RETRAITES
Préville. — Brizai'tl. — Fanier. — Mn,c Préville, — Plusieurs anecdotes.
A propos du départ de Monvel , j'entendis Florence dire une fois que , lorsque les anciens s'en allaient , ils emportaient avec eux leur réputation , et qu'alors , au théâtre , les unités devenaient des dizaines : voici Florence bien heureux ! le voici devenu dizaine double : Prcville et Brizard nous font leurs adieux.
Arrivés à cet âge où l'on a plus de peine à commencer un rôle qu'on n'en avait autrefois à le finir, où , avec la même volonté , on ne se trouve plus les mêmes forces , Préville , le Molière du jeu comique ; Brizard , l'éloquent, le paternel Brizard ; Mme Préville , si décente et si noble , et Fanier, la vive, la pétulante , la spirituelle , ont senti qu'il fallait nous quitter.
Jour de deuil pour la Comédie-Française , et, je puis le dire , jour de deuil aussi pour le public !
Nous avons eu l'heureuse idée , s'il peut y avoir quelque
chose d'heureux en de telles circonstances, de réunir ces quatre artistes dans un même adieu. D'abord, Brizard a paru dans la tragédie , et s'est surpassé lui-même ; le vieil Horace est le plus beau de ses rôles : jamais, peut-être, il n'a montré tant d'énergie ; mais cette énergie l'a abandonné à ce vers de situation :
« Moi-même , en vous quittant , j'ai les larmes aux yeux. »
Le vieux Romain sanglotait , et le parterre répondait à ses larmes.
Le public avait à regretter en Brizard un acteur d'un beau talent dans la comédie , un acteur souvent sublime dans la tragédie. Son premier mérite, le plus rare et le plus précieux don que lui eût accordé la nature , était une ame brûlante et vraie. S'il parcourut avee succès les deux genres, quand il est si difficile de réussir dans un seul, il le dut à la mobilité de la plus noble physionomie, et à l'art heureux de modifier ses accens : le vieil Horace, sa férocité et sa valeur ; don Diègue , sou orgueil et sa sensibilité ; Zopire, sa noblesse et son énergie ; Alvarez , sou aine généreuse et tolérante; le vieillard Léar, sa douleur si profonde, ses plaintes si touchantes, sa folie si paternelle; le père du Menteur, sa dignité et sa liante parole ; le bon Henri IV, sa verve gasconne, sa bonhomie et son vieil air de guerre, chacune de ces nuances , chacun de ces rôles était rendu par Brizard avec cette supériorité et surtout avec cette Volonté d'exécution, cette sorte $ infusion qui fait prendre parti pour un personnage , auquel on croit tout de suite et d'une foi sincère.
Voici qui pourra donner une idée de sa manière de comprendre le caractère d'Henri IV:
Après une représentation de la Partie de chasse, à Fontainebleau, Brizard, venant de jouer ce rôle, tenait le flambeau à la sortie du roi et de la reine.
— M. Brizard, lui dit Marie-Antoinette, vous avez été si