette seconde fois, firent manquer le coup pour toujours. L'archevêque étoit déjà mal avec M"* de Maintenon sur l'affaire de M"* Guyon, sans espérance de retour, à cause de Godet, évêque. de Chartres, conmie on l'a vu en son temps, mais encore alors assez entier auprès du Roi, où il ne tarda pas d'être perdu sans ressource. Bossuet échappa à la disgrâce, que M"* de Maintenon n'entreprit même pas, par plusieurs raisons. Godet, qui la possédoit absolument, comme on l'a vu ailleurs, avoit besoin de la plume et du grand nom de Bossuet pour pousser Fénelon à bout. Bossuet tenoit au Roi par l'habitude et l'estime, et par être entré en évêque des premiers temps dans la confiance la plus intime du Roi, et la plus secrète, dans les temps de ses désordres; enfin il avoit rendu à M"* de Maintenon, sans que ce fût son objet, le service le plus sensible.

C'étoit un homme dont l'honneur, la vertu, la droiture étoit aussi inséparable que la science et la vaste érudition. Sa place de précepteur de Monseigneur l'avoit familiarisé avec le Roi, qui s'étoit adressé plus d'une fois à lui dansées scrupules de sa vie. Bossuet lui avoit souvent parlé là-dessus avec une liberté digne des premiers siècles et des premiers évêques de l'Église. Il avoit interrompu le cours du désordre plus d'une fois; il avoit osé poursuivre le Roi, qui lui avoit échappé. Il fit à la fin cesser tout mauvais commerce, et il acheva de couronner cettegrande œuvre par les derniers coups qui chassèrent pour Saint-Simon xii. 8

il4 M"" DE MONTESPAN CHASSÉE.

jamais M"* de Montespan de la cour. M"* de Maintenon, au centre de ,1a gloire, ne pouvoit goûter de repos tant qu'elle y voyoit son ancienne maîtresse demeurante, et tous les jours visitée par le Roi. C'étoit, ce lui sembloit, autant de temps et de reste d'autorité pris sur elle. De plus, elle ne pouvoit éviter de lui rendre, sinon d'anciens respects, au moins de grands égards, et des devoirs apparents. Outre qu'ils la faisoient trop souvenir de son ancienne bassesse, elle en éprouvoit souvent de M"* de Montespan d^amères et de bien expresses commémoraisons, sans ménagement. Les visites journelles en demipublic du Roi à son ancienne maîtresse, toujours entre la messe et le dîner, pour les rendre plus nécessairement courtes, et par bienséance, faisoient un contraste fort ridicule avec son assiduité longue de tous les jours chez celle qui l'avoit servie, et chez qui sans nom de maîtresse ni d'épouse, étoit le creuset de la cour et de l'État. Cette sortie de la cour de M"* de Montespan, pour n'y plus revenir, fut donc une grande délivrance pour M"* de Maintenon, et elle n'ignora pas qu'elle la dut à Monsieur de Meaux toute entière, qui à la fin lui en attira les ordres réitérés.

Ce fut l'époque de l'union si parfaite et si intime de M. du Maine et de M""' de Maintenon, et de l'adoption qu'elle en fît, qui s'approfondit et se consolida toujours depuis de plus en plus, qui lui fraya le chemin à toutes les incroyables grandeurs où de l'une à l'autre il parvint, et qui enfin l'auroit mis sur le trône, si telle avoit pu être la puissance de son ancienne mie^

Le duc du Maine étoit trop continuellement dans l'intérieur du Roi, pour ne s'être pas aperçu de bonne heure de la faveur naissante de M"* de Maintenon, de ses progrès rapides, et que les premiers effets n'en pouv oient être que la disgrâce de M"* de Montespan. Personne n'avoit plus d'esprit que le duc du Maine, ni d'art caché

1. Mie^ nom que les enfants donnaient quelquefois à leur gouvernante, à leur bonne. Voyez tome 1, p. 340, et tome VII, p. 310.

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