‹ Mémoires de Fleury de la Comédie-Française (volume 2)Chapitre 247 sur 275 · CHAPITRE XXXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIV

nomie , où je détrône le dictateur Newton , et destitue les satellites de Galilée... Ce sera pour vous remplir des frais du cabriolet.

Voulant cacher une grande envie de rire , M. de Rovigo ftignit de chercher un papier sur le bureau , et quand il crut avoir arrange sa physionomie officiel le , il fit passer au prévenu un rapport développe' sur l'historiette suivante. A une soirée où assistaient gens delà meilleure compagnie, après avoir entendu quelques menus propos , aiguisés par l'auteur caustique, sur un nouveau sénatus-consultc , la dame de la maison, désirant rompre un entrelien dangereux , montra diverses curiosités qu'on lui avait données en cadeau (c'était vers les premiers jours de janvier). Tout avait été vu , examiné , chacun s'était récrié sur la délicatesse du travail , sur le précieux de la matière ; chacun enfin avait fourni son contingent de louange, Mercier seul semblait être absorbé dans la contemplation d'un petit al manach à bordure d'ivoire, meuble d'assez bon goût, perdu au milieu de ces riches frivolités : — M. Mercier cherche le jour de son patron, sans doute? dit la dame. — Non , non , madame, non : j'admire ceci ; je contemple l'almanach. De toute votre collection voilà ce que j'estime le mieux. Al manach charmant ! c'est sur ces tables précieuses que se trouve marqué le jour des destinées , le jour où disparaîtra le grand guerrier. Almanaeh précieux ! quel bonheur de parcourir tes douze mois ! comme je regarde tes groupes de semaines avec délices ! Ce beau jour de renversement est marqué là ; Une s' agit que d'y mettre le doigt.

C'étaient des propos de ce genre , avec les enjolivemens d'usage, qui se trouvaient répétés sur l'amplification de police.

Lecture faite du petit écrit , le ministre , bien informé , prend la parole :

— Eh bien ! qu'en dites-vous? — Que vous êtes parfaitement instruit : on ne vous vole pas votre argent. — Et comment pensez-vous que tout ceci doive finir, monsieur?

— Mais vous n'attendez pas là-dessus un avis de moi , sans doute? — Ce rapport est un de vos moindre méfaits. Vous vous donnez bien d'aulres libertés à F égard de l'empereur ! — Ob ! seulement comme confrère de l'Institut

entre académiciens on se passe l'épigramme. — Est-ce pour attaquer l'académicien que vous appelez Sa Majesté Impériale Tbomine-sabre ? — On vous a trompé : j'ai nommé Sa Majesté Impériale sabre-organisé. C'est bien différent ! sabre-organisé /... c'est la force et l'intelligence. — Nous ne sommes pas ici pour plaisanter, M. Mercier ! — J'aime assez cela cependant ; mais je dois vous avouer que ce n'est pas non plus mon beure. — Il paraît que c'était votre heure, quand vous avez nommé MM. les sénateurs les génuflexiblés. — Eh ! mou Dieu ! suite du même système : devant la force et l'intelligence il ne reste qu'à adorer, les Israélites étaient les génuflexibles du Sinaï. — Monsieur ! monsieur ! vous cassez les vitres ! s écria M. de Rovigo , cette fois devenu furieux. — Monsieur ! monsieur, répondit Mercier en se levant et prenant le diapason donné , pourquoi diantre avez-vous des vitres ?

A ce mot , et surtout à la façon de le dire , le duc ne se contient plus ; il court de long en large dans son bureau. Mercier, à qui ce mouvement agaçait les nerfs, en fait autant : tous deux vont , viennent, se croisent, se regardent, l'un avec courroux , l'autre avec bravade ; mais ce n'était encore qu'une manière de tendre les ressorts ; enfin il faut éclater : de gros mots arrivent , et chez M, Savary les habitudes du camp l'emportant alors sur le ministre , il crie

d<s phrases sans suite , liées entre elles par les b et les

/..... les plus ronilans. Il avance vers Mercier, qui, attendant son tour de parler, continuait ses allées et ses venues, saisit l'auteur par une basque de l'habit, l'arrête au milieu dune évolution, et lui crie: — Je vous ferai f..... àBicètre!

A cette menace, réciprocité de fureur du côté de Mercier: il accroche à son tour le duc par un pan de son frac , et , à coups de langue bien appliqués, lui en donne du long et

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