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Gomme ce fait devait, dans l'avenir, avoir un immense retentissement ; comme le roi Charles-Albert devait \in jour démentir le prince de Carignan, citons, non-seulement le fait de la constitution proclamée de vive voix, mais encore le texte même de l'affiche qui fut appliquée sur les murs de Turin.
En voici la traduction littérale :
« Dans le moment diflicile où nous nous trouvons, il nous est impossible de nous renfermer dans les étroites limites de notre rôle de régent; notre respect et notre soumission à Sa Majesté Charles- Félix, auquel est dévolu le trône, aurait dû nous conseiller de nous abstenir d'apporter aucun changement aux lois fondamentales du royaume, ou de temporiser, du moins, jusqu'à ce que nous connussions les intentions de notre nouveau souverain; mais, comme l'impériosité des circonstances est manifeste, et comme, d'un autre côté, nous tenons à rendre au nouveau roi un peuple sain, sauf et heureux, et non pas déjà brisé par les factions de la guerre civile, nous avons, en conséquence, toute chose sagement pesée, décidé, sur l'avis de notre conseil, et dans l'espérance que Sa Majesté, poussée par les mêmes considérations, revêtira notre délibération de son approbation souveraine, nous avons décidé, disons-nous, que la constitution de l'Espa-
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gne serait reconnue comme loi de l'État, sous les modifications que, d'accord, y apporteraient le roi et la représentation nationale. »
Cinq ans après son établissement en Italie, voilà donc ce que la charbonnerie avait obtenu : une constitution en Espagne, une constitution à Naples, une constitution en Piémont.
Mais celle-ci, la dernière née, devait être la première étouffée.
Au lieu de revenir à Gênes ou à Milan, au lieu d'approuver et de consolider les libertés données par le prince de Carignan, le roi Carlo-Felice rendait, le 3 avril suivant, l'édit que l'on va lire :
« Le devoir de tout sujet fidèle étant de se soumettre de bon cœur à l'ordre de choses qu'il trouve établi par Dieu et par l'exercice de la souveraine autorité, je déclare que, relevant de Dieu seul, c'est à nous de choisir les moyens que nous jugerons les plus convenables pour arriver au bien, et que nous ne regarderons plus, en conséquence, comme d'un sujet fidèle de murmurer des mesures que nous croyons nécessaire de prendre; nous publions donc, comme règle de la conduite de chacun, que nous ne reconnaîtrons comme fidèles sujets que ceux qui se soumettront immédiatement, subordonnant à cette soumission notre retour dans nos États. »
Et en même temps que le roi Charles-Félix rendait cet édit, modèle d'aveuglement, de sottise et d'entêtement, il nommait une commission militaire chargée d'avoir à connaître des délits de trahison, de rébellion et d'insubordination qui avaient été commis. Par bonheur, les principaux criminels, c'est-à-dire ceux dont les noms sont aujourd'hui les noms glorieux du Piémont, étaient déjà en fuite.
La commission nommée par Carlo-Felice ne perdit pas de temps. On a vu les rois manquer de bourreaux, jamais de juges : le tribunal, en cinq mois, jugea cent soixante-dix-huit personnes ; il en condamna soixante-treize à la mort et à la confiscation, et les autres à la prison et aux galères.
Des condamnés à mort, soixante étaient contumaces, et furent pendus en effigie.
Nommons quelques-uns de ces hommes, pour que l'on voie bien quels étaient ceux que frappait ce pouvoir stupidement absolu, qui, depuis Tarquin, n'a jamais su abattre que les têtes les plus hautes et les plus intelligentes.
C'étaient : le lieutenant Pavia, le lieutenant Ansaldi, le médecin Ratazzi, l'ingénieur Appiani, l'avocat Dossena, l'avocat Luzzi, le capitaine Baronis, le comte Bianco, le colonel Régis, le major Santa- Rosa, le capitaine Lesio, le colonel Casaglio, le ma-
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jorCollegno, le capitaine Radiée, le colonel Morozzo, le prince Délia Cisterna, le capitaine Ferraso, le capitaine Pachiarotti, l'avocat Marochetti, le sous-lieutenant Anzzana, l'avocat Ravina.
En tout, six officiers supérieurs, trente officiers secondaires, cinq médecins, dix. avocats, un prince; tous illustres par les dons de l'intelligence, tous remarquables par les qualités du cœur.
Deux avaient été arrêtés et furent exécutés ; c'étaient le lieutenant de carabiniers Jean-Baptiste Lânari, le capitaine Giacomo Garelli. L'exécution eut lieu, pour l'un, le 2 juillet, pour l'autre, le 25 août.
Un des principaux coupables était sans contredit Charles-Albert. Il avait proclamé la constitution, non pas, comme l'ont dit ses partisans, sauf l'approbation de Carlo-Felice, mais dans ces termes, qui sont loin d'admettre la réserve :
« Nella fducia che Sua Maesta il re mosso d'al istesse considerazionif sarâ per kivestire questa délibérazione délia sua sovrana approvazione : la costituzione di Spagna sara promulgata e osservata come legge