CHAPITRE XXVII
Mole de la société de la reine , et M. Hue de Miromcsnil , pour le moment garde-des-sceaux, le Scapin le plus fin, le plus délié et le plus véritablement comique d'entre les acteurs de société , le Dugazon enfin des soirées dramatiques du ministre Maurepas (1). Tous deux se piquaient d'une grandescience théâtrale, il n'était pas un seul fait de l'histoire de la Comédie qu'ils ne connussent, pas une particularité sur les comédiens qui leur fût échappée.
Il arriva qu'un soir , à la suite d'une des parades que monsieur de Maurepas composait et qui étaient rendues à ravir par monsieur de Miromesnil, ce dernier, contrefaisant un ivrogne, avait été fort applaudi, excepté par monsieur de Vaudreuil, qui donna pour raison que cette ivresse lui avait paru fausse, outrée, et en tout point contraire aux principes. Comme on se récria sur ce terme de principes ! Monsieur de Vaudreuil posa pour axiome ceci : « Monsieur de Miromesnil cherche à chanceler, les ivrognes cherchent à se retenir; monsieur de Miromesnil cherche à perdre l'équilibre, et l'ivrogne qui va tomber cherche à le rétablir. Le comique de celte position est justement dans le travail de celui qui veut résoudre la solution du problème de la pesanteur et qui tâtonne sur ses points d'appui: il ne fléchit pas parce qu'il est affaibli, le vin donnant des forces , mais il fléchit parce qu'il perd la mémoire du marcher; c'est dans le haut du corps qu'on est ivrogne, et surtout dans les yeux; il faut qu'on voie le travail de l'imagination qui cherche et ne se souvient pas, qui essaie , et , se trouvant déçue , revient sur elle-même ,
(I) Il parut, en 83, une diatribe sanglante, comme toutes celles qu'on faisait alors, elle était intitulée : Très-humbles remontrances de Guillaume - Nicodème- Volange s , dit Jiannot, acteur des Variétés amusantes , à monseigneur de Miromesnil , garde-dessceaux de France; elle avait liait à ce talent déjouer la comédie; mais qui ne la jouait pas alors?