‹ Mémoires de Fléchier sur les grands-jours d'Auvergne en 1665Chapitre 43 sur 129 · Voy. Appendice, n° XV · texte numérisé non relu

Voy. Appendice, n° XV

conseils et îles bons avis que lui donnoit M. Nau, homme forl expérimenté en ces matières, pour y procéder avec ordre, elle se fit apporter tous les poids de la ville, ceux des marchands, ceux des orfèvres, ceux des bouchers; les examina les uns après les autres, et comme elle a l'esprit fort pénétrant, elle découvrit bientôt qu'il y avoit du défaut et de la tromperie dans l'usage des poids et des mesures, et fit connoître à tout le monde que la livre de Clermont n'avoit que treize à quatorze onces , au lieu qu'elle en a seize partout ailleurs. Cette injustice qui surprend les étrangers, et qui confond l'ordre de leur dépense, lui donna si mauvaise opinion de la ville, qu'elle ne l'a jamais aimée depuis. Il est vrai qu'elle fit grand bruit et qu'elle voulut réformer cet abus, qu'elle trouvoit d'autant plus considérable qu'il étoit de conséquence pour tous les jours; mais il est si bien établi , qu'il eût fallu renverser toutes les coutumes du commerce , et ruiner toutes les lois de leur trafic particulier. Il fallut donc se contenter de diminuer du prix des choses, à peu près autant qu'on en diminuoit du poids, par des règlements qu'elle voulut faire publier. Elle entretenoit tous ceux qui la venoient voir, de cette affaire, et prenoit toutes les dames à témoin du soin qu'elle avoit de la justice distributive. Mais comme elle vit qu'on ne prenoit à cœur une affaire de cette importance, elle résolut de laisser à chacun la liberté de faire sa dépense, et ne voulant point donner mauvais exemple, ni passer pour mauvaise ménagère comme les autres , elle se faisoit apporter chez elle tout ce qu'elle achetoit, et le pesoit à sa manière, quelque remontrance que lui pussent faire les marchands qui , par la crainte de l'autorité du fils et de la colère de sa mère , subissoient les lois qu'on leur imposoit.

Cette première réforme qu'elle voulut introduire fut comme un essai de celles qu'elle devoit entreprendre pour l'exercice de la charité des dames, et pour le soulagement des pauvres. Klle établit des assemblées dans les paroisses sur l'exemple

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de celles de Paris, et convoqua toutes les femmes de qualité de la ville ; et parce qu'il s'étoit glissé une certaine opinion parmi elles, qu'il falloit avoir passé cinquante ans pour avoir séance dans ces compagnies de piété, elle représenta qu'on pouvoit être charitable étant plus jeune; que pour être un peu plus belles et plus enjouées, elles n'en dévoient pas être moins vertueuses ; qu'il étoit beau de voir qu'une dame qui alloit au bal, ne refusoit pas de venir aux hôpitaux, et qu'après avoir dit en riant des douceurs à ses galants, elle venoit parler sérieusement des nécessités de la paroisse et des moyens de faire subsister ceux qui sont pauvres ; qu'enfin tout âge étoit propre à la dévotion comme avoit dit saint Augustin, et qu'il falloit corriger ce désordre. Pour cet effet, elle pressa Mme de Caumartin la jeune \ de se trouver à l'assemblée , afin de convaincre les esprits par son exemple, et de montrer qu'on n'excluoit pas la jeunesse de ces sortes de consultations charitables. On s'assembla donc dans une salle qu'on avoit choisie pour cela, et M. le curé et les dames ayant pris leur place, et le curé ayant voulu dire quelques mots d'exhortation, et se trouvant un peu embarrassé, Mme Talon prit la parole, et après avoir fait elle-même un petit discours à sa façon , pour persuader qu'il falloit se régler sur l'ordre observé à Paris , elle finit par une figure de rhétorique qui émut toute cette pieuse troupe, et fit qu'on travailla à faire des règlements. Le curé proposa d'abord qu'il falloit élire une supérieure des dames de la charité, qui par humilité s'appelleroit la servante des pauvres; mais Madame répondit en l'interrompant, qu'on ne connoissoit point à Paris toutes ces affecteries 2 d'humilité, qu'il falloit servir Dieu en simplicité de cœur, comme elle avoit lu dans la traduction des épîtres et des évangiles de toute l'année, et qu'il ne falloit point s'amuser à ces niaiseries extérieures; qu'il y avoit quelque-

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