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C'est pour ses compatriotes du district de Québec surtout, et non pour M. Casgrain lui-même, que nous nous réjouissons de cette nomination. Ce monsieur, d'une santé très uélicate, indépendant du côté de la fortune, et préférant par goût la vie des champs, où il était tranquille et heureux au milieu de sa famille et de ses nombreux amis, à la vie agitée des villes, aux luttes des partis et aux intrigues de la politique, a fait, nous le savons, un très grand saerifice en acceptant un emploi qui dérange ses habitudes, et l'éloigne temporairement de ce qu'il a de plus cher au monde; et nous sommes persuadés que ce sera bien volontiers qu'il s'en démettra, du moment qu'il ne croira plus pouvoir y être utile à ses compatriotes, Aussi, éprouvons-nous un vrai plaisir à publier les documents suivants qui nous sont parvenus depuis le départ de M, Casgrain, dont nous avons annoncé
le passage à Québec en route pour Montréal”,
# Rivière-Ouelle, 2$ juillet 1S46.
&# Monsieur l'éditeur,
“ Votre note éditoriale, en date du 17 juillet courant, sur
la récente acceptation par CE. Casgrain, écuyer, de l'office de second Commissaire des travaux Publics, me fait espérer que vous accueillerez avec bienveillance la correspondance suivante de celui qui a l'honneur de se souscrire, avec consi-
dération, Monsieur, votre obéissant serviteur,
De Sr,
# Mardi dernier, la plus grande partie des notables et des citoyens de la paroisse de la Rivière-Ouelle, et une grande partie des notables et des citoyens des paroisses de Kainte-
Anne, de Kamouraska et de Saint-Denis, et quelques notables
APPENDICE 249 de Saint-Roch, se rendirent à la demeure de CE, Casgrain, écuyer, pour lui faire un triste mais consolant adieu.
Arrivé là, le révd, M. Bégin, curé de la Rivière-Ouelle, après un laconique discours rempli de sentiments et d'à-propos,
présenta à M. Casgrain l'adresse suivante :
‘ Adresse des notables et des citoyens des paroisses de la Rivière-Ouelle, de Sainte-Anne de la Pocatiôre et de Saint- Denis, ete., ete,
# A l'honorable Charles-Eusèbe Casgrain,
Monsieur,
‘ Permetteznous, au moment où vous vous séparez de nous, de vous offrir nos adieux et de vous présenter les témoignages de notre estime et de notre considération,
# Si votre caractère de bon citoyen, d'homme probe, instruit et judicieux, n'était une garantie certaine du bien que le publie devra retirer de votre acceptation de l'office de Commissaire des travaux Publics, aujourd'hui, nous vous conjurerions de rester parmi nous, 6ù, depuis près de vingt années, votre esprit de conciliation et de droiture et votre générosité, vous ont fait prodiguer gratuitement, aux pauvres comme aux riches, vos lumières et vostalents qui nous furent si utiles,
“ Nous connaissons parfaitement bien, Monsieur, que la haute position à laquelle vous êtes appelé, est loin d'augmenter l'heureuse indépendance de votre fortune, et que les conseils de vos amis et l'intérêt publie ont pu seuls vous engager à leur sacrifier votre repos et vos intérûts.
“ Nous connaissons combien il est pénible à l'homme sensible de briser avec les affections qu'il a contractées pour les
lieux qui l'ont vu naitre; pour les lieux où il fut entouré du
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250 APPENDICE respect et de la considération de tous ses concitoyens ; et puis nous voudrions vous féliciter, mais nous avons trop à
regretter...
‘“ Nous avons l'honneur d’être, avec considération, Monsieur,
Vos très humbles et obéissants serviteurs,
(Ci-suivent les signatures de deux cents des notables de l'en-
droit, el des plus honorables citoyens).
Aussitôt après la lecture de cette adresse, l'honorable A. Dionne, qui avait marché en tête de l'assemblée, accompagné ? | , =
de M. Bégin, présenta l'adresse suivante :
“ Adresse à l'honorable Charles-Eusèbe Casgrain, à l’occasion de sa nomination récente sur la commission du bureau des travaux Publics, et de son prochain départ de la Rivière-
Ouelle, pour fixer sa résidence à Montréal.
&# A l'honorable Charles-Eusèbe Casgrain, de la Rivière-Ouelle,
& Nous soussignés, le maire et les conseillers municipaux de la paroisse Kaint-Louis de Kamouraska, et autres notables de la dite paroisse, vous déclarons que c'est avec le plus vif regret que nous avons appris votre prochain départ pour la capitale,
‘“ Les importants services que vous avez rendus au comté de Kamouraska, par vos avis gratuits et conciliants, comme avocat ; vos vertus publiques et privées, et la justice que l'on ne doit jamais refuser de rendre au mérite, nous font un devoir, dans les circonstances actuelles, de vous dire que la conduite habile et impartiale avec laquelle vous avez rempli
tous les devoirs de citoyen, vous à mérité la satisfaction
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publique, et nous füit espérer que cette partie du district qui a de tout temps été négligée sous le rapport des commu nications intérieures, obtiendra enfin par votre médiation la justice qui lui est due,
& Awréez, Monsieur, l'assurance de notre estime la plus Le) ? l
sincère, et nos vœux pour votre bonheur futur.
& Kamouraska, 27 juillet 1S46
Après quoi, M. Casgrain prononca quelques mots de remer- | 1 ? Le) ; l Il
ciements, avec cette émotion qui amène aux yeux les larmes
‘du cœur, et ne pouvant surmonter les impressions laissées
dans son âme à la suite de telles manifestations de considération et de regrets, chargea M. Letellier, notaire, de la paroisse
de la Rivière-Ouelle, de donner les réponses suivantes :
# A MM. les notables etcitoyens des paroisses de la Rivière-
Ouelle, Sainte-Anne, Saint-Denis et Saint-Roch. # Messieurs,
& L'approbation de ma conduite passée, les sentiments d'estime et de confiance que vous voulez bien me témoigner dans cette circonstance, me sont extrémement flatteurs et précieux, mais bien au-dessus de mes mérites et des faibles
services que j'ai rendus, Si j'ai pu opérer quelque bien, je le dois à la coopération cordiale que j'ai toujours rencontrée parmi vous.
& Appelé par le gouvernement de Sa Majesté à remplir une place de responsabilité, j'espère, aidé de la Providence et fort de votre appui, pouvoir m'acquitter de mes nouveaux devoirs pour l'avantage général, et surtout pour cette section considérable et importante du pays trop négligée jusqu'à ce jour.
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& Si je ne croyais devoir vous être plus utile dans ma nouvelle position, je n'aurais pas consenti à sacrifier mes goûts, mes habitudes domestiques, et encore moans à froisser les liens d'affection étroite qui m'unissent à vous, en quittant cette paroisse, que j'avais choisie pour fombeau. Néanrroins, c'est ma volonté exprimée, que mes cendres reposent avec les vôtres. Mme Casgrain est aussi sensible que moi à l'hommage que vous lui rendez et à la manifestation de vos sentiments d'estime et de considération à son égard, ainsi qu'aux souhaits que vous formez pour notre bonheur et celui de notre famille, Nous n'oublierons jamais vos procédés pleins de délicatesse et d'attention pour nous: ils seront un adoucissement aux regrets amers que nous avons de vous quitter,
“ Veuillez bien recevoir, Messieurs, l'assurance respectueuse de ma haute estime et considération et me croire,
bien parfaitement, votre très humble serviteur et ni dévoué,
& (Signé) CE. CasGRAIN ”.
A l'honorable M. le maire, MM. les conseillers municipaux et autres messieurs notables de la paroisse de Saint-Louis
de Kamouraska.
Messieurs,
“Je ne puis assez vous remercier de votre attention marquée, et de la peine que vous avez prise pour venir d'une paroisse éloignée, me témoigner votre contiance et l'expression de vos sentiments, à l’occasion de mon acceptation de l'office de second Commissaire des travaux Publies. C’est pour moi un grand sujet de satisfaction de rencontrer votre approbation et votre appui. Les sentiments que vous entretenez à mon égard sont bien au-dessus de mes mérites ; je sens que j'en suis en grande partie redevable à votre indulgence et à
pecre,
oué,
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mar- ‘une sion fhice k moi "obaez à
que
et à
votre amitié ; mais tous mes efforts tendront à m'en rendre digne et à appeler spécialement l'attention du gouvernement de Sa Majesté sur cette partie importante de la province,
“ [lest inutile de vous dire combien il m'en coûte de vous laisser et de me séparer d'amis aussi sincères que dévoués, Veuillez recevoir, Messieurs, l'expression de ina vive reconnaissance, et croire à mon respectueux et profond attachenent pour vous,
(Signé) CE, CASGRAIN,
# Riviére-Ouelle, 2S juillet IS46 7,
“ Quelles étaient belles, M. l'éliteur, ces manifestations rendues à un citoyen, en présence de plus de trois cents per sonnes; et qu'il fut difficile pour M. Casgrain de donner un dernier adieu à ceux qui venaient de lui exprimer ainsi leurs regrets, leurs félicitations et leurs souhaits! Mais tout n'était pas fini: un cortège de voitures contenant les notabilités qui s'étaient rendues chez M, Casgrain, en cette circonstance, l'accompagnèrent jusqu'à l'église de Sainte-Anne, où M, Casgrain les pria de s'arrêter, Après être descendu de voiture et leur avoir tendu la main une derniére fois, il les remerera de leur généreuse démarche, et alors le cortège se divisa et plusieurs voitures continuérent malgré ses instances jusqu'à Saint-Roch. De semblables démonstrations, en faveur d'un citoyen, ne sont-elles pas une garantie? et l'homme à qui elles sont adressées ne mérite-til pas la plus haute considération? C'est ce que je laisse au jugement publie”,
Comme c'est souvent le cas, la nomination de M, Casgrain au poste important de second Commissaire des travaux Publies ne fut pas du goût de tout le monde, Le Herald
(journal de Montréal) avait vu dans cette nomination trop
de favoritisme pour le parti canadien-français, et s'était même servi d'expressions un peu cavalières,
Voici comment la Revue Canadienne signale cet incident :
“Le Herald, il y a quelques jours, avait fait injure à M. Casgrain du département des travaux Publics, en le classant avec des gens du calibre de M... Le Pilot, dans son dernier numéro, a réclamé contre une attaque aussi injuste que mal fondée. Le Ferald de ce matin fait ample apologie à M. Casgrain, qui jouit au milieu de nous du caractère le plus honorable et de l'estime générale ",
We had, dit le /Zerald dans son apologie, “ no intention of imputing anything dishonorable to Mr. Casgrain, whose ‘ character as a gentleman and a man of honour certainly altogether removes him from the company in which we placed him. We meant merely to condemn an appointment which, as it appears to us, was made because of Mr. Casgrain's French name rather than for any fitness ofoftice. For that gentleman, we entertain the highest respect, and should extremely regret any remark of ours which could cause him
pain”,