‹ Memoires de GaribaldiChapitre 41 sur 43 · G0 MÉMOIRES · texte numérisé non relu

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été enlevés, et que s'il avait un conseil à donner à Lavalleja et à ses compagnons, c'était de se rembarquer et de retourner au plus tôt à Buenos-Ayres.

Mais Lavalleja répondit qu'il était parti dans l'intention d'aller plus en avant, et non de retourner en arrière; en conséquence, il donna l'ordre aux rameurs de regagner sans lui Buenos-Ayres, et le 19 avril il prit, lui et ses trente hommes, possession du territoire de Montevideo, au nom de la liberté.

Le lendemain, la petite troupe, qui avait fait une razzia de chevaux, razzia à laquelle, au reste, la plupart des propriétaires avaient prêté leur concours,— le lendemain, la petite troupe, déjà en marche sur la capitale, fut rencontrée par un détachement de deux cents cavaliers. Parmi ces deux cents cavaliers , quarante étaient Brésiliens et cent soixante Orientaux.

Cette troupe était commandée par un ancien frère d'armes de Lavalleja, le colonel Julien Laguna. Lavalleja pouvait éviter le combat, mais, tout au contraire, il marcha droit aux deux cents cavaliers. Seulement, avant d'en venir aux mains, Lavalleja demanda une entrevue à Laguna.

— Que voulez-vous et que cherchez-vous dans le pays? demanda Laguna venant de lui-même audevant de Lavalleja.

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— Je viens délivrer Montevideo de la domination étrangère, répondit Lavalleja. Si vous êtes pour moi, venez avec moi. Si vous êtes contre moi, rendez-moi vos armes, ou préparez-vous à combattre.

— Je ne sais pas ce que veulent dire ces mots rendre ses armes, répondit Laguna, et j'espère que personne ne me l'apprendra jamais.

— Alors, allez vous mettre à la tête de vos hommes, et voyons pour quelle cause Dieu sera.

— J'y vais, repondit Laguna.

Et il partit au galop pour rejoindre ses soldats.

Mais, au même moment , Lavalleja déploya le drapeau national, bleu, blanc et rouge, comme le nôtre, et aussitôt les cent soixante Orientaux passèrent de son côté.

Les quarante Brésiliens furent faits prisonniers.

La marche de Lavalleja sur Montevideo devint dès lors une marche triomphale, dont le résultat fvit que la république Orientale, proclamée par la volonté et l'enthousiasme de tout un peuple, prit rang parmi les nations.

ROSÂS

Pendant ce temps, grandissait un nom qui devait être un jour la terreur de la fédération argentine.

Peu de temps après la révolution de 1810, un jeune homme de quinze à seize ans sortait de Buenos-Ayres, abandonnant la ville et gagnant la campagne. Il avait le visage troublé et le pas rapide.

Ce jeune homme s'appelait Juan-Manoel Rosas.

Pourquoi, presque enfant encore, ce fugitif abandonnait-il la maison oii il était né? Pourquoi, homme de la ville, allait-il demander un asile aux hommes de la montagne? C'est que lui, qui devait un jour souffleter la patrie, venait de souffleter sa mère, et que la malédiction paternelle le poursuivait.

Cet événement, sans importance d'ailleurs, se perdit bientôt dans le bruit des événements plus sérieux qui s'accomplissaient, et tandis que tous les anciens compagnons du fugitif se réunissaient sous l'étendard de l'indépendance, pour combattre la domination espagnole, lui se perdait dans les pampas, se donnait à la vie du gaucho, adoptait son costume et ses mœurs, devenait un des meilleurs cavaliers et l'un des hommes les plus habiles

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dans le maniement du lasso et de la bola, de sorte qu'en le voyant si adroit à ces exercices sauvages, celui qui ne l'eût pas connu l'eût pris, non plus pour un homme de la ville, mais pour un homme de la campagne ; non plus pour un pneblero fugitif, mais pour un véritable gaucho.

Rosas entra d'abord comme peon, c'est-à-dire comme journalier, dans une estancia, puis il devint capataz, — Garibaldi nous a dit ce que c'était qu'un capataz, — i^uis mayordomOy titre qui s'explique de lui-même.

En cette dernière qualité, il régissait les biens de la puissante famille Anchorena. C'est de là que date sa fortune comme propriétaire.

Gomme notre intention est de faire connaître Rosas sous tous ses aspects, disons, au milieu des événements qui s'accomplissaient, quelle était la situation de son esprit.

Rosas s'était trouvé à Ruenos-Ayres pendant les prodiges enfantés par la révolution contre l'Espagne. Alors, celui qui avait le courage cherchait la célébrité sur le champ de bataille ; celui qui avait le talent, l'instruction, la prudence, la cherchait dans les conseils. Rosas était ambitieux de célébrité; mais à quelle célébrité pouvait-il atteindre? Quelle renommée pouvait-il acquérir, lui qui n'a-

vait ni le courage du champ de bataille, ni les lumières du conseil? A chaque instant, il entendait résonner quelque glorieux nom à ses oreilles. C'étaient, comme ministres, les noms de Rivadavia, de Pasos, d'Aguero ; c'étaient, comme guerriers, les noms de Saint-Martin, de Baleace, de Rodriguez et de Las Heras.

Et tous ces noms, dont le bruit venait de la ville, allaient éveiller l'écho des solitudes; tous ces noms ravivaient en même temps sa haine contre cette ville qui, ayant des triomphes pour tous, n'avait eu pour lui que l'exil.

Mais déjà, à cette époque, Rosas rêvait l'avenir et le préparait. Errant dans les pampas, confondu avec les gauchos, il se faisait le compagnon de misère du pauvre, flattant les préjugés de l'homme des plaines, l'excitant contre le citadin, lui révélant sa force, lui démontrant la supériorité du nombre, et tâchant de lui faire comprendre que, dès qu'elle le voudrait à son tour, la campagne serait maîtresse de la ville, qui si longtemps avait été sa reine.

Cependant les années s'écoulaient, et l'on arrivait à 1820.

C'est alors que Rosas commence à apparaître à l'horizon lointain des pampas, appuyé sur l'influence à laquelle il a soumis l'habitant des plaines.

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Nous avons vu ce qui s'était passé à Montevideo. Voyons ce qui se passait à Buenos-Ayres. . La milice de Buenos-Ayres s'insurge contre le gouverneur Rodriguez. Alors un régiment des milices de la campagne, los colorados de las Conchàs, les rouges des Conchas, entrent dans la ville, le 5 octobre 1820, ayant à leur tête un colonel à qu Buenos-Ayres est connu, et qui est connu à Buenos- Ayres.

Ce colonel était Rosas.

Le lendemain, les milices de la campagne et les milices de la ville en viennent aux mains; seulement, ce jour-là, le colonel n'était plus à la tête de son régiment.

Un violent mal de dents, dont Rosas cessa de souffrir aussitôt le combat fini, l'éloignait, à son grand regret sans doute, de la mêlée.

Pourquoi pas? Octave avait bien la fièvre le jour de la bataille d'Actium.

Rosas avait beaucoup de choses d'Octave ; seulement la difl'érence est que, plus tard. Octave devint Auguste, ce que jamais, selon toute probabilité, ne deviendra Rosas.

Cette entrée de Rosas à Buenos-Ayres fut le seul exploit guerrier qu'il compta dans toute sa vie politique.

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