TOME I
ne fut pas déroge à la coutume. Il n'était pourtant pas question d'un débutant dans le premier emploi , ni dans celui d'amoureux , ni des financiers, ni même des comiques: le nouvel acteur se faisait modestement annoncer comme devant jouer dans le chef-d'œuvre de Destouches, le rôle du laquais mal vêtu.
Or, quel est-il, et qtfa-t-il à faire, ce laquais mal vêtu? tout ce rôle consiste à débiter quelques vers , et à prendre dans la tabatière de l'impertinent valet de M. de Tufière une prise de tabac, avec un certain air consacré par la tradition dans les meilleurs lazzis du théâtre.
Mais , à cette époque , ce qui donnait quelque importance à ce personnage de comédie, c'est qu'il était dans les attributions de l'enfant qui réunissait dans son répertoire tragique et comique avec ce rôle -ci , le petit Joas iïJthalie , et M. Fleurant du Légataire.
Quelle renommée précédait donc le débutant? Les loges d'apparat étaient remplies , les places ordinaires se payaient double; le roi et la cour, l'épée, la robe , la finance, les notables de la ville, tout Nancy s'était donné rendez- vous dans la petite salle pour voir le coup d'essai du jeune artiste.
Y avait-il, en effet, quelque chose d'extraordinaire dans cette existence à peine commencée, ou plutôt n'était-ce pas que dans une cour comme celle de Stanislas, on ne demandait pas mieux que de faire d'un rien quelque clïbse , talent assez ordinaire des grandes et des petites cours. Quoiqu'il en soit , l'assemblée était nombreuse. Le roi avait avec lui dans sa loçe madame la marquise de Boufflers, qui naguère avait fait infidélité à M. de la Galissière en faveur du monarque , ce même M. de la Galissière, grand chancelier du prétendu royaume , et le noble et aimable chroniqueur des faits et gestes du petit Jehan de Saintré.
Il est bon de dire qu'avant de se rendre au théâtre, Monsieur le comte de Tressan , dont l'esprit conteur venait