‹ Mémoires de Fleury de la Comédie-Française (volume 2)Chapitre 29 sur 275 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

monde est bien belle ! tous les tourmens de l'enfer sont dans mon cœur.... cela ne sera pas! mais je vais la compromettre ! faire un éclat ! elle va me haïr! encore une fois comment faire ?

Ces pensées, celte agitation , m'avaient empêché de voir qu'en ce moment, malgré la nuit j j'étais entouré , pressé par dos groupes nombreux ; on parlait , on se racontait quelque chose, on s'écriait; j avançai, j'étais porté, pressé, bousculé; des lumières étaient aux fenêtres, des torches dans la rue , et plus loin , plus loin encore , devant moi , une torche immense : toute une rue éclairée à longs jets de flamme ; une famille en larmes , une maison dévorée , et autour de moi un seul cri poussé par tons : Au feu ! au feu!

Une idée me vint. Pour en finir avec mes tourmens, j'allais me jeter dans les flammes , quand on poussa ce cri à mes oreilles : — Allons, à la chaîne ! — C'était un honnête ouvrier qui me faisait passer un seau. Je fis ce qu'il fallait faire, sans doute , car on parla de moi le lendemain ; mais mes pensées n'en avaient pas moins leur cours. Bientôt tout fut fini là , et moins d'une demi-heure après , je frappais à coups redoublés à cette même porte qu'ouvrait tout à l'heure M. de Tiévilie.

— Qui est là ? me dit-on. — Moi , moi , mère Marguerite ! — Ah ! mon Dieu ! que venez- vous faire , monsieur.

San* lui donner le temps d'écouler ma réponse , M. de Trévillc , qui était venu à son tour , m'adressait la même question.

— C'est moi , Fleury, répondisse vivement. Je suis le camarade de mademoiselle Clermonde. Le f < u a pris à deux rues d'ici; j'y étais. Je suis mouillé , abîmé. Je demande l'hospitalité.

J'avais à peine dit cela, que j'étais dans la maison ; d'un saut, je montai l'escalier. M. de Tiévilie me reçut à la porte de la chambre avec une honnêteté , un empresse-

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