‹ Mémoires de Fleury de la Comédie-Française (volume 2)Chapitre 267 sur 275 · MADAME DE SAINTE-ARCAKANXHE · texte numérisé non relu

MADAME DE SAINTE-ARCAKANXHE

La Harpe. — Les omelettes de Champcenetz. — Le Vauxhall d'hiver. — Histoire racontée par le peintre. ■ — Chiffres littéraires. — Lettre de saint Augustin. — Singulières charités. — Charités poétiques. — Sublime coupe de cheveux. — Amélie. — Présen-

Je me réconcilie avec La Harpe; j'aurais tort maintenant d'accuser son irascibilité'; il a raison de se fâcher, qu'il se fâche , et que chacun de ses traits de caractère me soit l'occasion d'une intimité semblable à celle dont le souvenir m'est si cher encore : trop heureux si la lin n'en eût été si douloureuse !

Remontons à l'hiver rigoureux de 83 à 84.

Nous venions de jouer au bénéfice des pauvres le Coviolan de l'auteur superbe, et comme La Harpe n'a jamais fait d'ouvrage qui n'ait donné naissance à quelque épigramme, son Coriolan , reçu avec froideur , bien que rassemblée fût nombreuse, attira sur lui cette petite boutade de M. de Champcenelz ;

Pour les pauvres, la Comédie Joue une pauvre tragédie; C'est bien le cas en vérité De l'applaudir par charité.

Ici j'userai ou j'abuserai d'une habitude à laquelle mes lecteurs doivent être faits maintenant : je m'arrêterai un peu sur M. de Champcenetz.

Je l'ai beaucoup connu , cet amusant diseur de riens, cet homme qui passa toute sa vie à faire claquer au nez des gens ses frivoles baguenaudes ; il a souvent été dessiné et dessiné dans toutes les attitudes, mais je trouve qu'on n'a jamais bien observé celui qui nous déridait si souvent.

Chaque homme accroche à sa marotte les grelots qu'il aime à faire tinter : ceux de M. de Champcenetz sonnaient l'épigramme, non pas qu'il l'appréciât autrement, mais parce que par elle il voulait être quelque chose de littéraire. Je crois qu'après avoir essayé beaucoup de tout , il finit par comprendre qu'il n'aurait jamais de talent , et en prit son parti en brave et en homme adroit; puis, non pour se venger, car il n'avait pas de fiel, mais afin de trouver place au rang des dignitaires de la pensée, il s'arrangea pour devenir le gai Zoïle de tout ce qui s'élevait un peu dans les lettres. Personne ne donnait mieux le coup d'épingle que M. de Champcenetz; aussi tout ce monde si vulnérable le mit-il de chacune de ses parties de fine littérature. On a beau dire que Ton fuit toujours les hommes ù mordantes saillies , je les ai toujours vus bien reçus , et , le dirai-je ? respectés. Ce sont les chiens de berger de la société , ils mordent tous ceux qui sortent de la ligne , et font la police de l'amour-propre des salons : pas de cercle qui ne fût ouvert à M. de Champcenetz.

Il connaissait bien, lui , cette partie philosophique de sa mission; aussi augmentait-il sa réputation de celle que ses auditeurs espéraient voir diminuer à d'autres. Où la foule s'avisait d'admirer au travers d'un prisme, M. de Champ-

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