‹ Memoires de Garibaldi (volume 2)Chapitre 16 sur 23 · JUIN · texte numérisé non relu

JUIN

Je rentrai à Rome le 24 mai, au milieu d'une foule immense, qui me saluait avec des cris de folle joie.

Pendant ce temps, les Autrichiens menaçaient Ancône; déjà un premier corps de quatre mille hommes était parti de Rome, pour aller à la défense des légations et des Marches.

Il était question d'en envoyer un second; mais, avant de lui faire quitter Rome, le général Roselli crut de son devoir, et pour la sûreté de Rome, d'écrire au duc de Reggio la lettre suivante :

« Citoyen général,

» Mon intime conviction est que l'armée de la république romaine combattra un jour aux côtés de celle de la république française pour soutenir les droits les plus sacrés des peuples. Cette conviction m'entraîne à vous faire des propositions que vous accepterez , je l'espère. Il est à ma connais-

sance qu'un traité a été signé entre le gouvernement et le ministre plénipotentiaire de France, traité qui n'a pas reçu votre approbation.

» Je n'entre pas dans les mj'stères de la politique, mais je m'adresse à vous en qualité de général en chef de l'armée romaine. Les Autrichiens sont en marche; ils tentent de concentrer leurs forces à Foligno ; de là, appuyant leur aile droite au territoire de la Toscane, ils ont dessein de s'avancer par la vallée du Tibre et d'opérer, par les Abruzzes, leur jonction avec les Napolitains. Je ne crois pas que vous puissiez voir avec indifférence un pareil plan se réaliser.

» Je crois devoir vous communiquer mes suppositions sur les mouvements des Autrichiens, surtout au moment où votre attitude indécise paralyse nos forces et peut assurer un succès à l'ennemi. Ces raisons me paraissent assez puissantes pour que je vous demande un armistice illimité et la notification des hostilités quinze jours avant leur reprise.

» Général, cet armistice, je le crois nécessaire pour sauver ma patrie, et je le demande au nom de l'honneur de l'armée et de la république française.

» Dans le cas où les Autrichiens présenteraient

leurs têtes de colonne à Givita-Castellana, c'est siu' l'armée française que, devant l'histoire, retomberait cette responsabilité de nous avoir forcés de diviser nos forces, dans un moment où elles nous sont si précieuses, et d'avoir, ainsi faisant, assuré les progrès des ennemis de la France.

» J'ai l'honneur de vous demander, général, une prompte réponse, en vous priant de recevoir le salut de la fraternité.

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