Journal de Dongois, fol. 200 et
plus qu'on l'avoit publiée pour être fort extraordinaire et fort criminelle.
Le sujet des plaintes de Chardon étoit qu'ayant procès contre Antoine Fayol , père de sa femme , pour le payement de quelque rente viagère qu'il s'étoit réservée par l' abandon nement qu'il avoit fait de ses biens à sa fille, dont il étoit mal payé, le sieur marquis du Pont-du-Chàteau, dont Fayol avoit été domestique, s'en mêla, et, à sa prière, empêcha l'enlèvement de quelques grains d'une métairie sise aux martres d'Artières, que Fayol avoit donnée en mariage à sa fille. Même, Fayol ayant obtenu quelque sentence à son profit contre son gendre et sa fille, le marquis du Pont-du-Chàteau tint la main à l'exécution en faveur du beau-père.
Chardon et sa mère vinrent à Paris et présentèrent plusieurs placets au Roi, très-injurieux contre le marquis, et le Roi recommanda très-particulièrement cette afi'aire à Messieurs des Grands-Jours , de sorte que , lorsqu'ils furent établis à Clermont , il y eut presque aussitôt décret de prise de corps contre le marquis , qui fut arrêté et retenu prisonnier près de trois mois. Pendant ce temps on lui instruisit son procès sur cinq chefs :
Le premier, sur des violences prétendues faites par le marquis , à Chardon , à sa femme et à leurs domestiques ; mais il parut, par la déposition même de plus de soixante témoins que Chardon produisit contre lui , que ce qu'il en avoit fait avoit été à la prière de Fayol , dont il avoit pris les intérêts avec un peu de chaleur, outre que la violence étoit assez légère.
Le second , sur l'enlèvement d'un notaire , nommé Dumas , dans son château ; mais , quoique le marquis lui eût écrit une lettre de menaces et un peu cavalière, et que cet homme eût été enlevé quelque temps après , néanmoins , outre que Dumas ne s'étoit jamais plaint d'aucun mauvais traitement, il étoit constant que l'enlèvement avoit été fait, il y avoit quinze ou seize ans , par l'ordre du père du marquis , et lorsque le fils étoit à l'armée en Italie.
Le troisième, sur ce que l'on prétendoit que le marquis, à l'âge de dix-huit ans , quinze ans avant le renouvellement des édits sur les duels , avait tué en duel un gentilhomme , nommé d'Anglade ; mais pas un des témoins ne le reconnut à la confrontation et au contraire tous le déchargèrent.