‹ Mémoires de Fléchier sur les Grands-jours d'Auvergne en 1665, annotés et augmentés d'un appendice par m. Chéruel, et précédés d'une notice par m. Sainte-BeuveChapitre 81 sur 147 · SS MÉMOIRES DE 1 LECHIEK · texte numérisé non relu

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pressés, ils ne se hàtoient pas assez au gré de la noblesse, et l'on peut dire qu'après tant d'affaires fâcheuses pour les uns et pour les autres, le calme parut grand et la joie générale. Ceux dont la commission avoit cessé étoient bien aises de s'en retourner à Paris. Ceux qui se sentoient peut-être encore criminels étoient ravis de les voir partir. Les uns alloient revoir leurs parents et leurs amis ; les autres alloient perdre de vue leurs juges. Ils concertoient déjà les réjouissances qu'on devoit faire , et je m'assure que quelques sujets qu'ils aient d'être modestes, leur carnaval sera sans doute fort réjoui. Ils (jnt des raisons qui semblent les y obliger. La première est qu'ils ont été durant cinq ou six mois dans une terreur et dans une contrainte continuelles ; ce qui les obligera de jouir des plaisirs de la liberté, et de chanter des cantiques de leur délivrance. La seconde est qu'ils prétendent réparer par leur débauche de cette année les pénitences qu'ils tirent l'autre; tous les divertissements ayant été interdits, et le carême avancé de plusieurs jours dans tout le diocèse par l'ordonnance de l'évèque. L'occasion de cette pénitence publique fut une profanation qui avoit jeté tout le monde dans une consternation étrange. Il y avoit un fou dans la ville qui paroissoit assez paisible, et dont la folie n'alloit pas jusqu'à la fureur; aussi lui laissoit-on la liberté, d'autant plus qu'on le voyoit fort souvent auprès des autels , et que la piété qu'on remarquoit en lui faisoit croire qu'il étoit à plaindre et qu'il n'étoit pas à redouter. Mais on ne considéroit pas que tout est à craindre lorsqu'un esprit est déjà blessé. Sa piété lui troubla l'esprit , et s' étant imaginé que tous les prêtres qu'il voyoit célébrer étoient indignes de leur ministère, et que lui seul pouvoit s'en acquitter dignement, il n'assistoit à aucune messe qu'il n'en sortît avec un zèle amer, et avec une passion ardente ou de sacrifier à la place du prêtre, ou d'immoler le prêtre même aux pieds des autels. Enfin étant un jour dans l'église où l'aumônier de M. l'évèque disoit la messe et avoit déjà consacré, sa folie le

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pressa si fort que, franchissant fort agilement le balustre qui entouroit l'autel, il se saisit du calice inopinément, et se croyant lui seul en état d'achever le sacrifice , il profana le plus sacré de nos mystères. Ce fut un scandale si grand, que toute la ville en fut consternée durant plusieurs jours. M. l'évêque ordonna des prières publiques : on exposa le saint sacrement dans les églises, pour donner moyen aux bonnes âmes de satisfaire par leurs adorations à l'injure qu'il avoit reçue. On fit des sermons sur cet accident pour animer le peuple à la ferveur, et tous les catholiques en furent aussi touchés, que les Israélites le furent autrefois lorsque l'arche étoit tombée entre les mains des Philistins. Et comme le malheur arriva dans le temps de carnaval, on jugea à propos de supprimer toutes les libertés que donnent la coutume et l'exemple dans cette saison , et chacun consentit à s'interdire tous les divertissements publics. Il y en eut qui pleurèrent la folie de ce misérable , d'autres regrettèrent de ne pouvoir pas être fous à leur façon , et furent pour le moins aussi surpris de la réparation qu'ils l'avoient été de la profanation passée. Ils représentèrent que c'étoit assez de faire pénitence dans la ville où l'on avoit commis le sacrilège; que cette action ne pouvoit jamais être assez punie; mais qu'après tout c' étoit un coup de folie et non pas de malice ou d'impiété; que le carême étoit assez long sans en faire un nouveau du carnaval, et qu'il falloit laisser ces austérités à la dévotion de ceux qui sont retirés du monde. Par ces raisons, ils se réservèrent le droit d'aller aux assemblées de Riom, et s'exilèrent volontairement de leur pays autant de temps que la licence en fut exilée. Cette année, ils se disposent à se débaucher, et parce qu'il n'est point arrivé de scandale , ils sont tout prêts à en faire euxmêmes.

Nous laissâmes ces messieurs dans leurs belles résolutions, et nous partîmes de Clermont le quatrième jour de février, jjonr nous rendre à P.iris nu plus tôt. Rien ne fut

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