Rechercltes de la France, liv. IV, chap. xvi
3. Koi'ls nouveaux, à Clermont, chez G. Jacquard , s. d. (v. 1670). petit in-l2, p. 100 et suiv.
NOËL DES GRANDS-JOURS. 3ni
Aughâ, gens, aughâ :
Le ceo vous reprocha Qu'aquou ei trop ploghà; Et , sens gro boughâ , Vous laissa raughâ.
Laus Grands-Jours Ne sont pas toujours.
Embey Noé le temps s'aprocha Par fondre la cliocha :
Laus fourneaux sont tout chauds , Nous z'avens ce que chaut.
Courraz, curas de la parrocha, Courraz, parrouchaus.
Écoutez , peuple , écoutez :
Le ciel vous reproche
Que c'est trop plier;
Et, sans vous bouger ,
Vous vous laissez ronger.
Les Grands-Jours
Ne sont pas toujours.
Avec Noël le temps s'approche
Pour fondre les cloches :
Les fourneaux sont tout chauds ;
Nous avons ce qu'il faut.
Accourez, curés des paroisses,
Accourez , paroissiens.
\iM APPENDICE.
Noé cez deiscen, Quou ei par tout refouére :
Aquou ei son decein , De tant que nous sents D'en fouére dans sens Quou ei quemen , Ce qu'au parlamen Le Rey donna poudey de fouére.
Et , par tout parfouére Vô que laus endechats , Et laus engronio-chats , Peuchont a quey cô se deifouére De tous liours pechats.
Noël ici descend ,
C'est pour tout refaire ;
C'est son dessein ,
De tous tant que nous sommes
D'en faire des saints.
C'est presque
Ce qu'au parlement
Le Roi donne pouvoir de faire.
Et, pour tout terminer,
Veut que les gens tarés
Et les méchants
Puissent cette fois se défau'e
De tous leurs péchés.
NoiiL Di:s i;kands-jours. i^n^
Vez Cliarmou ou l'y o Quauquas gens de roba , Que font , dins que lie , Moue qu'on ne soulio :
Quou ei ce que fallio.
Aux pleintis Tant siont-ils cheitis , Pas un d'ys ne liau foué la boba.
Qu'a be foué , z'au troba :
Segur dins son lugis, L'eynoucen ne crent gîs; Mas le meichant que tua , que roba , Foué be de fugir.
A Clermont il y a
Quelques gens de robe ,
Qui font, dans ce lieu ,
Mieux qu'on n'avoit coutume :
C'est ce qu'il falloit.
A ceux qui se plaignent,
Tant soient-ils cliétifs,
Pas un d'eux ne leur fait la moue .
Qui a bien fait, le trouve :
Sûr dans son logis,
L'innocent ne craint rien ,
Mais le méchant qui tue, qui vole.
Fait bien de fuir.
Sens le grand Novion , Que chacun flatouéra , Et tous tant qui sont D'Estrappes, Tronsou, Le Boultz, Barillon,
Sens Le Coq, Guillard, Nau, Malo, Bochart, Peletier, que redouéra, Vassan , la Falluéra , Sens Boyvin , Caumartin Hébert et Barentin , Joli , Talou , le paï z'cra Tout pie de lutins.
Sans le grand Novion ,
Que chacun cajole,
Et tous tant qu'ils sont,
D'Estrappes, Tronson,
Le Boultz, Barillon,
Sans Le Coq,
Guillard , Nau , Malo ,
Bochart, Le Peletier, qui va rôdant,
Vassan , La Falluère ,
Sans Boyvin, Caumartin,
Hébert et Barentin ,
Joli, Talon, le pays étoit «
Rempli de lutins.
NOËL DES GRAiNbS-JULllS. 335
Ou l'y 0 ne sc6 quant D'avoucats sens causa, Venguts d'end'aquant , Qu'ont foué quant et quant Grand brut , grand cancan :
Et Diau sa , Au fond de liour sa , Ou ne s'ei pas trouba grand chosa; Liour caquet se pausa; Mas , de vré , ou n'y a be Quaucun que janlha be, Que n'a pas leissa, tant yo causa, Sa Ihingua au chabe.
Il y a je ne sais combien
D'avocats sans cause,
Venus je ne sais d'où ,
Qui ont fait souvent
Grand bruit , grand cancan ;
Et Dieu sait,
Au fond de leur sac ,
Il ne s'est trouvé grand'chose ;
Leur caquet se repose;
Mais , vraiment , il y en a bien
Quelqu'un qui crie bien fort.
Qui n'a pas laissé, tant il cause.
Sa langue au cbevet.
Le procureur pré A farrà la miaula Dau gourri que cret Veni , par retrait , Contre un vieux décret ,
Par le be Dau rére-bele ; Le baumian ly suça la miaula , L'un l'autre embabiaula, Sio que qu'a be viaucu , Sio larron , sio coucu , Et peu liour donna la batiaula , Quand té liour s eicus.
Le procureur est prêt
A ferrer la mule
Du badaud qui croit
Venir , par retrait ,
Contre un vieux décret.
Dans le bien
De son arrière-grand-père ;
Le bohémien lui suce la moelle .
Il embabouine les uns et les autres ,
Soit celui qui a bien vécu ,
Soit le larron, soit le cocu.
Et puis // leur donne la pèle au c...
Quand il tient leurs écus.
NOËL DES GUA^bS-JO^US. 337
VU
Durai! laus Grands-Jours On vé d'hour'en houra Arribà dans mours De toutas couleurs , Be foués, moue be lourds.
Lhun ei blond , Et l'autre a le front Et le naz pus uei qu'una moura ; Tau chez se laboura Qu'eicy se meicouui; Narma ne se couni ; Par uu biau mour, l'on en vè houra Viengt mours de mouni.
Pendant les Grands-Jours On voit d'heure en heure Arriver des visages De toutes couleurs , De bien faits, et de bien lourds.
L'un est blond, Et l'autre a le front Et le nez plus noirs qu'une mûre.
Tel chez soi laboure Qui ici se méconnoît:
Nul ne se connoît ;
Pour un beau visage on en voit à cette heur- Vingt visages de singes.
Tous laus jours on vé Dins la capitala
Quauque moui' neuve Que davoueida vè Un vieux eichavê.
De Mâcon , De Fourez , de Lyon , De Berry le monde s'en dàla :
Dins quey tems que jala, Y cez font força eicos , Amoué , biauco de côs , Laus lugis sont pleis, dins la viala, Couma dans cacôs.
Tous les jours on voit
Dans la capitale
Quelques visages nouveaux
Qui dévident (débrouillent)
Un vieux écheveau.
De Màcon ,
Du Forez , de Lyon ,
Du Berry , le monde ici descend ■
Dans ce temps où il gèle ,
Ils font ici force écots ,
Aussi , bien des fois ,
Les logis sont pleins , dans la ville ,
Comme des œufs.
NOKL DES (]UAISDS-JOURS. 339
A la nobla, en rua, A la rotureira ,
L'on porta la quoua ; Diriaz qu'eilha joua A vira-ta-quoua.
Ne foué pas , Sens meneur, un pas ; Et nous n'avens gis de charreira Que sio sens chadeira , Que le gagna-denei , Qu'ei pus lourd qu'un panei , Porta dreit coum'una leiteira :
Font dous bous miauleis.
A la noble dame, dans la rue,
A la roturière
L'on porte la queue ;
Vous diriez qu'elle joue
A vire-ta-queue ;
Elle ne va pas ,
Sans meneur , un pas ;
Et nous n'avons pas de rue
Qui soit sans chaise (à porteurs),
Que le gagne-denier ,
Qui est plus maussade qu'un panier .
Porte , droit comme une laitière :
Ils font deux bons mulets.
;i4() AI'l'LMUCt;.
Le laqués tout gourd Que seq le carrossa La neu et le jour; De cez , de lez coiu't , Et foué milla tours.
Quaus champi Font tout par deipi , I ne charchont mas playa et bossa ; Queite, l'autre passa; I font laus entendus , Et quaus pobreis pardus CouiTont et vont , coum'à la noça , Veire laus pendus.
Le laquais tout alerte
Qui suit le carrosse ,
La nuit et le jour .
D'ici, de là court.
Et fait mille tours.
Ces bâtards
Font tout par dépit;
Ils ne cherchent que plaie et bosse ,
Celui-ci, celui-là passe;
Ils font les entendus,
Et ces pauvres perdus
Courent et vont comme à la noce ,
Voir les pendus.
NOËL DES r.RANnS-JOI'RS. 3'.!
Dins tout le ressort , D'archez on vê força :
Sarghans et recors , De partout n'en sort , Que nous fâchont fort.
Nous cez sens Pus sents que dans sents :
De bien viaoure chacun s'eiforça.
Si quauqu'un se corça, Jura ou donna un souffle , De tans gens tout ei pie , Que , sens piatat , prenont par força Un home au coule.
Dans tout le ressort ,
D'archers on voit force :
Sergents et recors ,
De toutes parts il en sort .
Qui nous fâchent fort.
Ici nous sommes
Plus saints que des saints :
De bien vivre chacun s'efforce.
Si quelqu'un se querelle ,
Jure ou donne un soufflet,
De tels gens tout est plein ,
Qui , sans pitié , prennent par force
Un homme au collet.
342 \IM'KNI>I(.K.
xr
Quaus diantreis d'arche?
Ne sont pas d'attendre ; Quaus vouida-pichez , Pus durs que rouchez , Sont de -sTés bouchez ; Liours douas mâs N'amon pas chaumâ ; Liour meitey ei de toujours prendre ; Quaus mours sont à craindre :
Mas qu'io trobe bien fous Et bien lourds tout aquous Que venont par se fouére pendre Ou coupa le cou !
Ces diables d'archers .
Il n'est pas bon de les attendre;
Ces vide-brocs,
Plus durs que rochers,
Sont de vrais bouchers :
Leurs deux mains
N'aiment pas à chômer:
Leur métier est de toujours prendre:
Ces visages sont à craindre :
Mais que je trouve bien fous
Et bien nigauds tous ceux
Qui viennent pour se faire pendre
Ou couper le cou!
NOKT- DKS CRANDS-JOrRS. ^k'.i
Quau dans dous mei foué , Ou be que que garda Sa pâta et sa moue , Ou que que s'en voué?
Quau dau dous mei foué?
Par tous dous Quou ei bien hazardoux ; Mas que que sa pê contregarda , Qu'au be ne regarda , A d'eime son plen cor; Et l'autre z'a be tort De peyta chez se la camarda Et l'eiregha mo7^t.
Lequel des deux fait mieux .
Ou bien celui qui garde Sa pâte et sa huche , Ou celui qui s'en va?
Lequel des deux fait mieux "^ Pour tous les deux C'est bien hasardeux ; Mais celui qui préserve sa peau Qui au bien ne regarde , A d'esprit plein son corps ; Et l'autre a bien tort D'attendre chez lui la camarde Et la méchante mort.
344 APPENDICi:.
Tant sio sauvaghou Le veitit de seda , Loen de son donjhou, lo l'o méma jou Que le boulonghou.
Au couquy Au grand , au marquy , Un vale tê la brida reda ; Jura , pesta , creda ; Et laus tê , que liaunar , Siont-is chez Lachanard , Ou dins la tour de la mouneda Couma daus renards.
Quelque intraitable que soit L'habillé de soie, Loin de son donjon, Il a le même joug (sort) Que l'habillé de bure.
Au coquin ,
Au grand, au marquis, Un valet tient la bride roide ; Il jure, peste et crie; Il les tient, ce goujat.
Qu'ils soient chez Lachanard , Ou dans la tour de la monnoie.
Comme des renards.
NOiii. DES r.R.\Ni)S-.(ori;s. 34:
Daus châtiaux sens pô.
Sens migha, ni crauta, Vi, pichez, ni pot, Pus nuds qu'un tripot.
Chacun fut que pôt.
Laus prévôts Soubre liour chavaux Dau pai fout la vira-vauta; Vont de cauta en cauta, Mas font pau de proufi ; Dins le nio d'au pus fi, Ne trobon re, mas quauqu'eichauta Dins quauque coufi.
Des châteaux sans pain,
Sans mie , ni croûte .
Vin, broc, ni pot,
Plus nus qu'un jeu de paume.
Chacun fuit, s'il peut.
Les prévôts
Sur leurs chevaux
Font du pays la ronde ;
Ils vont de côte en côte ,
Mais ils font peu de profit :
Dans le nid des plus fins
Ils ne trouvent rien, que quelque pelûtou
Dans quelque coin.
:MtC^ AI'l'KNUlC.h:.
L'homme de chatê Au grangei arracha Ce que le sauté ; Et sens dreit retê Son lard, son chanté.
Le couchou lo pré, mouen l'auchou, Le chabri, l'agné et la vacha :
Amoué, sio se fâcha, Pren l'arére et le biaou, Le jhau, la poula et l'y au.
Et peu ly douna par la pacha.
Et laus côs sont siaus.
L'homme de château.
Au métayer arrache
Ce qui le soutient ;
Et sans droit retient
Son lard, sonchanteau.
Le cochon
Il prend, avec l'oison.
Le cabri , l'agneau et la vache :
Encore, si l'autre se fâche,
Il prend la charrue et le bœuf ,
Le coq, la poule et l'œuf,
Et puis il lui donne sur la joue,
Et les coups sont siens (lui restent).
NOiiL DES C.UANDS-JOURS, 347
Le noble que diaou, Tout ce que sa raça A manghâ de biaou, Tout le vi qu'io biaou, Moue quauqu'habit niaou, Ni paya Ne vô, ni pleidiâ ; Mas le marchand de chez se chassa, Son nio cadenassa, Sens re paya dau tout, Ni deney, ni jittou :
Nar tout payamen, le menaça De côs de bâtou.
Le noble gui doit
Tout ce que sa race (ses ancêtres)
A mangé de bœuf,
Tout le vin qu'il boit.
Et quelque habit neuf,
Payer
Ne veut, ni plaider (être assigné);
Mais de chez lui il chasse le marchand ,
Il cadenasse son magot,
Sans rien payer du tout,
Ni denier, ni jeton :
Pour tout payement, il le menace
De coups de bâton.
A parla francei, Chaque gentilhome Dau mati au sei Foué creschi saus ceys.
Et d'un liard n'a seis.
Viaou sens fe, Pren le pra, le fe, Le champ et laus chaux dau bouuhome, Peu foué l'eyconome De saus peis, de saus plez, Bat que que ly deiplé ; Et, coum'un rey dins son royaume, Di' qu'aquou ly plé.
A parler françois ,
Chaque gentilhomme
Du matin au soir
Fait croître ses cens .
Et d'un liard en a six.
Il vit sans foi,
Prend le pré, le foin,
Le champ et les choux du bonhomme .
Puis fait l'économe
De ses pois , de son salé .
Bat celui qui lui déplaît:
Et , comme un roi dans son royaume .
Dit que cela lui plaît.
.NOtL UKS GRANDS-.I01 HS. 349
Que Diau ne crent gro, Que mongha deifroqua, Que quitta le fro, Que jura et biaou trop, Et que viaou d'eycroc ;
Le vaure, Le coupa-jarre, Et que l'un et que l'autre toqua, Que daus Rey se moqua, Le murtrei, le filou, Le treitre Ganelou, Devont tous fort crendre la croqua D'un cô de Talou.
Qui Dieu ne craint point,
Qui défroque des nonnes ,
Qui jette le froc ,
Qui jure et boit trop.
Et qui vit d'escroquerie.
Le vaurien,
Le coupe-jarret,
Celui qui heurte l'un, qui heurte l'autre
Qui du Roi se moque ;
Le meurtrier, le filou,
Le traître Ganelon.
Doivent tous craindre le choc
D'un coup de Talon.
A tau la paou creî, Le fond et le mina, Que foué le laudrei, Et se tê be di'ei, Que n'a pas grand drei.
Qu'où n'y a, Par laus quaus Ion nia, Et que Ion reicond liour varmina, Que font bouna mina !
Mas l'home qu'ey fautey, Gentilhome ou gatey, Foué be d'avé paou de l'harmina Amoué dau mourtey.
Chez tel la peur croît .
Le fond et le mine ,
Qui fait le vaillant ,
Et se tient bien droit,
Qui n'en a guère le droit.
Combien il y en a,
Pour lesquels on nie,
Et dont on cache la vermine (les méfaits) ,
Qui font bonne mine !
Mais l'homme qui est fautif,
Gentilhomme ou coquin ,
Fait bien d'avoir peur de l'hermine
Et du mortier (des juges).