‹ Memoires de GaribaldiChapitre 12 sur 43 · B8 MÉMOIRES · texte numérisé non relu

B8 MÉMOIRES

garde de douaniers. Je leur dis qui j'étais, et pourquoi j'avais quitté Gênes.

Les douaniers me déclarèrent que j'étais leur prisonnier jusqu'à nouvel ordre, et que, cet ordre, ils allaient le demander à Paris.

Pensant que je trouverais bientôt une occasion de m'échapper, je ne fis aucune résistance. Je me laissai conduire à Grasse et de Grasse à Draguignan.

A Draguignan, on me mit dans une chambre du premier étage, dont la fenêtre ouverte donnait sur un jardin.

Je m'approchai de la fenêtre comme pour regarder le paysage; — de la fenêtre au sol, il n'y avait qu'une quinzaine de pieds. — Je m'élançai, et tandis que les douaniers, moins lestes ou tenant plus à leurs jambes que moi, faisaient le grand tour par l'escalier, je gagnai le chemin, et du chemin je me jetai dans la montagne.

Je ne connaissais pas la route; mais j'étais marin. Si la terre me manquait, il me restait le ciel, ce grand livre où j'étais habitué à lire mon chemin. Je m'orientai à l'aide des étoiles, et me dirigeai sur Marseille.

Le lendemain au soir, j'arrivai dans un village dont je n'ai jamais su le nom, ayant eu autre chose à faire que de le demander.

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J'entrai dans une auberge. Un jeune honome et une jeune femme se chauffaient près de la table, qui n'attendait plus que le souper.

Je demandai quelque chose à manger; depuis la veille, je n'avais rien pris.

Le souper était bon,— le vin du pays agréable,— le feu réchauffant. Je ressentis un de ces moments de bien-être comme on en éprouve après un péril passé, et quand on croit n'avoir plus rien à craindre.

Mon hôte me félicita sur mon bon appétit et mou visage joyeux.

Je lui dis que mon appétit n'avait rien d'étonnant, car je n'avais pas mangé depuis dix-huit heures* Quant à mon visage joyeux, l'explication n'en était pas moins simple : — dans mon pays, je venais d'échapper probablement à la mort, — en France, à la prison.

M'étant avancé jusque-là, je ne pouvais pas faire un secret du reste. — Mon hôte paraissait si franc, sa femme paraissait si bonne, que je leur racontai tout.

Alors, à mon grand étonnement, je vis la figure de mon hôte s'assombrir.

— Eh bien, lui demandai -je, qu'avez-vous?

— J'ai qu'après l'aveu que vous venez de me faire,

me répondit-il, je me crois, en bonne conscience, obligé de vous arrêter.

Je me mis à rire, ne voulant pas avoir l'air de prendre l'ouverture au sérieux. D'ailleurs, un contre un, il n'y avait pas homme au monde que je craignisse.

— Bon! lui dis-je, m'arrêter; il sera toujours temps de m'arrêter au dessert. Laissez-moi achever mon souper, — quitte à vous le payer double, — j'ai encore faim.

Et je continuai de manger sans paraître autrement inquiet.

Mais bientôt je m'aperçus que, si mon hôte avait besoin d'aide pour accomplir le projet qu'il m'avait manifesté, l'aide ne lui manquerait pas.

Son auberge était le rendez-vous de la jeunesse du village; chaque soir, on y venait boire, fumer, chercher des nouvelles, parler politique.

La société accoutuc^ée se réunit peu à peu, et bientôt il y eut dans l'auberge une dizaine de jeunes gens; — les jeunes gens jouaient aux cartes.

L'hôte ne parlait plus de m'arrêter, mais cependant ne me perdait pas de vue.

Il est vrai que, n'ayant pas le moindre petit paquet, ma garde-robe ne pouvait pas répondre de mon écot.

J'avais quelques écus dans ma poche, je les fis sonner; leur cliquetis parut quelque peu tranquilliser l'aubergiste.

Je choisis le moment où Tun des buveurs venait d'achever, au milieu des bravos, une chanson qui avait eu le plus grand succès, — et, un verre à la main :

— A mon tour, dis-je.

Et je me mis à entonner le Dieu des bonnes gens.

Si je n'avais pas eu une autre vocation, j'eusse pu me faire chanteur; j'ai une voix de ténor qui, si elle eût été travaillée, eût pu acquérir une certaine étendue.

Les vers de Déranger, la franchise avec laquelle ils étaient chantés, la fraternité du refrain, la popularité du poète enlevèrent tous les auditeurs.

On me fît répéter deux ou trois couplets, on m'embrassa au dernier, on cria : «Vive Béranger! vive la France ! vive l'Italie ! »

Après un pareil succès, il ne pouvait plus être question de m 'arrêter; mon hôte n'en souffla plus mot, de sorte que je n'ai jamais su s'il avait parlé sérieusenient ou fait une plaisanterie.

On passa la nuit à chanter, à jouer, à boire; puis le lendemain, au point du jour, toute la bande joyeuse s'offrit pour me faire la conduite, honneur I. 4

que j'acceptai, bien entendu; nous ne nous séparâmes qu'au bout de six milles.

Certes, Déranger est mort sans savoir le service qu'il m'avait rendu.

j'entre au service de la république de rio-grande,

J'arrivai à Marseille sans accident, une vingtaine de jours après avoir quitté Gênes.

Je me trompe, — un accident m'était arrivé, que je lus sur le Peuple souverain.

J'étais condamné à mort.

C'était la première fois que j'avais l'honneur de voir mon nom imprimé dans un journal.

Comme dès lors il était dangereux dç le garder, je le changeai contre celui de Pane.

Je restai quelques mois inoccupé à Marseille, usant de l'hospitalité que me donnait un de mes amis, nommé Joseph Paris.

Enfm, je parvins à trouver à m'employer comme second à bord de l'Uniorij capitaine Gaza.

Le dimanche suivant, me trouvant vers cinq heures du soir à la fenêtre de l'airière avec le capitaine, je suivais des yeux, au-dessous du quai Sainte-

Anne, un collégien en vacances, qui s'amusait à sauter d'une barque dans l'autre, lorsque tout à coup le pied lui manque. Il pousse un cri et tombe à la mer.

J'étais tout endimanché; mais à la vue de l'accident, aux cris poussés par l'enfant, en le voyant disparaître, je m'élançai tout habillé et tout botté dans le bassin du port. Deux fois je plongeai vainement; à la troisième, j'eus la chance de saisir mon collégien par-dessous le bras et de le ramener à la surface de l'eau.

Une fois là, je n'eus pas grand'peine à le pousser jusqu'au quai; — une immense population j était déjà assemblée et m'accueillit de ses applaudissements et de ses bravos.

C'était un jeune homme de quatorze ans, qui se nommait Joseph Rambaud. Les larmes de joie et les bénédictions de sa mère me payèrent largement du bain que j'avais pris.

Comme je lui sauvai la vie sous le nom de Joseph Pane, il est probable que, s'il vit toujours, il n'a jamais su le véritable nom de celui qui lui a sauvé la vie.

Je fis, à bord de l'Union, mon troisième voyage à Odessa; puis, à mon retour, je m'embarquai sur une frégate du bey de Tunis. Je la laissai dans le

port de la Gouîette, et je revins avec un brick turc, et en revenant, je trouvai Marseille à peu près dans le même état où la vit M. de Belzunce, lors de la peste noire de 1720.

On était en pleine recrudescence de choléra.

Tout le monde, excepté les médecins et les sœurs de charité, avait déserté Marseille. — Chacun était à sa bastide; — la ville avait l'aspect d'un vaste cimetière.

Les médecins demandaient des bénévoles. — On sait que c'est ce nom qu'on donne, dans les hôpitaux, aux aides de bonne volonté.

Je m'offris en même temps qu'un Triestain, qui revenait de Tunis avec moi. Nous nous établîmes à demeureàrhôpital,et nous partageâmes les veillées.

Ce service dura quinze jours.

Au bout de quinze jours, comme le choléra diminuait d'intensité et que je trouvais une occasion de me placer, et en me plaçant de voir de nouveaux pays, je m'engageai comme second à bord du brick le Naiitonnier, de Nantes, capitaine Beauregard, en partance pour Rio-Janeiro.

Beaucoup de mes amis m'ont dit que j'étais un poëte avant tout.

Si l'on n'est poëte qu'à la condition de faire VIlioÂe ou la Dicine Comédie^ les Médilaliona de

J amarline ou les Orientales de Victor Hugo, je ne suis pas poêle ; mais si l'on est poète pour passer des heures à chercher dans les eaux azurées et profondes les mystères des végétations sous-marines; si l'on est poëte pour rester en extase devant la baie de Rio-Janeiro, de Naples ou de Constantinople; si l'on est poëte pour rêver de tendresse filiale, de souvenirs enfantins ou d'amour juvénile, au milieu des balles et des boulets, sans songer que votre rêve peut finir par une tête cassée ou un bras emporté, — je suis poëte.

Je me rappelle qu'un jour, dans la dernière guerre, brisé de fatigue, n'ayant pas dormi depuis deux nuits, étant à peine descendu de cheval depuis deux jours, côtoyant Urban et ses douze mille hommes, avec mes quarante bersaglieri, mes quarante cavaliers et un millier d'hommes, armés tant bien que mal, suivant un petit sentier de l'autre côté du monl Orfano, avec le colonel Turr et cinq ou six hommes, je m'arrêtai tout à coup, oubliant fatigue et danger, pour écouter chanter un rossignol. C'était la nuit, au clair de lune, par un temps splendide; l'oiseau égrenait au vent son chapelet de notes harmonieuses, et il me semblait, à écouter ce petit ami de mes jeunes années, que je sentais pleuvoir sur moi une rosée bienfaisante et régéné-

ratrice. Ceux qui m'entouraient croyaient ou que j'hésitais sur le chemin à suivre, ou que j'écoutais quelque bruit lointain de canon mugissant, ou de pas de chevatix retentissant sur le grand chemin. Non, j'écoutais chanter le rossignol, que je n'avais pas entendu chanter depuis dix ans peutêtre, et l'extase dura non pas jusqu'à ce que ceux qui m'entouraient m'eussent deux ou trois fois répété : — a Général, voilà l'ennemi! » — mais jusqu'à ce que l'ennemi, disant lui-même : — «Me voilà!» — en tirant sur nous, eut fait envoler le nocturne charmeur.

Donc, lorsque, après avoir longé les rochers granitiques qui dérobent si bien le port à tous les yeux, que les Indiens, dans leur langage expressif, l'ont appelé Ntlhero hy^ c'est-à-dire eau cachée; lorsque, après avoir franchi la passe qui conduit dans sa baie calme comme un lac ; lorsque, sur le bord occidental de cette baie, je vis s'élever la ville dominée par le Pao d'Ànuear, immense rocher conique qui sert non pas de phare, mais de jalon au navigateur; lorsque je vis s'élever autour de moi cette nature luxuriante dont l'Afrique et l'Asie n'avaient pu me donner qu'une fciible idée, je restai véritablement émerveillé du spectacle qui se déroulait devant moi.

Entré dans le port de Rio-Janeiro, ma bonne

chance fît que je ne tardai pas à y rencontrer la chose la phis rare qu'il y ait en ce monde, un ami.

Celui-là, je n*euspas besoin de le chercher, nous n'eûmes pas besoin de nous étudier pour nous connaître : nous nous croisâmes, nous échangeâmes un regard et tout fut dit ; après un sourire, après un serrement de main, nous étions, Rossetti et moi, frères pour la vie.

Plus tard, j'aurai occasion de dire ce que c'était que cette âme d'élite ; et cependant moi son ami, moi son frère, moi si longtemps son inséparable, je mourrai peut-être sans avoir cette joie de planter une croix sur ce point ignoré de la terre américaine où reposent les os de ce généreux et de ce vaillant.

Après avoir passé quelques mois dans l'oisiveté, Rossetti et moi, — j'appelleomr^eie faire un commerce pour lequel ni l'un ni l'autre nous n'étions nés, — le hasard fit que nous arrivâmes à nous mettre en relation avec Zambecarri, secrétaire de Bento Gonzales, président de la république de Rio-Grande, en guerre avec le Brésil. Tous deux étaient prisonniers de guerre à Santa Cruz, forteresse qui s'élève à la droite de l'entrée du port, et d'oij l'on hêle lef navires. Zambecarri qui, disons-le en passant, élai le fils du fameux aéronaute perdu dans un voyage

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en Syrie, et dont on n'a jamais entendu reparler, me fît faire la connaissance du président, qui me donna des lettres de m^rqfie pour faire la course contre le Brésil.

Quelque temps après, Bento Gonzalez et Zambecarri s'échappèrent a la na^e et regagnèrent heureusement Rio-Grande.

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CORSÂIRR

Nous armâmes en guerre le Mazzini, petit bâtiment d'une trentaine de tonneaux, sur lequel nous faisions le cabotage ; nous nous lançâmes à la mer avec seize compagnons d'aventures. Nous étions donc enfin libres, nous naviguions donc sous un drapeau républicain, nous étions donc corsaires I

Avec seize hommes d'équipage et une barque, nous déclarions la guerre à un empire.

En sortant du port, je gouvernai droit sur les îles Marica, situées à cinq ou six milles de l'embouchure de la rade, en appuyant sur notre gauche; nos armes et nos munitions étaient cachées sous des viandes boucanées avec le manioc, seule nourriture des nègres. Je m'avançai vers la plus grande de ces îles, qui possède un mouillage; j'y jetai l'ancre, je sautai à terre, et gravis jusqu'au point le plus élevé.

Là, j'étendis les deux bras avec un sentiment de

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bien-être et de fierté, et je jetai un cri pareil à celui que jette l'aigle planant au plus haut des airs.

L'Océan était à moi, et je prenais possession de mon empire.

L'occasion ne tarda point d'y exercer mon pouvoir.

Pendant que j'étais, comme un oiseau de mer, perclié au haut de mon observatoire, j'aperçus une goélette naviguant sous le pavillon brésilien.

Je fis signe de tout préparer pour nous remettre à la mer, et descendis sur la plage.

Nous orientâmes droit sur la goélette, qui ne se doutait pas qu'elle courût un pareil danger à deux ou trois milles de la passe de Rio-Janeiro.

En l'accostant, nous nous fîmes connaître, et nous la sommâmes de se rendre; elle ne fit, il faut lui rendre cette justice, aucune résistance. Nous montâmes à bord, et nous nous emparâmes d'elle.

Je vis alors venir à moi un pauvre diable de passager portugais, tenant à la main une cassette. Il l'ouvrit : elle était pleine de diamants; il me l'oifrail pour la rançon de sa vie.

J.; rabattis le couvercle de la boîte et la lui rendis, en lui disant que sa vie ne courait aucun dan-

ger; que, par conséquent, il pouvait garder ses diamants pour une meilleure occasion.

Seulement, il n'y avait pas de temps à perdre; on était en quelque sorte sous le feu des batteries du port. On transporta les armes et les vivres du Mazzini sur, la goélette, et l'on coula leMazzini, qui, vous le voyez, eut comme corsaire une glorieuse mais courte existence.

La goélette appartenait à un riche Autrichien habitant l'ile Grande, située à droite en sortant du port, à quinze milles à peu près de la terre; elle était chargée ds café, qu'il envoyait en Europe.

Le navire était donc pour moi doublement de bonne prise, puisqu'il appartenait à un Autrichien à qui j'avais fait la guerre en Europe, et à un négociant domicilié au Brésil, auquel je faisais la guerre en Amérique.

Je donnai à la goélette le nom de ScarropiUa^ dérivatif de Farrapos, gensen lambeaux^ nom que l'empire du Brésil donnait aux habitants des jeunes républiques de l'Amérique du Sud, comme Philippe II donnait celui de gueux de terre et de mer aux révoltés des Pays-Bas. Jusque-là, la goélette s'était appelée la Louise.

Ce nom, au reste, nous allait assez bien. Tous m4?s compagnons n'étaient pas des Rossetti, et je

dois avouer que la figure de bon nombre d'entre eux n'était pas tout à fait rassurante; cela explique la prompte reddition de la goélette et la terreur du Portugais qui m'offrait ses diamants.

Au surplus, pendant tout le temps que je fis le métier de corsaire, mes hommes eurent l'ordre de respecter la vie, l'honneur et la fortune des passagers. .. j'allais dire sous peine demort; mais j'eusse eu tort de dire cela, puisque personne n'ayant jamais enfreint mes ordres, je n'eus jamais personne à punir.

Aussitôt les premiers arrangements faits à bord, nous mîmes le cap sur Rio de la Plata; et, pour donner l'exemple du respect que je voulais que l'on eût, à l'avenir, pour la vie, la liberté, les biens de nos prisonniers, en arrivant à la hauteur de l'île Sainte- Catherine, un peu au-dessus du cap Itapocoroya, je fis mettre à la mer la yole du bâtiment capturé, j 'y fis descendre avec les passagers tout ce qui leur appartenait, je leur fis donner des vivres, et, leur faisant cadeau de la yole, je les laissai libres d'aller où ils voudraient.

Cinq nègres, esclaves à bord de la goélette, et auxquels je rendis la liberté, s'engagèrent à mou bord comme matelots; après quoi nous continuâmes notre route pour Rio de la Plata.

Nous allâmes jeter l'ancre à Maldonato, étal ae la république orientale de l'Uruguay.

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Nous fûmes admirablement reçus par la population, et même par les autorités de Maldonato, ce qui nous parut d'un excellent augure. Rossetti partit, en conséquence, tranquillement pour Montevideo, afin d'y régler nos petites allai res, c'est-à-dire pour y vendre une partie de notre cargaison et en faire de l'argent.

Nous restâmes à Maldonato, c'est-à-dire à l'entrée de ce magnifique fleuve, qui, à son embouchure mesure trente lieues de large, pendant huit jours, qui se passèrent en fêtes continuelles, lesquelles faillirent se terminer d'une façon tragique. Oribe, qui, en sa qualité de chef de la république de Montevideo, ne reconnaissait pas les autres républiques, donna l'ordre au chef politique de Maldonato de m'arrêter et de s'emparer de ma goélette. Par bonheur, le chef politique de Maldonato était un brave homme qui, au lieu d'exécuter l'ordre reçu, ce qui n'eût pas été difficile, vu le peu de défiance que j'avais, me ilt prévenir d'avoir à quitter au plus vite mon mouillage, et de partir pour ma destination, si j'en avais une.

Je m'engageai à partir le même soir; mais j'avais auparavant, moi aussi, de mon côté, un petit compte à régler.

J'avais vendu à un négociant de Montevideo,

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quelques balles de café, distraites de notre cargaison, et quelques bijouteries appartenant à mon Autrichien, pour acheter des vivres. Or, soie que mon acheteur fût mauvaise paye, soit qu'il eût entendu dire que je courais risque d'être arrêté, il m'avait été jusque-là impossible de rentrer dans mon argent. Or, comme j'étais forcé de partir le soir, je n'avais plus de temps à perdre, et il était urgent pour moi de rentrer dans mon argent avant de quitter Maldonato, vu qu'il m'eût été encore plus difficile de me faire payer absent que présent.

En conséquence, vers neuf heures du soir, j'ordonnai d'appareiller, et, passant des pistolets à ma ceinture, je jetai mon manteau sur mes épaules et m'acheminai tranquillement yers la demeure de mon négociant.

Il faisait un clair de lune magnifique, de sorte que je voyais de loin mon homme, prenant le frais sur le seuil de sa porte ; lui aussi me vit, me reconnut et me fit signe de la main de m'éloigner, m'indiquant par ce signe que je courais un danger.

Je fis semblant de ne rien voir, j'allai droit à lui, et pour toute explication lui mettant le pistolet sur la gorge :

— Mon argent ! lui dis-je.

Il voulut entrer en explication; mais, à la troisièuK^

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fois que je lui eus répété ces deux mots : mon argent, il me fit entrer et me compta les deux mille patagons qu'il me devait.

Je remis mon pistolet à la ceinture, je pris mon sac sous mon bras, et revins h la goélette sans avoir été le moins du monde inquiété.

A onze heures du soir, nous levâmes l'ancre pour remonter la Piata.

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