X INTRODUCTION
Mais après cette chaîne et ces liens rompus , Il a repris son cœur et ne l'engage plus.
Si j'expose à ses yeux l'objet le plus charmant ,
Il le regarde en juge et non pas en amant ;
Et si j'offre à ses feux quelque illustre matière ,
A son peu de chaleur il joint trop de lumière,
Il examine trop les lois de sa prison ,
Et veut joindre à l'amour un peu trop de raison.
Vénus répond à son fils en le consolant, et lui dit qu'il ne faut pas désespérer à ce point du rebelle Alcandre :
Plus ses vœux sont tardifs, plus ils seront constants, Il diffère d'aimer pour aimer plus longtemps , Et sa chaîne, mon fils, qu'il traîne de la sorte , En sera quelque jour plus durable et plus forte; Relève ton espoir, et choisis seulement Une parfaite amante à ce parfait amant.
Doris sera cette amante et cette seconde épouse , Doris à la fois belle et sage, également chère à Pallas et aux Muses, mais qui ne veut avec celles-ci qu'un commerce secret. Fléchier, dans ce portrait flatteur et qui a du ton de YAsirée , insiste comme il le doit sur la pudeur et la modestie qui fait le trait principal de la beauté célébrée :
Cette chaste couleur, cette divine flamme, Au travers de ses yeux découvre sa belle âme . Et l'on voit cet éclat qui reluit au dehors , Comme un rayon d'esprit qui s'épand sur le corps.
Telle Fléchier nous dépeint et nous montre à l'avance la seconde Mme de Caumartin avec laquelle il fera l'année suivante le voyage d'Auvergne, et pour qui il rédigera le récit des ("•ronds-Jours. Ce fut très-probablement pour elle aussi, et à sa demande, que le cardinal de Retz, quelques années après, entreprit d'écrire ses incomparables Mémoires. Mme de Caumartin avait en elle le don d'inspirer, et ce charme auquel on obéit.
Ces vers français de Fléchier qui rappellent ceux de d'Urfé,
INTHODUCTION. XI
de l'ancien évêque Bertaut, ou encore ceux de Godeau, évêque de Yriu-e, sont ce que j'appelle des vers élégants et polis d'avant Despréaux. Ceci se rattache à la remarque la plus essentielle dans une appréciation littéraire de Fléchier : il appartient , par le goût et par la manière , à la société de l'hôtel Rambouillet , et aux gens de lettres de la première Académie dont il était en quelque sorte l'élève ; c'est la, c'est dans ce double cercle qu'il prit son pli à l'heure où son talent se forma, et il le garda toujours, même en se développant par la suite et en s'élevant ; mais il ne se renouvela point.
On a de Fléchier d'autres vers français que ceux qui ont été recueillis dans ses OEuvres complètes, et ils justifient encore mieux, s'il est possible, la filiation que j'établis. Un manuscrit de la Bibliothèque impériale (Suppl. fr., n° 1016 in-fol.), qui a appartenu à M. de Boze, porte en marge à la première page : JuvcniUa Flechericma* ; et entête : Divertissements, jeux d'esprit ou passe-temps de la jeunesse d'une des premières plumes de ce siècle, et au-dessous : Amusements de la jeunesse d'un homme illustre. Ce petit recueil se compose de quelques pièces de vers et de prose qui auront paru trop galantes et trop légères pour entrer dans les OEuvres imprimées 2. Elles sont bien de celui qui, devenu prélat, ne négligeait pas de correspondre avec Mme Deshoulières et avec Mlle de Scudéri , et qui écrivait à la première : « Quelle joie pour moi, madame, de trouver, après le cours ennuyeux d'une visite de diocèse, une lecture aussi délicieuse que celle de vos Poésies ! Je croyois n'avoir plus de goût que pour les soins de l'épiscopat et pour les règles de la discipline de l'Église ; mais j'ai senti que j'aimois encore les sonnets, les stances et les idylles, et qu'au milieu des occupations les plus sérieuses j'étois encore capable d'amusement. Vous m'avez
I. Il faudrait, selon les analogies de la bonne latinité. Flexiariamt. •2. Je renvoie à la fin de l'Introduction . sous le titre de nutc A . la publication que je fais en entier d'une de ces pièces.