‹ Mémoires de Fleury de la Comédie-Française (volume 2)Chapitre 94 sur 275 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

Les partisans de Mllc Sainval l'aînée, et comme on le pense bien sa sœur en tête , remuaient ciel et terre pour rappeler l'actrice exilée. Je fis moi-même dans ce but des démarches auprès de Mme Campan. Elle voulut bien se charger d'en parler à la reine. Nous espérions, nos intérêts étant en bonnes mains, et trois jours après, je me rendis auprès de notre protectrice.

— Les ennemis de Mlle Sainval ont aigri Leurs Majestés, me dit vivement Mme Campan , avant que je n'eusse achevé mon salut , Sainval a eu tort d'écrire.

— Fallait-il qu'elle se laissât dépouiller sans répondre ?

— M. Fleury !... ne pas répondre eût été mieux. Mais on arrange des émeutes au parterre, on s'associe une dame qui a voulu faire l'auteur et fronder ; il semblerait à l'entendre, que la cour de Versailles est en grand la cour du roi Pétau.

(Mme Campan baissait la voix et tournait la tête vers une porte vitrée entrouverte, en disant cela.)

— Comment peut-on supposer, répondis-je, que jamais l'intention de Sainval...

— Il est question d'un fait; avez-vous lu ce mémoire? (J'avouai que je n'en avais pas lu une ligne , mais qu'on

en disait tout haut des passages dans notre foyer.)

— Eh bien! lisez. Et vous verrez si le public n'en peut pas conclure des choses fort graves. C'est comme si l'on avait écrit : « On mène le jeune monarque. Son auguste compagne déroge à la majesté de la feue reine , jusqu'à se mêler des intrigues de théâtre et des querelles de comédiens. »

(Ceci était dit encore à voix basse, même pantomime que tout à l'heure. )

— Les comédiens français sont comédiens ordinaires du roi , répondis-je avec assez d'émotion et sans baisser la voix, à l'exemple de mon interlocutrice; ils appartiennent à sa maison. La reine aime les arts; il serait triste de voir le Théâtre-Français exclu de la protection qu'elle daigne

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