‹ Mémoires de Fleury de la Comédie-Française (volume 2)Chapitre 123 sur 275 · HISTOIRE THEATRALE »E X.A REINE · texte numérisé non relu

HISTOIRE THEATRALE »E X.A REINE

Marie-Antoinette aimait-elle à jouer la comédie? — Premiers essais. — Le petit homme ronge. — On dit des messes pour Crispin. — Premières pièces jouées à Tnanon. — Querelle entre la reine et Madame au sujet du Théâtre. — La reine avait du talent. — Les Chasseurs et la Laitière. ~~ Grands débats à propos de l'Ours.

Ce fut ma sœur qui dirigea d'abord Marie-Antoinette dans la prononciation de notre langue, et je crois avoir dit, qu'en lui faisant étudier les scènes de nos principaux auteurs dramatiques, elle avait contribué peut-être à donner à la promise du dauphin ce goût qui devint un des amusemens favoris de la reine.

Marie-Antoinette aimait-elle réellement le théâtre, ou ne cherchait-elle, en s'en occupant, qu'à se débarrasser des entraves d'une étiquette qui lui pesait? De tous les martyres à faire subir a une jeune femme, celui de l'uniformité est le plus grand ; la reine fuyait l'ennui comme une simple sujette; lille de Marie-Thérèse, elle pensait être d'assez bonne famille pour qu'on crût à sa dignité sur parole , et sans l'adoption de ce ton décemment monotone

du cérémonial de cour , elle aimait la liberté, la confiance et l'enjouement qui sont défendus aux princes, et elle voulut (sans doute à tort , la suite Ta prouvé) montrer à tous que celle qui est le plus digne de respect peut être en même temps la plus aimable.

Représenter toujours et ne se montrer jamais est un devoir de reine auquel Marie-Antoinette ne voulut que bien lard se soumettre : vive et naturelle , elle repoussa longtemps ce mensonge solennel , et pour échapper aux paniers empesés de Mme de Noailles, elle ne trouva rien de mieux que d'envelopper sa taille charmante du corset de Babct et de Colette.

La reine joua donc la comédie.

Ce goût se développa davantage vers la fin de 1780. Après la longue convalescence d'une maladie grave , le roi, qui l'aimait avec tendresse, mais qui n'entendait pas parler volontiers de théâtre, se relâcha de sa sévérité à cet égard, et la jolie bonbonnière de Trianon enleva souvent aux amateurs célèbres dont j'ai parlé, la portion la mieux choisie de leur public.

Je donne ici l'histoire théâtrale complète de l'auguste actrice , et pour cela je remonte aux premiers temps de son arrivée en France.

Les mariages successifs du comte de Provence (depuis Monsieur et Louis XV1I1) et du comte d'Artois avec deux filles du roi de Sardaigne, donnèrent à la jeune archiduchesse deux compagnes à peu près de son âge ; bientôt ces trois jeunes ménages s'aimèrent de la plus grande amitié, les jeunes femmes allèrent jusqu'à réunir leurs repas en un seul, et comme on s'ennuyait alors beaucoup à la cour, elles désirèrent donner un peu de mouvement à la monotonie de leur existence.

Dans ce but , il fut arrangé qu'on apprendrait et jouerait toutes les pièces de la Comédie-Française. Les trois princesses , en premier lieu , le comte de Provence et le comte d'Artois composèrent la troupe, puis, ils s'adjoignirent

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