‹ Mémoires de Fleury de la Comédie française (volume 2)Chapitre 127 sur 279 · MÉMOIRES DE M. M I · texte numérisé non relu

MÉMOIRES DE M. M I

sentir à sa belle-sœur combien elle regardait la maison de Savoie au-dessous de la maison d'Autriche, qui m: le cédait pas même ù celle des Bourbons , ajouta-t-elle. Le comte d'Artois, reste muet jusqu'alors, prit la parole et dit en riant : « Jusqu'ici , Madame, j'ai craint de me mêler de la conversation , vous croyant fâchée , mais pour le coup je vois bien que vous plaisantez. » Ce sarcasme termina la discussion.

Je mis en scène le Barbier de Sjêville , et je vis répéter plusieurs opéras. Aux répétitions, la reine était la meilleure camarade du monde , riant de ses gaucheries , et recommençant quand il le fallait. Il y avait certaines répétitions que le roi n'aimait pas : c'était lorsque , dans l'ouvrage, il se trouvait un baiser à donner ou à recevoir. Louis XVI s'impatientait, s'agitait, toussait ou se mouebait très-fort , comme si le bruit l'avait empêché devoir: — Ces choseslà se font toujours bien aux lumières, disait-il, il n'est pas besoin de les essayer et surtout d"y revenir souvent. » Sur ces observations, et comme on craignit de voir couper court aux représentations, on passa dorénavant les baisers qui furent donnés et reçus en blanc.

Pour une troupe de société, celle de la reine était bonne ; mais l'exagération des compliments augmenta l'idée que. les acteurs avaient de leurs lalcns , et l'ani-mr-propre et la jalousie , que je croyais n'être qu'au Tbéàlre-Français, prirent aussi droit de bourgeoisie chez les princes comédiens.

On devint jaloux au château de la réputation des troupes de Mme de Mon tesson et de Guimard ; on s'informait comment telle ou telle avait joué, on envoyait des afUdés; puis, se piquant d'émulation , ou essayait de surpasser la troupe rivale , soit en montant plus de pièces, soit en les moulant mieux; on se moquait réciproquement les uns des autres, et des épigrammes étaient lancées cl rendues. Bien entendu que pour la troupe de Trlanon le nom de la reine était toujours respecté, tout en avouant que ses autres acteurs prêtaient un peu le flanc, surtout M. le comte d'Adhémar. ù qui

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