‹ Mémoires de Fleury de la Comédie française (volume 2)Chapitre 213 sur 279 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

398 MÉMÔtftfS de Fi.nt'r.Y.

hier que de plaire, il n'en est pas moins certain qu'ils no peuvent peindre que ee qu'ils voient tous les jours : des masques et des 'in faces; le cœur de l'homme leur échappe, c'est tout simple. Demander de la vraie comédie a Mme de Montcsson , c'était exiger l'impossible ; elle aussi aurait pu répondre ce que le jeune Marmontcl répondit à Voltaire qui lui conseillait de tracer des caractères comiques: « Je ne connais |'as les visages, et vous voulez que je fas-c des portraits!»

M. le duc d'Orléans croyait , lui , en la ressemblance d> s portraits de son illustre amie ; atlSSl , malgi é ce qu'il avait annoncé d'une chute probable, il comptait sur le succès dans toute la sincérité de son amc , et le jour suprême il se montra cent fois plus auteur que Mme de Montcsson. Il attendit le résultat dans des transes que n'éprouverait jamais un homme qui ferait partir de là sa réputation it sa fortune. D'abord il était resté avec cette dame au Raituy, mais il n'y put tenir ; il vint à P;iris, sans oser entrer à la Comédie, où si sensibilité eût été mise à de. bien rudes épreuves. On l'instruisit à chaque instant de ce qui se passait au théâtre; les courriers se croisaient, porteurs des plus tristes messages : c'étaient des mois écrits au crayon par des gens apostés aux principales entrées : «On rit, écrivaient-ils; on se moque, on bâille, on... etc.» Et, de scène en scène, d'acte en acte, s'amoncelait l'orage : il éclata enfin ; il fallut céder, et la Comtesse de Chazeltes périt de mort violente.

Cette chute fut le résultat d'une cabale puissante. On rassembla le même soir chez M. le duc d'Orléans le peu d'amis qui avaient été dans la confidence, et, Mme de Montesson absente, on arrêta d'essayer une seconde représentation de la pièce , avec des corrections et des changement que l'on crut nécessaires pour rétablir le succès.

Cependant cette dame arriva du Raincy ; apprenant sa funeste déconvenue, elle voulut s'exécuter de bonne grâce, et tout d'abord , elle fit le contraire de la plupart des auteurs, qui ne manquent jamais de se renfermer dans le plus strict anonyme quand ils n'ont pas réussi , et qui

Page 1