NOTICE. VII
« la lettre du Roy ; il avoit le dessein de poursuyvre « l'habit et une coramenderie, mais on y a mis tant < de points et de brides, que la saison n'est pas bien « maintenant pour faire des preuves ; il n'est plus « aussy facile comme du passé de réussir, et il seroit « même fort difficile pour un de mes enfans'. » Chantonay fait-il allusion aux preuves de noblesse produites par le cardinal, alors qu'il s'était mis sur les rangs pour devenir chanoine de la cathédrale de Liég-e, ou bien à sa propre admission et à celle de son frère Charles, abbé de Favemey, dans la confrérie de la noblesse du comté de Bourgogne?
Ces actes, taxés d'extrême complaisance % indiquent cependant une origine moins obscure que celle qui est attribuée aux Perrenot, par quelques écrivains*. En effet, Pierre Perrenot, fils de Jean et de Jeanne Lebidal, annobli au mois de mai 1524 ou 1525, devint seigneur, par achat, de Crémery, châtelain et capitaine du château d'Ornans ; de lui et d'Étiennette Philibert, naquit en 1486, Nicolas Perrenot, qui acheta, vers 1527, la seigneurie de
• Mss. de la Bibliothèque royale, n° 16,107, don Anselme Berthod, Analyse des lettres et mémoires du cardinal de Granvelle. — Chantonay avait été ayo (gouverneur) et chambellan de l'archiduc Maximilien ; il épousa, en 1549, Hélène de Bréderode, fille de Renaud, seigneur de Bréderode, chevalier de la Toison dor et de Philippine de Lamarck. Philippe II lavait créé chevalier d'Alcantara et nommé son maître d'hôtel.
- Louis GoUut, ; République séqnanoise, 16-43. Ifi87. notes.
' Moreri et autres.
NOTICE
Grauvelle , à laquelle était attaché le maréchalat de l'Empire à Besançon. Il fut confirmé dans cette dignité, en 1548, par Charles-Quint, et autorisé, en même temps, à ajouter à ses armoiries un chef d'or, à l'aigle naissant de l'Empire'. Nicolas Perrenot dut sa fortune à Claude de Vergy, maréchal et gouverneur de Bourgogne*; sur sa recommandation, il avait été nommé, en 1518, conseiller au parlement de Dole, et l'année suivante, maître des requêtes ; il entra au Conseil privé en 1524 et les sceaux de l'Empire lui furent remis en 1530, après la mort d6 Mercurin de Gattinara. Sa haute intelligence, ses talents et son expérience des affaires lui gagnèrent la confiance de l'Empereur; il en jouit jusqu'à sa mort. Il profita de la faveur impériale et de sa position élevée pour s'enrichir et pour ouvrir à ses enfants des carrières brillantes. Mais quel que fût le degré de splendeur où cette famille était parvenue par les charges importantes qu'elle occupait, par ses richesses et par ses alliances, son illustration était trop récente pour afficher des prétentions nobiliaires : l'échec éprouvé par Champagney devait d'autant moins étonner, qu'il était jeune et n'avait pas encore eu l'occasion de se signaler par des services importants.
• Mélanges de généalogie et de chronologie ,&àA.\i\ons, au nobiliaire des Pays-Bas et de Bourgogne. Bruxelles, 1771. 118. » Mss. delà Bibliothèque royale. N° 16,107.
NOTICE
§ II. — Champ AGNEY gouverneur d'Anvers, sous le DUC d'Albe,
A en croire l'éditeur des Papiers d'État de Grantelle, Champagney avait pris part au Compromis des nobles, mais comme tant d'autres, il s'était retiré de la confédération, dès que les excès des iconoclastes produisirent une réaction. Rappelé en Bourgogne, par la mort de sa mère, suivie bientôt de celle de Cliantonay, il vivait tranquille à Besançon, s'occupant d'intérêts de famille*, lorsque le duc d'Albe proposa au Roi de le donner pour successeur à son frère, dans le gouvernement d'Anvers*. « Quoique jeune, disait-il, dans une lettre « au Roi, du 23 mars 1571, il est très-vertueux, ac- « tif, homme de bien ; il possède plusieurs langues ; « il s'acquittera fort bien de tout ce dont on le char- « géra, particulièrement en ce qui concerne la reli- « gion*. » Champagney s'était acquis ce dernier titre à la confiance du Roi et de son lieutenant « par ses « démarches actives, auprès de l'empereur Maximi-
' Mss. de la Bibliothèque royale, N» 12,962 et ci-après, 325.
* Cliantonay, nommé en 1559, à l'ambassade de France, l'avait remplie jusqu'en 1564 ; il avait été accrédité ensuite à la cour de Tienne et près de la diète de l'Empire. En 1570, il fut nommé gouverneur d'Anvers, conseiller d'État et créé comte de Cantecroix. M. Gachard, Correspondance de Philippe II, 11,138. — Bulletins de la commission royale d'histoire, V'^ série, IX, 214.
* Correspondance de Philippe II, II, 172.
X NOTICE
« lien II , pour empêclier que Besançon ne devînt « une autre Genève , et dans lesquelles il avoit été « servi par un espion calviniste, qui lui rapportoit « tout ce qu'on faisoit dans le consistoire et jusque « chez l'amiral de France; il avoit appris, par ce « moyen, des choses si extraordinaires, que le duc « d'Albe en avoit été étonné • . » Il se vantait aussi d'avoir contribiié à l'établissement des Jésuites à Besançon*, ce qui n'eût pas été une recommandation auprès du duc, peu favorable aux disciples d'Ignace de Loyola'. Dès le mois d'avril 1 571, le Roi signa la nomination de Champagney; lui adressa une lettre préparée par Hopperus, et donna l'ordre au duc d'Albe de le mettre immédiatement en possession de sa charge*. Le nouveau gouverneur arriva à Anvers au mois de juillet suivant*.
Les libertés et franchises de nos provinces gênaient Philippe II et contrariaient son système de gouvernement; il s'attacha à les paralyser, à les détruire, à y substituer, en un mot, le régime despotique de l'Espagne : la création des gouverneurs de
' Lettre de Champagney au cardinal de Granvelle du 21 septembre 1584. Mss. cité, N» 16,107.
2 D. Anselme Berthod, Anahjse des mé'moïres de Champagney. Mss. 16,095.
* Lettre d'Arias Montano, du 15 février 1571. Trésor national, III, 185.
* Lettres d'Hopperus à Philippe II, des 14 et 18 avril 1571 . Bulletins de la commission royale d'histoire, \^^ série, IX, 211, 212, 213.— Mss. \2,^Ç>Q.— Correspondance de Philippe II, II, 1*74.
' Papiers d'État et audience, XI, 157.
NOTICE. XI
ville fut l'un des moyens imaginés pour atteindre ce but. On investit ces officiers non seulement de l'autorité militaire, mais encore d'attributions judiciaires, administratives et financières, attributions stipulées dans la plupart des vieilles chartes communales, mais départies par elles aux magistrats municipaux. Plusieurs villes, notamment Malines, furent dépouillées de leurs institutions et des précieuses garanties qu'elles assuraient aux citoyens'; d'autres, virent l'autorité du corps communal à peu près annihilée. Ainsi, la compétence des échevins d'An-
• « Avons commis... le sieur de Zweveghem, cliief et gouvern neur et avec luy les susnommez Denys Sgroots, docteur es « droictz, Nicolas Van Weldam, Henry Stalins et Jacques Lie- « bart, licenciez es loix, conseillers pour faire et administrer « dedans ladite ville (de Malines) , faubourgs et jurisdiction « d'icelle justice tant criminelle que civile, décider et juger à « pluralité de voix tant les procès commencez et instruitz que « aultres à commencer et instruire, et au regard de la police, « ledit gouverneur y pourveoir et ordonner, par l'avis de sesdits « collègues, selon l'instruction qui leur a été donnée, le tout « soubz le ressort de notre grand conseil. Selon et en la forme et « manière que auparavant ladite rébellion Gt fourfait s,on\oyo{ent « faire les communimaistres , esclievins et conseil de celle « ville, lesquelz avons suspendu, et suspendons par ceste de « l'exercice de leurs offices et charge jusques que aultrement en « soit ordonné. Veuillans néansmoins que l'office d'escoutète « soit administré pour les prinses, calenges et exécutions en la « manière que s'est fait jusques ores et par celui qui en est de o par nous pourveu, saulf, au regard des conjures et semonces, « qui cesseront pour le respect desdits conseilliers , qui sont « juges députés de par nous, pour laquelle cause il sera infé- « rieur à nosdits conseilliers, jusqu'à ce que autrement y ayons « pourveu, se réglant ledit escouteste selon ce que par nostrea dit gouverneur luy sera ordonné. » — Archives de l'audience, liasse 124.
ZII NOTICE.
vers, juges ordinaires au civil et au criminel, se trouva réduite aux causes de 200 florins , à la surveillance des intérêts des mineurs et des absents, à la rédaction de certains actes; le jugement des affaires civiles plus importantes et des causes criminelles fut déféré à un Conseil', présidé par le gouverneur et composé de quatre assesseurs, choisis pour un temps limité, dans la chancellerie de Brabant^ Sous prétexte de désordres dans l'administration des revenus de la ville, on substitua aux receveurs et aux trésoriers, une chambre des comptes, à la dévotion du gouvernement*. Ces graves atteintes portées aux institutions nationales excitèrent un mécontentement d'autant plus vif, qu'elles imposaient aux villes la charge onéreuse du traitement des gouverneurs ; en outre , la plupart de ces fonctionnaires, étrangers au pays, « sembloient avoir « esté establiz pour asservir les naturelz et les « forclore peu à peu des charges principales*. » Champagney reconnut bientôt les difficultés de sa
' Ce conseil s'intitulait : « le gouverneur et le conseil de justice de la ville d'Anvers. » Papiers d'État et audience, XI, 290. '
2 Ibid., XI, 290, XIA?, 140, 199. L'institution d'un gouverneur à Anvers n'était pas sans antécédents : après l'assassinat de Gauthier Van Zeebroeck, les charges d'Écoutète et d'Amman restèrent vacantes; Louis de Maele, alors seigneur d'Anvers, établit un gouverneur chargé à la fois du commandement militaire et de l'instruction des affaires civiles et criminelles. M. Eugène Gens, Histoire d'Anvers, 196.
» Papiers d'État et audience, XI, 263.
* Discours stir l'Estat des Pays-Bas, parCharapagney.— Viglii, Epistolœ, 342.
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position ' ; elles s'aggravèrent encore par les conflits sans cesse renaissants entre lui et Sancho d'Avila, châtelain ou commandant de la citadelle, tantôt au sujet de prestations injustement exigées des habitants par le châtelain , tantôt à l'occasion de violences et d'excès de soldats, favorisés ouvertement par cet officier, tantôt enfin à propos des limites de leur autorité respective ^ C'est le motif de nombreuses plaintes adressées par Champagney au duc d'Albe '; dictées par sa sollicitude pour ses administrés et écrites avec une grande franchise, elles finirent par déplaire au gouverneur général et par brouiller leur auteur avec les Espagnols*.
Le duc d'Albe, devenu odieux à tout le monde, découragé par l'inefficacité des moyens de rigueur, avait souvent demandé son rappel. Philippe II, de son côté, cédant aux conseils, aux instances de l'empereur et du roi de France, ainsi qu'aux avis de plusieurs de ses conseillers, avait reconnu la nécessité de ce rappel ; il avait annoncé à d'Albe , le 24 octobre 1570, qu'il avait désigné le duc de Médina Celi pour le remplacer ; mais, avec sa lenteur ordinaire, il
* « Domino à Champaignii nova provincia non valdè arridet.» Viglii, Fpisfolœ, 253, octobre 1571.
* Champagney se plaignait de n'avoir le titre de capitaine d'Anvers, « que sur le parchemin. » Lettre du 27 mai 1572. Archives de l'audience, XII, 343.
» Papiers d'État, XI, 157-175, XII 243, XIII, 388.
* Don Anselme Bertbod, Analyse des mémoires de Granvelle, lettre du 3 mars 1573.
xiT NOTICE.
ne fît expédier la commission de Médina Celi que le 25 septembre de l'année suivante ; le nouveau gouverneur général lui-même n'arriva daus les Pays- Bas, que le 11 janvier 1572'. On le disait chargé d'une mission de paix et de réconciliation ; aussi vitil bientôt se grouper autour de lui d'Aerschot, Beauvoir, Cliampagney et une foule d'autres personnages influents du parti national, ou anti-espagnol. Il blâmait ouvertement la marche suivie par le duc d'Albe, et de profonds dissentiments ne tardèrent pas à éclater entre eux, au sujet d'opérations militaires, que ce dernier voulait terminer, avant son départ. Les choses en vinrent au point que le Roi comprit enfin l'urgence de les retirer tous les deux des Pays- Bas et de substituer les accommodements à l'affreux régime de compression suivi jusqu'alors.
Quant à Champagney, n'ayant pas été écouté par le duc d'Albe, il s'était adressé au Roi lui-même. Dans une lettre du 12 juin 1573, il lui exposa la situation déplorable de la ville d'Anvers, proposa les moyens de remédier aux vices de son administration et finit par le supplier de lui donner un successeur ^ Cette demande ne fut pas accueillie, et la lettre même resta sans réponse, jusqu'au mois de janvier 1574*.
* Correspondance de Philippe II, II, 36, 76, 260. M. Groen van Prinsterer, IV, 257, ap. 24.
2 Correspondance de Philippe II, II, 371.
* Papiers d'État, liasse 126. Lettre de Requesens à Viglius, du 15 janvier.
NOTICE. 't'f
Profitant de ses relations avec le duc de Médina Celi, Champagney lui remit, au moment de son départ pour l'Espagne, le « Discours sur l'État des Pays- Bas et son redressement. » Ce travail nous a paru présenter trop d'intérêt, sous le double rapport de l'histoire et de la justesse des vues et des appréciations de son auteur, pour n'être pas livré à la publicité'.
§ III. — Gouvernement de Requesens.
Philippe II avait informé don Louis de Requesens y Çuniga, grand commandeur de Castille et gouverneur du Milanais, qu'il avait jeté les yeux sur lui, « pour traiter l'affaire la plus grande, la plus importante qu'il avoit eue ou auroit jamais ; qu'il avoit résolu de l'envoyer dans les Pays-Bas, où il agiroit dans le sens des instructions qu'il lui donnoit et se chargeroit du gouvernement général, aussitôt après le départ du duc d'Albe, à qui il n'avoit pu refuser son congé. Quant au duc de Médina Celi, les mesures étoient prises pour qu'il ne devînt pas un sujet d'embarras. » Le Roi ajoutait qu'il n'admettait aucune excuse et qu'il voulait être servi sans réplique*.
* Ce mémoire est le développement de la lettre adressée au roi le 12 juin 1573 ; il est analysé par don Anselme Berthod, dans les Mémoires et lettres du cardinal de Granvelle, vol. 28, .219. — Mss. 16, 107, Bib. roy.
* Correspondance de Philippe II, II, 126, 160, 170, 203, 260, 290, 292, 308 et 426.