I. Extrait du Journal de Dongois. fol. 189 et
ce qu'elle devoit à Sénégas , et il fut ordonné que , sur les biens confisqués, elle seroit payée de 4000 livres de dommages et intérêts ; que toutes les minutes d'informations dont Sénégas s'étoit trouvé saisi, et les autres informations, qu'il avoit produites , demeureroient supprimées ; qu'il en seroit fait procès-verbal et description , et à cette fin que les productions de Sénégas demeureroient au greffe. Il fut enjoint au juge de la Gurjole de faire exécuter incessamment la sentence de contumace, du 9 avril 1665, donnée contre la femme, les enfants, les domestiques et les adhérents de Sénégas au nombre de cent ou cent vingt , et au lieutenant et au substitut du procureur général du Roi en cette justice, et à tous prévôts des maréchaux et officiers de justice, de tenir la main à l'exécution de l'arrêt. Défenses furent faites à toutes autres personnes, de quelque qualité et condition qu'elles fussent , de donner retraite aux condamnés , à peine contre les gentilshommes de dégradation de noblesse , de rasement de leurs châteaux , de confiscation de leurs biens , d'être déclarés atteints et convaincus des mêmes crimes et de tous dépens, dommages et intérêts des parties, et il fut enjoint aux communes de leur courir sus , et de les amener à la justice. Les habitants de Curvalle et de Plaisance, et les témoins ouïs dans les informations , furent mis en la protection du Roi et de la cour.
Cette affaire, l'une des plus grandes qui se soient jamais présentées, fut huit ou dix jours sur le bureau , et, sans l'application extraordinaire du rapporteur1, dont la vivacité d'esprit, la diligence , le mérite et la probité sont assez connus , elle y fût demeurée plus de deux mois. Car, outre un très-grand nombre de témoins qui avoient été entendus sur différents chefs d'accusations fort intriguées, les productions civiles étoient monstrueuses. Ce que l'on peut dire en gros de l'affaire, est que Sénégas se voulant approprier le domaine de Curvalle , il n'y a point de chicanes , de vexations et de violences qu'il ne fît aux habitants de cette ville. Les plaintes en ayant été portées au Roi , l'affaire fut commise à la Chambre de justice2, où le procès fut presque entièrement instruit. Mais une des plus méchantes actions de Sénégas fut que , pour détruire la foi de plus de cent