‹ Mémoires de Fléchier sur les Grands-jours d'Auvergne en 1665, annotés et augmentés d'un appendice par m. Chéruel, et précédés d'une notice par m. Sainte-BeuveChapitre 73 sur 147 · G MÉMOIRES DE FLÉCHIER · texte numérisé non relu

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désavantageusement , et qu'elles démentoient jusques à leurs mères. Une demoiselle qu'il avoit charmée, avoit accoutumé de dire que cet homme, quand il seroit bien méchant, étoit d'ailleurs si aimable, qu'on devoit pardonner et le mal qu'il faisoit et le mal qu'on pouvoit faire avec lui. Les plus prudes se scandalisoient d'abord de ces discours hardis et libres ; mais elle, ne se justifioit qu'en les menant à quelque compagnie où il étoit ; et comme si ces yeux eussent perverti les esprits, elles se trouvoient presque immobiles, et nefaisoient qu'approuver le sentiment de leur compagne. Je me souviens d'avoir lu dans le Talmud ou dans l'Alcoran, qui sont également deux bons livres , qu'après que la maîtresse de Joseph, dont il est si fort parlé dans l'Écriture, eut sollicité ce jeune homme de consentir à ses passions, et qu'elle l'eut trouvé plus sage qu'elle ne pensoit, elle eut un dépit extraordinaire d'avoir fait éclater son amour et de s'être attiré les reproches de toutes les dames qui la connoissoient , et qui s'estimoient plus modestes qu'elle; et pour les confondre par elles-mêmes, elle les prioit à dîner, et faisoit tenir ce beau garçon au bout de la table, qui les ravissoit si fort par sa bonne grâce, qu'elles ne mangeoient point, et crioient en sortant qu'une dame ne pouvoit point être blâmée d'aimer un homme fait comme lui'. Ainsi, pour se justifier d'aimer l'Espinchal, on n'avoit point de meilleure raison que de le montrer. Pour lui, il jouissoit de la joie d'être aimé, il avoit le plaisir d'aimer lui-même , et de choisir entre plusieurs. Quoiqu'il reçût les bonnes fortunes qu'on lui ofîroit, et qu'il en offrît de sa part à d'autres, il étoit pourtant en bonne intelligence avec sa femme, qui avoit pour lui toute la passion et toute la tendresse imaginables, qu'elle conserve encore à présent après tous les déplaisirs qu'elle en a reçus; et ses divertissements du dehors n'avoient pas encore rompu la paix dans son domestique, jusqu'à ce qu'une dame qu'il

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