‹ Mémoires de Fléchier sur les grands-jours d'Auvergne en 1665Chapitre 79 sur 129 · VI · texte numérisé non relu

VI

Tous laus jours on vê Dins la capitala

Quauque mour nouvé Que davoueida vê Un vieux eichavê.

De Mâcon , De Fourez , de Lyon , De Berry le monde s'en dàla :

Dins quey tems que jala, Y cez font força eicos , Amoué, biauco de côs, Laus lugis sont pleis , dins la viala Couma daus cacôs.

Tous les jours on voit

Dans la capitale

Quelques visages nouveaux

Qui dévident (débrouillent)

Un vieux écheveau.

De Mâcon,

Du Forez, de Lyon,

Du Berry , le inonde ici descend :

Dans ce temps où il gèle,

Ils font ici force écots .

Aussi , bien des fois ,

Les logis sont pleins . dans la ville

Comme des œufs.

A la nobla, en rua, A la rotureira,

L'on porta la quoua ; Diriaz qu'eilha joua A vira-ta-quoua.

Ne foué pas , Sens meneur, un pas ; Et nous n'avens gis de charreira Que sio sens chadeira, Que le gagna-denei , Qu'ei pus lourd qu'un panei , Porta dreit coum'una leiteira :

Font dous bous miauleis.

A la noble dame, dans la rue.

A la roturière

L'on porte la queue;

Vous diriez qu'elle joue

A vire-ta-queue ;

Elle ne va pas,

Sans meneur, un pas;

Et nous n'avons pas de rue

Qui soit sans chaise (à porteurs),

Que le gagne-denier,

Qui est plus maussade qu'un panier,

Porte , droit comme une laitière :

Ils font deux bons mulets.

Le laqués tout gourd Que seq le carrossa La neu et le jour; De cez , de lez court , Et foué milla tours.

Quaus champi Font tout par deipi , I ne charchont mas playa et bossa ; Queite, l'autre passa; I font laus entendus , Et quaus pobreis pardus Courront et vont, coum'à la noça, Veire laus pendus.

Le laquais tout alerte

Qui suit le carrosse ,

La nuit et le jour.

D'ici, de là court,

Et fait mille tours.

Ces bâtards

Font tout par dépit;

Ils ne cherchent que plaie et bosse ;

Celui-ci, celui-là passe;

Ils font les entendus ,

Et ces pauvres perdus

Courent et vont comme à la noce,

Voir les pendus.

Dins tout le ressort .

D'archez ou vè força :

Sarghans et recors , De partout n'en sort , Que nous fàchont fort.

Nous cez sens Pus sents que daus sents :

De bien viaoure chacun s'eiforça.

Si quauqu'un se cor ça , Jura ou douna un souffle , De taus gens tout ei pie , Que , sens piatat , prenont par força Un home au coule.

Dans tout le ressort ,

D'archers on voit force :

Sergents et recors,

De toutes parts il en sort .

Qui nous fâchent fort.

Ici nous sommes

Plus saints que des saints :

De bien vivre chacun s'efforce.

Si quelqu'un se querelle .

Jure ou donne un soufflet .

De tels gens tout est plein .

Qui , sans pitié . prennent par force

Un homme au collet.

Quaus diantreis d'archez Ne sont pas d'attendre ; Quaus vouida-pichez , Pus durs que rouchez , Sont de vrés bouchez ; Liours douas mâs N'amon pas chaumâ ; Liour meitey ei de toujours prendre :

Quaus mours sont à craindre :

Mas qu'io trobe bien fous Et bien lourds tout aquous Que venont par se fouére pendre Ou coupa le cou !

Ces diables d'archers .

Il n'est pas bon de les attendre;

Ces vide-brocs.

Plus durs que rochers .

Sont de vrais bouchers ;

Leurs deux mains

N'aiment pas à chômer :

Leur métier est de toujours prendre

Ces visages sont à craindre :

Mais que je trouve bien fous

Et bien nigauds tous ceux

Qui viennent pour se faire pendre

Ou couper le cou !

NOËL DES GRANDS-JOURS. I i I

Quau dans dous mci tour , Ou be que que garda Sa pàta et sa moue , Ou que que s'en voué ?

Quau dau dous mei foué ?

Par tous dous Quou ei bien hazardoux ; Mas que que sa pè contregarda , Qu'au be ne regarda, A d'eime son plen cor ; Et l'autre z'a be tort De peyta chez se la camarda Et l'eiregha mort.

Lequel des deux fait mieux Ou bien celui qui garde Sa pâte et sa huche , Ou celui qui s'en va?

Lequel des deux fait mieux ?

Pour tous les deux C'est bien hasardeux; Mais celui qui préserve sa peau Qui au bien ne regarde , A d'esprit plein son corp^ Et l'autre a bien tort D'atteudre che/c lui la camard< Et la méchante mort

34'i APPENDICE.

Tant sio sauvaghou Le veitit de seda , Loen de son donjhou, Io l'o méma jou Que le boulonghou.

Au couquy Au grand , au marquy , Un vale tê la brida reda ; Jura, pesta, creda; Et laus tê , que liaunar , Siont-is chez Lachanard , Ou dins la tour de la mouneda Couma daus renards.

Quelque intraitable que soit L'babillé de soie, Loin de son donjon, Il a le même joug (sort) Que l'babillé de bure.

Au coquin,

Au grand , au marquis .

Un valet tient la bride roide ; Il jure, peste et crie; Il les tient, ce goujat.

Qu'ils soient cbez Lacbanard .

Ou dans la tour de la monnoie Comme des renards.

NOËL I > i-: S GRANDS-JOURS.

Daus châtiaux sens pô.

Sens migha, ni crauta, Vi, pichez, ni pot, Pus nuds qu'un tripot, Chacun fut que pôt.

Laus prévôts Soubre liour chavaux Dau pai font la vira-vauta; Vont de cauta en cauta, Mas font pau de proufi ; Dins le nio d'au pus fi, Ne trobon re, mas quauqu'eichauta Dins quauque coufi.

Des châteaux sans pain .

Sans mie , ni croûte .

Vin, broc, ni pot,

Plus nus qu'un jeu de paume .

Chacun fuit, s'il peut.

Les prévôts

Sur leurs chevaux

Font du pays la ronde:

Us vont de côte en côte .

Mais ils font peu de profit ;

Dans le nid des plus fins

Us ne trouvent rien, que quelque peloton

Dans quelque coin

L'homme de chatè Au grangei arracha Ce que le sauté ; Et sens dreit retè Son lard, son chanté.

Le couchou Io pré, mouen l'auchou, Le chabri, l'agné et la vacha :

Amoué, sio se fâcha, Pren l'arére et le biaou, Le jhau, la poula et l'yau.

Et peu ly douna par la pacha, Et laus côs sont siaus.

L'homme de château.

Au métayer arrache

Ce qui le soutient ;

Et sans droit retient

Son lard, sonchanteau.

Le cochon

Il prend, avec l'oison,

Le cabri , l'agneau et la vache ;

Encore, si l'autre se fâche,

Il prend la charrue et le bœuf

Le coq, la poule et l'œuf,

Et puis il lui donne sur la joue

Et les coups sont siens (lui restent'

NOËL DES GRANDS- JOURS. 3 kl

Le noble que diaou, Tout ce que sa raça A manghà de biaou, Tout le vi qu'io biaou, Moue quauqu'habit niaou.

Ni paya Ne vô, ni pleidià ; Mas le marchand de chez se chassa, Son nio cadenassa, Sens re paya dau tout, Ni deney, ni jittou :

Nar tout payamen, le menaça De côs de bâtou.

Le noble qui doit

Tout ce que sa race (ses ancêtres

A mangé de bœuf,

Tout le vin qu'il boit .

Et quelque babit neuf.

Payer

Ne veut, ni plaider (être assigné);

Mais de chez lui il cbasse le marchand

Il cadenasse son magot,

Sans rien payer du tout,

Ni denier, ni jeton :

Pour tout payement, il le men

De coups de bâton,

A parla francei, Chaque gentilhome Dau mati au sei Foué creschi saus ceys, Et d'un liard n'a seis.

Viaou sens fe, Pren le pra, le fe, Le champ et laus chaux dau bounhoine .

Peu foué l'eyconome De saus peis, de saus plez, Bat que que ly deiplé ; Et, coum'un rey dins son royaume, Di qu'aquou ly plé.

A parler françois ,

Chaque gentilhomme

Du matin au soir

Fait croître ses cens ,

Et d'un liard en a six.

Il vit sans foi,

Prend le pré , le foin ,

Le champ et les choux du bonhomme .

Puis fait l'économe

De ses pois, de son salé.

Bat celui qui lui déplaît;

Et, comme un roi dans son royaume,

Dit que cela lui plaît

Que Diau ne crent gro, Que mongha deifroqua, Que quitta le fro, Que jura et biaou trop, Et que viaou d'eycroc ,

Le vaure, Le coupa-jarre, Et que l'un et que l'autre toqua, Que daus Rey se moqua, Le murtrei, le filou, Le treitre Ganelou, Devont tous fort crendre la croqua D'un cô de Talou.

Qui Dieu ne craint point,

Qui défroque des nonnes.

Qui jette le froc ,

Qui jure et boit trop ,

Et qui vit d'escroquerie .

Le vaurien ,

Le coupe-jarret,

Celui qui heurte l'un, qui heurte l'autre

Qui du Roi se moque ;

Le meurtrier, le filou.

Le traître Ganelon,

Doivent tous craindre le choc

D'un coup de Talon.

A tau la paou creî, Le fond et le mina, Que foué le laudrei, Et se tê be drei, Que n'a pas grand drei.

Qu'où n'y a, Par laus quaus Ion nia, Et que Ion reicond liour varmina, Que font bouna mina !

Mas l'home qu'ey fautey, Gentilhome ou gatey, Foué be d'avé paou de l'harmina Amoué dau mourtey.

Chez tel la peur croît ,

Le fond et le mine ,

Qui fait le vaillant ,

Et se tient bien droit ,

Qui n'en a guère le droit.

Combien il y en a ,

Pour lesquels on nie,

Et dont on cacbe la vermine (les méfaits) .

Qui font bonne mine !

Mais l'homme qui est fautif,

Gentilhomme ou coquin ,

Fait bien d'avoir peur de l'hermine

Et du mortier (des juges).

Qu'aqué viaou conten, Que, de bouna gracia, Recè, moue attend Ce que Diau prétend De se, dins quei tems!

Tau qu'a paou Vé, le cor en daou, Preghà Nôtra-Dama de Gracia Que, dins sa disgracia.

Ne sio pas deideignâ, De larmas tout bagnâ ; Et l'autre vé, que la remarcia D'un proucez gagna.

Qu'il vit content,

Celui qui , de bonne grâce ,

Reçoit et puis attend

Ce que Dieu exige

De lui , dans ce temps !

Tel qui a peur

Va , le corps en deuil ,

Prier Notre-Dame de Grâce

Que, dans sa disgrâce,

Il ne soit point dédaigné,

De larmes tout baigné ;

Et l'autre vient, qui la remercie

D'un procès gagné.

Eve Adam paussê, Et fuguet creguda ; L'home s'eynoussê.

Deipeu que mourcê, Chaque mau nous seq.

Bon Nadau, Eicy tout nous dô.

Par paya votra be-venguda, Qu'aven tant vauguda , Bouta-nous par toujours Dins votre beau séjour, Après la darreira tenguda

De vôtreis Grands-Jours.

Eve Adam poussa,

Et fut crue ;

L'homme s'énoussa (s'en donna trop).

Depuis ce morceau ,

Tous les maux nous suivent.

Bon Noël ,

Ici tout nous cuit (fait souffrir).

Pour payer votre bienvenue ,

Que nous avons tant voulue ,

Mettez-nous pour toujours

Dans votre beau séjour.

Après la dernière tenue

De vos Grands- Jours.

9 Allegretto. musigue de MrC.Onslow.

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