TOME I
:i'2G MÉUOIMCS DE iirXRY.
se gromlc, Bssaie de nouveau , puis quelquefois , désespérant, jette, comme on dit , 9a langue aux chiens. M. de Miromesnil a agi tout contrairement , il s'est dit : — Allons a gauche, à droite, en avant, en arrière, ilèchissons sur nos jarrets, trèhnchons, quittons la terre; et l'ivrogne se dit: — N'allons ni à droite, ni à gauche , ni en avant, ni en arriqre, et surtout ne quittons jamais la terre, rappelons notre mémoire pour ne pas tomber, il faut se tenir droit ! — En conséquence , vous voyez l'ivrogne se cramponnant au sol par les pieds, ne les levant qu'avec précaution et comme si, à chaque pas, il fallait dévisser un écrou : voilà l'ivrogne! en était-ce ainsi de, monsieur de Miromernil ? »
On fut étonné de cette leçon de professeur, qui conl raslait si fort avec les mœurs et le brillant de monsieur de Vaudreuil , et comme chacun s'apprêtait à lui en faire des complimens légèrement épigrammatiqnes: — Ne vous moquez pas, messieurs! ceci n'est qu une citation : c'est du Garrik, du Garrik que monsieur de Lauraguais a entendu, présent à une lutte entre ce comédien anglais et noire Préville. Monsieur de Lauraguais fut témoin de la leçon , sur les boulevarts, où notre grand comique l'exécuta devant des ouvriers et les rendit dupes, ce qu'il n'avait pas fait auparavant à quelque distance de la.
Après cette preuve et la citation de telles autorités, tout le monde était tenté de se rendre et de déclan r M. de Miromesnil atteint et convaincu de s'être fait applaudir en usant de la fausse monnaie de théâtre ; mais lui , avec ce ton de politesse qui contribua à lui donner les sceaux, autant peut être qqe ses lalrns ( en comptant celui déjouer la comédie ), contredit M. de Vaudreuil sur l'authenticité de l'anecdote, et surtout sur l'eudroit où clic s'est passée , la plaçant , lui, aux Champs-Elysées , et prétendant qu'il y avait là contre M. de Lauraguais un alibi : il offrit même à M. de Vaudreuil déparier pour les Champs-Elysées à l'exclusion des boulevarts, M. de Vaudreuil était piqué
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d'honneur; mais il hésitait un peu, le pari étant considérable, et d'ailleurs M. de Lauraguais, son autorité, se Jaissant parfois aller à quelque excès d'imagination , il y avait lieu d'examiner, quand Beaumarchais, alors favori de M. de Maurepas, vint dire à l'oreille du comte de Vaudreuil : « Pariez, je pars, je reviens et vous aurez gagné. » M. de Vaudreuil paria , et on se disposait à faire décider la question par Préville, lorsque Beaumarchais survint avec une lettre de Garrik, établissant que les boulevarts avaient été le lieu de la scène des deux grands comédiens.
L'empressement de Beaumarchais lui valut l'amitié de M. de Vaudreuil, qui plus tard se souvint d'un petit service en en rendant un grand, inappréciable même pour ceux qui connaissent le caractère tenace de l'écrivain.
Je reviens au fameux Mariage.
Il fut enfin décidé que ce serait sur ce même théâtre des Menus qu'on jouerait la pièce; mais pour quels spectateurs? par l'ordre et aux frais de qui ? au lieu de s'éclaircir , ce secret parut de plus en plus se voiler de nouveaux nuages, Enfin on prit jour le vendredi 13 juin, après trente répétitions dont les dernières furent à peu près publiques. La cour et la ville briguèrent des loges , tout Paris se disputa les billets. Beaumarchais qui ne faisait rien comme les autres, avait distribué de jolis cartons taillés en losange, rayés à la Marlhorottgh. La veille même de la première représentation, toute la cour en parlait ouvertement ; mais quand il en lut question dans les caresses du Roi , les billets étaient distribués.
11 n'y avait que M. Lenoir, lieutenant de police, et M. le maréchal de Duras, premier gentilhomme de la chambre de service, qui n'avaient pas l'air d'être dans le secret de la fête, c'est-à-dire ceux-là précisément qu'on ne pouvait se dispenser d'avertir: « J'ignore , disait le matin même M. Lenoir, par quelle permission l'on donne ce soir la pièce de M. Beaumarchais aux Menus ; ce que je crois
bien savoir , c'est que le roi ne veut pas qu'on la joue... » Ce ne fut qu'entre midi et une heure qu'on reçut aux Menus et à la police un ordre exprès du roi d'arrêter la représentation. L'écrit de S. M. qui nous fut envoyé à la Comédie par le ministre de Pans portait défense, sous peina de désobéissance , de jouer les Noces dé Figaro. Personne n'était prévenu dans Paris. On peut s'imaginer la surprise générale, lorsqu'à six heures on renvoya six à sept cents voitures en disant qu'on ne jouerait pas. Nous étions au désespoir, attendu que cet ouvrage avait excité une telle curiosité , que même en ne réussissant pas il ne pouvait manquer de nous valoir beaucoup d'argent ; Beaumarchais seul disait que la défense serait révoquée : Beaumarchais était imperturbable.
Le lendemain , nous fûmes mandés ainsi que les acteurs de la Comédie-Italienne, par le lieutenant de police, qui nous lit la défense expresse de la part de sa majesté de représenter la pièce en question sur quelque théâtre et quelque pari que ce pût être.
Tout autre que Beaumarchais aurait étéattérédela manière éclatante dont sa pièce venait d'être défendue , avec cesformes que le pouvoir du troue n'emploie ordinairement que dans les affaires dont l'importance semble mériter de faire intervenir des ordres particuliers, revêtus du nom et de la toute-puissance de la majesté royale. Mais Beaumarchais était loin île se décourager, il connaissait son époque, il avait étudié son public , tout ce qui ressemblait à de l'opposition était saisi avec avidité. L'opinion , les vaudevilles, les sarcasmes , les caquets d'en bas et d'en haut, étaient au service de quiconque se montrait l'antagoniste du pouvoir; on aimait le roi, et pourtant il y avait une lutte contre la cour, non point encore contre la reine personnellement , mais contre les grands. Maintenant que tant d'événemens se sont passés, je me rends a peuples conjpte de ces attaques perpétuelles ; jadis les intrigues de