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vrai, un acte de reconnaissance à l'égard de son beau-père ; car celui-ci avait sacrifié pour lui sa fortune, M. de Gaspé a raconté, lui-même, dans ses Anciens Canadiens, Yhistoire des malheurs où il s'était laissé entrainer par son imprévoyance, et qui finirent par le conduire en prison, Au moment de la mort de M. Allison, cette catastrophe était à la veille d'éclater, et M. Allison s'était immolé lui-même en donnant tout ce qu'il possédait, dans l'espérance d'y soustraire son gendre. Cette pensée le tourmentait jusqu'à son lit de mort; et un jour qu'il se trouvait seul avec sa femme, il lui dit : + My angel (est ainsi qu'il appelait Mme Allison), vas dans mon bureau, Tu y trouveras soixante - quatre louis; c'est tout ce qui nous reste. Donne-les à de Gaspé, afin que nous puissions nous rendre le témoignage que nous avons sacrifié pour lui jusqu'à la dernière obole ”,
Devenue veuve, M"° Allison cessa de tenir maison et fit partie de la famille de M. de Gaspé. Elle mourut dans un âge assez avancé au manoir de Saint-Jean Port-Joli, Elle fut vivement regrettée, car la douceur et l'amabilité de son caractère, jointes à une vertu angélique, la rendaient amie de tout le monde.
Des quatre officiers qui avaient épousé nos grand'tantes, un seul, M. Caldwell, s'était
fixé dans le Haut-Canada, à Amhersthurg :; les trois autres étaient établis à Québec, en 1IS00, L'année suivante, le capitaine Bellingham se rendit en Irlande, d'où il était natif, dans l'intention de vendre sa commission d'officier, Sa femme, restée à Québec avec trois enfants, un garçon et deux filles, attendit pendant toute une année sans recevoir aucune nouvelle de Tui. Inquiète de ce long silence, elle résolut d'aller le rejoindre, malgré l'avis contraire que lui donnait sa mère, M" Du Perron-Baby. Avant de partir, M Bellingham, dont la piété était aussi grande que celle de sa sœur Mme Allison, alla faire un pèlerinage à la bonne Sainte-Anne de Beaupré, afin de mettre son voyage sous sa protection. Le voilier, nommé l'Actire, sur lequel elle sétait embarquée avec ses trois enfants, fit la rencontre, au milieu de l'océan, d'un navire qui venait en Amérique. Comme il faisait un très beau temps, et que la mer était calme, les deux navires S'approchèrent jusqu'à ia portée de la voix, afin de pouvoir se hêler, Chaque navire douna le nom de ses passagers : Le premier nom qu'on entendit fut celui du capitaine Bellinghaim. Le commandant de l'Arctire se hâta d'annoncer celui de M" Bellingham et de ses trois enfants. Qu'on juge de la surprise mutuelle ! Une chaloupe fut immédiatement mise à la meret M" Bellingham alla rejoindre
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son mari, Cette coïncidence lui parut si extraordinaire, qu'elle y vit l'effet de ses prières à la bonne Sainte-Anne. De retour à Québec peu de temps après, elle ne manqua pas d'aller lui en rendre grâces. M. Bellingham retourna en Irlande avec sa famille, l'année suivante, en compagnie de Met ie M" Ross-Lewin, qui y séjournèrent un an pour régler des affaires de succession. Parmi largenterie de famille, apportée par M. Ross-Lewin, se trouvaient deux objets d'art très anciens, dont a hérité notre mère, Ce sont deux coupes très massives, en forme de calice, travaillées au repoussé, artistement ciselées et d'une forme originale, Elles sont ornées chacune de deux anses et d'un éeusson portant les armes des RossLewin: Un pou éployé. Ces coupes servaient jadis dans les grands festins. Elles étaient remplies de vin ou de bière et données aux convives qui se les passaient de main en main autour de la table, Dans le partage d'argenterie fait, l'année dernière, par notre mère, ces coupes ont échu à l'aîné de la famille. M. Bellingham n'est jamais revenu au Canada, Après sa mort, sa veuve alla vivre à Lymeridges, en Angleterre, auprès de sir William Bellingham, onele de son mari, qui lui montra toujours beaucoup d'intérêt et prit soin de sa fortune, À la mort de Sir Willun, son titre échat à lun des enfants de Mme
Bellingham. L'ainé, celui-là même que sa mère amenait avec elle en Irlande avec ses deux sœurs, lors du voyage où elle fit la rencontre de son mari en mer, l’ainé, dis-je, devenu officier dans l'armée anglaise, mourut jeune au cap de Bonne-Espérance. Le séjour de M" Bellinghan dans la protestante Angleterre, ne fit que stimuler son zèle pour le catholicisme. Elle contribua puissamment à la construction d'une église catholique à Lymeridges, et lui fit donner le nom de Saint-Michel et Saint-George, Elle mourut peu d'années après son frère, l'honorable Jacques Baby, avec qui elle entretenait une
correspondance assez régulière,
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La société de Québec, — Villégiature, — La ferme des jésuites. — La famille de Salaberry, = M. Ross-Lewin, — L'honoral:le François Baby. — Mœurs d'autrefois,
La physionomie que présentait la ville de Québec à l'époque où notre mère était encore jeune fille, c'est-à-dire de IS15 à 1824, date de son mariage, était bien différente de ce qu'elle est aujourd'hui. Québec n'était qu'un village où tout le monde se connaissait. Il n'y avait ni faubourg Saint-Jean, ni faubourg Saint-Roch ; car on ne pouvait donner ce nom au peu de maisons bâties dans ces quartiers. La haute et la basse-ville formaient à peu près tout Québec, Les distinctions sociales étaient alors bien plus tranchées qu'aujourd'hui. La liberté politique dont nous jJouissons à mêlé toutes les classeses, Les hommes de talent, quelque soit leur extraction, peuvent parvenir aux plus hautes dignités. Il n'en était pas ainsi au commencement du siècle: loligarchie régnait ici en souveraine, Toute l'autorité était anx mains
de quelques hommes dont les gouverneurs les mieux intentionnés avaient à subir le joug.
I y avait alors vraiment dans le pays deux sociétés distinctes: le peuple et la noblesse, sinon en titre du moins en position, Celle-ci était la seule admise au château, la seule reçue dans les cercles aristocratiques. Les choses ont bien chongé de nos jours, et nous v avons gagné sous tous les rapports, excepté cependant sous un seul: la distinction des manières, Les anciens Canadiens avaient conservé la tradition de la politesse française et v avaient joint quelque chose de la dignité anglaise, Aussi rien n'était agréable et distingué comme les diners et soirées où se trouvaient représentées les funilles de Lothinière, de Saint-Ours, de Salaberry, Duchesnay, de li Naudière, Baby, Taschereau, Panet, De Lérv, ete. ete.
Un autre cachet particulier à la ville de Québec et qui à complètement disparu, c'est son + speet militaire, La garnison était très nombreuse, et les rues toujours éclatantes d'habits rouges et animées par le va-et-vient des équipages des ofliciers et des principaux citoyens, Chaque soir, jusqu'à la fin du siècle dernier, les portes de la ville étaient fermées et personne ne pouvait v entrer sans donner la consigne, Québec, le château-fort de FAngleterre en Amérique, ne pouvait être trop soi-
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