CHAPITRE XIII
Sir Rovers.
Je désirais employer avec sir Rovers les moyens de conciliation ; mais ayant besoin de savoir quel appui me donneraient les lois, s'il n'avait pas la prudence d'éviter un éclat, je m'adressai à M. Théry , avocat dislingué. L'affaire lui parut difficile et grave ; il réunit plusieurs de ses confrères. La consultation se fit sous des noms supposés. Les avocats estimèrent qu'on était fondé à commencer une instance, et à demander que le testament fût cassé pour cause de suggestion de la part du légataire.
Alors , j'écrivis à sir Rovers. Je lui fis
W PARTIE. — CHAPITRE XIII. ao3 connaître mes démarches et leur résultat.
Je le priais de choisir un jour dans la semaine, pour venir chez M. Théry, où je lui communiquerais les pièces que j'étais parvenu à recueillir ; et je m'engageais à garder le secret le plus absolu sur toute celte affaire, s'il voulait ne prendre conseil que del'équité.
La semaine s'écoula sans que j'eusse de réponse. Mon avocat écrivit à son tour :
il indiquait à sir Rovers un rendez -vous pour le lendemain , en lui annonçant que si nous n'avions pas l'honneur de le voir, je commencerais le surlendemain les poursuites nécessaires pour assurer les droits des orphelins dont j'embrassais la défense.
A l'heure indiquée, parut une espèce d'homme d'affaires , d'intendant ou de procureur , qui , avec un air d'importance assez grotesque , nous apprit qu'il venait de la part de sir James Rovers. Je déclarai que je ne pouvais traiter qu'avec sir Rovers lui-même; et que, pour lui donner une dernière preuve de modération , je le laissais libre encore de décider si je lui parlerais chez mon avocat ou devant les tribunaux.
« Veuillez le prévenir , dis-je à son envoyé,
« que je l'attends icr demain , à la même
« heure. » L'émissaire fit des phrases , se
fâcha, s'apaisa et prit congé' de nous.
Le lendemain, nous vîmes enfin arriver sir
Rovers.
Il entra, la tête haute, plus fier , plus arrogant que jamais. Il salua fort légèrement M. Théry. K Eh bien ! qu'est-ce ? que veut « encore monsieur? » dit-il en s'asseyant et en jetant sur moi un coup d'œil dédaigneux. « Expliquez-vous, je ne peux vous a donner qu'un moment. » M. Théry, blessé d'un pareil ton, se contint et lui rappela qu'il était question de graves intérêts; du sort des enfans de son frère , et du testament de son oncle. — a Eh bien! ce testai « ment ? il renferme les volontés de mon « oncle. Ces enfans ? j'ai soin d'eux. Il est « fort singulier que l'on s'occupe ainsi de
« ma famille H y a quelques années,
« monsieur s'est attiré un événement face cheux.... J'allai à son secours; mais sous « la condition qu'il cesserait de me fatiguer, « et ne se mêlerait que de ses affaires. —
II e PARTIE. — CHAPITRE XIII. 2 o5 « Monsieur, répondis-je avec calme, je « n'ai point accepté de condition , et je <f n'en accepterai jamais qui m'empêchent « de servir des infortunés dont le sort a ne peut être changé que par mon dé- « vouement. » Alors, je lui exposai les motifs de ma conduite; je lui racontai, plus en détail que je ne l'avais fait dans ma lettre , mes longues et nombreuses recherches. Il se levait , marchait , s'asseyait , tantôt me regardant avec fierté , tantôt affectant lindifférence et la distraction. Souvent il fut près de m'inlerrompre ; mais la justice de ma cause me donnait un ton d'autorité qui le força de m'entendre. Je terminai mon récit en mettant sous ses yeux les pièces que j'avais reçues de la Jamaïque. Il pâlit, les repoussa d'abord ; puis les parcourant avec une fureur concentrée : « Monsieur, « me dit-il, vous êtes un homme bien actif, « bien acharné ; » et cessant de se contenir : « Quelle horreur... ! C'est une folie; <r est le « délire de la haine. Que prouve tout cet « amas de mensonges , si ce n'est la passion « qui vous anime contre moi?-~SirRovers,
Kl
ào6 JACQUES FAtVEL.
« je n'ai point de passion : si j'en avais , les « tribunaux retentiraient déjà du bruit « scandaleux que produira cette affaire, cr à moins que vous n'ayez la sagesse d'en « arrêter le cours. Vous pouvez encore « prévenir tout éclat. Il est évident que « votre oncle fut trompé j prouvez que vous « étiez trompé comme lui ; empressez- vous « de jouer un noble rôle, en publiant voùs- (( même que votre frère ne méritait point de « perdre l'affection de ses procbes. Si vous « rejetez ce parti, le seul qui soit hono- « rable pour vous , ne trouvez pas étrange « que je réclame justice en faveur de ceux « à qui vous la refusez. Je me voue à la « défense des enfans de votre frère ; rien « ne pourra ni me détacher, ni me distraire « de leur cause : les lois les protégeront , « et, fussent-elles impuissantes, je vous « appellerais au tribunal de l'opinion qui (( ferait peser le déshonneur sur votre tête — « Pardon , sir Rovers , mon dessein est « de vous éclairer , non de vous irriter ; a mais voici les conditions que je mets a à mon silence. Vous déclarerez, dans
II e PARTIE. — CHAPITRE XIII. 207 « un acte légal, que vous et M. Lo- « winson, vous avez été induits en erreur « sur la conduite de votre frère. Vous a renoncerez au bénéfice du testament, et « les biens seront partagés entre vous et « les enfans de sir Arthur. Vous remettrez o la tutelle à votre oncle , M. le professeur « Lowinson. Je ne me départirai d'aucune « de ces conditions, et je vous donne un délai « de quinze jours pour vous déterminer.
« — Quelle audace , s ecria-t-il ! Des con-
« dilions....! à un homme comme moi
« par un homme comme vous ! Si l'on
« n'y met ordre , les bourgeois de Paris vont « devenir aussi lurbulens que les bourgeois « de Londres. Mais pardon à mon tour, « M. Fauvel , ajouta-t-il avec un rire amer; (f je dois vous rendre grâce des quinze « jours que vous voulez bien m'accorder :
« peut-être , avant ce temps , aurez-vous de « mes nouvelles. Monsieur l'avocat, je vous « salue. » Il sortit.
Pendant deux ans, je m'étais donné bien des peines pour servir les enfans de sir Arthur; pendant quinze jours, leur oncle
Ni m
s'en donna presque autant pour faire e'chouer
mon projet.
J'avais rencontré souvent au contrôle général M. de Saint-Hubert , ce premier commis si curieux d'approcher et d'obliger les grands, et qui s'était empressé de me proléger , quand il avait vu que le ministre me protégeait. Un matin , d'assez bonne heure, il arriva chez moi. Il avait un air important, mais amical. « Je viens vous rendre « un service , me dit-il ; c'est de mon propre « mouvement; je n'y suis excité par per- « sonne ; c'est votre seul intérêt qui m'a- (( mène. » A la manière dont il disait qu'il venait de son propre mouvement, je pensai qu'il était envoyé par quelqu'un. « Vous « savez, coulinua-t-il , que je passe ma vie « dans la société des personnes les plus dis- « tinguées; je suis fort bien avec un grand « seigneur , homme plein de mérite et très « estimé, sir Rovers. J'oblige tous les jours « quelques-uns de ses protégés. Avec quel « chagrin ai- je appris hier, par certains mots « qui lui sont échappés , qu'il a gravement à (( se plaindre de vous ! Prenez garde , mon
II e PARTIE. — CHAPITRE XIII. 20g ce cher, vous êtes compromis : je suis vraice ment inquiet de votre position. — Je vous « sais gré de votre inquiétude , répondis-je ; « mais rassurez-vous ; dans cette affaire les t< plus grands dangers ne seront pas pour (tmoi. — Ah! que me dites-vous? Je ne (( sais pas de quoi il s'agit ; mais vous seriez- (( vous flatté d'avoir raison contre sirRovers? (( : — Pourquoi non , si je puis prouver qu'il « a tort? — Vous ne le prouverez pas ; et « quand vous le prouveriez... : un homme « de qualité brave tous les propos; mais vous, (( qui avez besoin d'être considéré, on vous (( traitera de mauvaise tête et de brouillon. (( — Un brouillon, dis-je en souriant, est (( un homme qui porte le désordre dans les (( affaires ; moi je veux y mettre l'ordre. — <( L'ordre veut que chacun se tienne à sa « place. Occupez-vous de votre commerce ; (( il va fort bien : que désirez-vous de plus? « C'est aux gens riches que vous devez l'ac- « tivité de votre manufacture. Quand vous « les irriterez, quand on aura prévenu contre « vous la cour et la ville, pensez-vous que « vos affaires n'en souffriront pas? Elles iront
»t& JACQUES FATJVEL.
a en déclinant ; alors , vous regretterez de <( n'avoir pas écouté ma prudence , et vous « sentirez que vous êtes dupe. — J'appelle « dupes , les gens qui n'osent remplir leurs « devoirs. — Ne vous laissez donc pas aller « à ces idées romanesques qui ont quelque « chose d'honnête en apparence, mais qui « n'en sont pas moins extravagantes. Ré- « pondez à ma question : sir Rovers est-il un « grand seigneur? — Je n'ai jamais songé a « contester ses titres. — Eh bien I que vouer lez -vous faire? Vous ne connaissez pas « le monde; je le connais, moi : il ne faut « jamais se brouiller avec les grands.
« Savez-vous jusqu'où peut aller leur ven- « geance ? elle n'a de bornes que celles de « leur crédit. Ne vous fiez pas sur notre « protection. M. de Colbert , qui vous a si c< généreusement obligé , et qui peut vous « obliger encore , veut qu'un fabricant ne « se mêle que de sa fabrique : il vous reti- « rera sa bienveillance. Vous êtes protes- « tant ; M. de Louvois croira sans peine tout « ce qu'on lui dira contre vous. Sir Rovers « est puissant , sa femme est fort bien en
IP PARTIE. — CHAPITRE XIII. a*r a cour, passablement intrigante; ils n'ont « besoin que d'un mot pour se délivrer de « vos criailleries. — k.h ! M. de Sainl- « Hubert , grâce pour nous autres bour- « geois ! laissez-moi penser qu'un mot ne « suffit pas pour étouffer nos justes plaintes. « Le nom de sir Rovers , ses grands biens , « ses alliances , lui donnent sans doute un « rang fort imposant. Mais d'utiles travaux « m'ont acquis une fortune bonorable ; a l'estime de tous les commerçans m'envi- « ronne : moi aussi, j'ai un rang dans le « monde. Que sir Rovers soit fier de sa « situation ; je sens la dignité de la mienne. « — Vous vous perdez!;) s'écria- t-il en prenant un air attendri : « songez à votre face mille. Je n'aurai l'esprit en repos que si « vous m'acceptez pour médiateur. » Je le remerciai en lui disant que je n'avais nul besoin d'intermédiaire; et j'ajoutai , sans y mettre trop d'intention , que sir Rovers pouvait se dispenser d'en employer avec moi.
Quelques jours après cette visite , je fus invité à dîner cbez un des premiers banquiers de Paris , avec qui j'avais peu de
relations. Quelle fui ma surprise, lorsqu'à peine arrivé j'entendis annoncer madame Rovers , cetle femme si bien en cour et passablement intrigante ! Elle était fort belle, et n'avait point cet air dédaigneux que mon imagination aurait pu luî supposer. A table, je fus placé entre elle et la maîtresse de la maison. Madame Rovers parla beaucoup ; elle amena la conversation sur les arts, sur l'industrie. Son mari lui avait tant vanté les avantages que l'Angleterre tirait de ses fabriques et de sa marine , qu'elle était ravie de voir ses compatriotes rivaliser avec les étrangers. Elle regardait les négocians comme des hommes très importans dans l'Etat : en Angleterre ils ne dérogent pas, il devrait en être de même partout. Des éloges donnés au commerce en général , elle passa tout naturellement à l'éloge de quelques commerçans et au mien. Je répondis avec politesse , et elle ne laissa pas échapper une occasion de m'adresser des mots agréables.
Après dîner, on descendit au jardin.
Madame Rovers, avec cette aisance qui
IMPARTIE. — CHAPITRE XlII. 2,3 n'appartieni qu'aux dames de la cour, prit mon bras et fit quelques tours de promenade, en parlant de choses indifférentes.
Puis, s'éloignant sans affectation de la compagnie, elle se trouva seule avec moi sous un berceau, s'assit négligemment, me fît asseoir près d'elle, et me regardant de l'aille plus aimable : a C'est donc vous , « monsieur, me dit-elle, qui voulez cha- « griner ce bon sir Rovers? Ah! c'est « bien mal; d'autant plus que depuis longer temps je m'intéresse à vous. J'ai su le « malheureux événement qui vous est arrivé « peu avant mon mariage , et dont M. Ro- « vers élail bien innocent, je vous assure... '( Vos succès m'ont causé une véritable « satisfaction.... Ne vous plaisez donc pas « à prendre une si mauvaise opinion des « gens.... Ces chers en fans du frère de mon « mari! nous ne les abandonnerons certai- « nement pas.... Moi, je les aime comme « une mère.... Que pourrions -nous faire « pour eux et pour vous ? » Elle nie parla du plaisir qu'elle aurait à voir sir Rovers m'aider de son crédit en France ,
employer pour moi les relations qu'il avait conservées en Angleterre. « Quant à ces « chers enfans , ajouta-t-elle , il est évident « que leur oncle ne leur doit rien. Vous « concevez que nous serions parfaitement « en mesure de faire repentir quelqu'un « qui se déclarerait notre ennemi ; mais lais- « sons cela. Ces orphelins vous intéressent ; « quelles seraient vos vues? quels arran- « gemens auriez- vous à proposer?» Jusque là je n'avais répondu que d'une manière vague. A ces derniers mots, tout en lui témoignant beaucoup d'égards et de regrets, je dis que j'avais eu l'honneur d'annoncer à sir Rovers à quelles conditions il pouvait terminer un triste débat. « Ah! » reprit-elle d'un ton languissant, k c'est la haine, c'est « la vengeance qui vous animent. Pourquoi « nourrir des sentimens si peu faits pour un « cœur généreux? Il est si pénible de haïr! — « C est un tourment que je ne connais pas, « répondis-je.— Que votre âme a de noblesse!
a je veux vous voir souvent, M. Fauvel....
« Vous ne savez pas à quel point j e vous estime . « Si mon mari a des torts envers vous , moi
II» PARTIE. — CHAPITRE XIII. 2i5 «je n'en ai pas.. . Je serais bien fâchée « d'en avoir.... » L'expression de sa voix et de ses regards m'e'tonna , m'interdit. Je ne sais comment elle interpréta mon silence; mais elle ajouta d'un air encore plus tendre: « Je veux effacer de votre souvenir l'évé- « nement dont vous avez été victime. — « Eh! madame, lui clis-je vivement, loin « de me plaindre de cet événement, je « m'en félicite. — En vérité! et pourquoi?
« — Je lui dois d'avoir épousé la femme « qui fait le bonheur de ma vie, que « j 'aime , que je ne cesserai jamais d'aimer. . . « — C'est fort touchant , » dit-elle en se levant avec dépit. « Il serait fâcheux que ce « bonheur fût troublé... Toutefois, s'il en « était ainsi , souvenez-vous que c'est vous « qui l'auriez voulu. » Elle alla vers quelques personnes de la société qui s'approchaient. On rentra au salon, on se mit au jeu : madame Rovers était d'une humeur détestable , et ne cessait de me lancer des regards menaçans.
Cependant, son mari multipliait les visites chez toutes les personnes en crédit, chez
216 JACQUES FAUYEL.
les ministres et chez les agens subalternes du pouvoir. Il tentait d'employer le moyen qui déjà une fois lui avait réussi. Je ne redoutais point ses efforts; il n'osait expliquer pourquoi il m'en voulait, et il lui était trop difficile de faire croire sur parole aux torts imaginaires dont il m'accusait. Je n'en eus pas moins à souffrir de ses démarches : elles portèrent la désolation dans ma famille ; je ne voyais plus autour de moi qu'alarmes et que terreur. Non, les plus fâcheux événemens de ma vie ne m'avaient pas soumis à ces rudes épreuves. Madame Dumarsy, toute en larmes , vint un matin me supplier de renoncer à mon projet , de ne pas immoler son repos à l'intérêt des deux enfans que je m'obstinais à défendre; elle était secondée par son mari , et je vis Louise s'abandonner à la crainte. Je restai calme, j'allai à mon secrétaire, j'y pris une lettre ; c'était la réponse que j'avais reçue de mon oncle le pasteur, après l'avoir consulté sur mon projet de servir les enfans de sir Arthur. Je lus cette lettre à ma famille. Les tendres recommandations de prudence qu'elle conte-
II' PARTIE. — CHAPITRE XIII. 217 liait, le caractère de modération et de sagesse dont elle était empreinte, donnèrent une force imposante à ces derniers mots : Mais s'il t'est démontré que ces orphelins sont victimes d'une trame odieuse , la Providence te les confie; embrasse leur défense , ne te laisse arrêter par aucun danger personnel , et que ta fermeté croisse avec les obstacles. A ces paroles d'un homme révéré , monsieur et madame Dumarsy gardèrent le silence ; et Louise, en m'embrassant, me promit d'avoir du courage.
Sir Rovers se repliait comme un serpent.
Le délai que je lui avais donné expirait dans deux jours : il m'envoya l'homme d'affaires qui l'avait précédé chez mon avocat; et cet homme eut soin de choisir, pour me rendre visite , une heure où il était sûr de ne pas me rencontrer. A mon retour, je trouvai la famille dans la joie. « Tout est fini, tout « est arrangé ! » s'écriaM. Dumarsy dès qu'il m'aperçut. Ma femme et sa mère accoururent au-devant de moi, en me félicitant. On m'apprit enfin qu'une personne
21 8 JACQUES FAITVEL,
était venue de la part de sir Rovers annoncer qu'il assurait six mille livres de rente à chacun des deux enfans , et qu'il leur ferait quitter la campagne pour les loger dans son hôtel. L'homme d'affaires, qu'on avait fort bien accueilli, devait revenir, et me confirmer ces grandes nouvelles. Il me fallut un pénible effort sur moi-même pour dér traire tant de joie. Je ne pouvais consentir à cette justice incomplète; et je signifiai à l'émissaire, quand il revint, que le surlendemain , à sept heures du soir, j'attendrais sir Rovers chez mon avocat pour savoir définir livement s'il acceptait 'ou s'il refusait mes conditions,
Sir James parut à ce rendez-vous, toujours fier , mais sombre et soucieux. Les hommes qui ont de l'orgueil devraient encore plus que les autres se préserver de bassesse dans leurs actions : quel supplice pour eux quand ils sont contraints de s'humilier ! « Je veux être généreux , » nous dit-il en cherchant à renfermer son trouble ; « je donne aux enfans de mon frère la « moitié des biens que j'ai reçus de M. Lo-
II» PARTIE. — CHAPITRE XIII. 219 « winson. En conséquence, il est inutile « que j'annule le testament, et je con- « serve la tutelle. Le sort de ces enfans « est assuré ; ils seront riches , et ils le « seront par des moyens honorables pour (( moi. » Sa voix s'altérait ; on voyait qu'il se sentait vaincu , tout en s'efforçant de prolonger une lutte inutile. « Je souffre de « ne pouvoir rien céder, répondis-je. La « mémoire de votre frère, celle de sa femme, « ne doivent pas rester flétries; et il est « nécessaire que la tutelle passe en d'autres « mains. Peut-être vous serait-il pénible de « vous décider en ma présence; je vous laisse « avec mon avocat. Ne repoussez point ses « conseils : demain , j'en appellerais à l'éic quité des juges et du public; ce soir, vous « êtes libre encore de couvrir vos torts d'un « voile impénétrable. » Je me retirai. Deux heures après M. Théry vint m'annoncer qu'à la suite de beaucoup d'hésitations sir Rovers avait reconnu qu'il fallait se résoudre à ce que je demandais.
Le testament fut annulé , et le respectable
professeur de Cambridge fut nommé tuteur des enfans de sir Arthur.
Monsieur et madame Dumarsy me remerciaient de n'avoir pas écouté leurs craintes ; Louise voulut revoir les enfans avant qu'ils allassent chez leur tuteur. Ils vinrent à Pans avec la bonne Geneviève, qui avait eu besoin d'une patience angélique pour obtenir qu'on la laissât près d'eux. Au milieu de sa joie , elle sentait un vif chagrin de quitter son pays ; mais elle ne voulut point se séparer des deux orphelins qu'elle avait adoptés la première.
mm