‹ Mémoires de Garibaldi, traduits sur le manuscrit originalChapitre 10 sur 16 · BOUS · texte numérisé non relu

BOUS

Dans la matinée du 24 avril, Tavant-garde de la division française était arrivée devant le port de Civila-Vecchia, et un aide de camp du général Oudinot était descendu à terre pour parlementer avec le préfet de la république romaine, Manucci. Il lui dit que le but de l'intervention française était de sauvegarder les intérêts matériels et moraux de la population romaine; que la France voulait, ennemie qu'elle était du despotisme et de Tanarchie, assurer àntalîeune sage liberté; qu'elle espérait trouver dans le peuple romain l'antique sympathie qui l'avait uni au peuple français, mais qu'en attendant, comme la flotte ne pouvait tenir la mer sans danger, un prompt permis de débarquement était nécessaire; dans le cas où ce permis serait refusé, le général français, à son grand regret, serait contraint d'employer la force. En outre, il devait prévenir la ville de Civita-Vecchia que, dans le cas où un seul

coup de fusil serait tiré , elle serait imposée à un million.

Et, ce disant, sans attendre de réponse du gouvernement de Rome, auquel Manucci voulait en référer, le général Oudinot désarmait le bataillon Mctara, occupait le fort, fermait Timprimerie de la ville, mettait une sentinelle à la porte, et s'opposait au débarquement d'un corps de cinq cents Lombards.

Ces cinq cents Lombards étaient le bataillon de bersaglieri commandé par Manara, lequel, chassé de sa patrie, repoussé du Piémont, venait demander un tombeau à Rome.

Ce bataillon se composait de Taristocratie lombarde, et venait se joindre aux défenseurs de la République.

Dandolo Tavoue lui-même, dans son livre des Volontaires et des Bersaglieri : ce n'était point par sympathie pour la cause des Romains, mais parce qu'il ne savait plus à quel autre lieu du monde demander un asile.

Les bersaglieri étaient arrivés deux jours après le général Oudinot; c'était alors le général qui donnait les permis de débarquement dont il s'était passé.

Henri Dandolo, descendant du doge du môme nom, portant comme l'historien , ûls du célèbre

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vainqueur de Constantînople, le prénom de Henri, descendit deux fois à terre pour demander au général cette permission; non-seulement elle lui fut refusée , mais Tordre positif lui fut donné de retourner en arrière.

Il vint rapporter cette réponse à Manara, qui descendit à son tour pour voir s'il serait plus heureux que son lieutenant.

Mais Manara ne fut pas plus heureux que Henri Dandolo.

— Vous êtes Lombard? lui demanda le général.

— Sans doute, répondit Manara.

— Eh bien, répliqua Oudinot, d'où vient que, étant Lombard, vous vous mêlez des affaires de Rome?

— Vous vous en mêlez bien, vous qui êtes Français, répondit Manara.

Puis, tournant le dos au général, il revint à bord.

Mais, lorsqu'on sut à bord que le général français s'opposait h la descente, l'exaspération fut à son comble.

On avait beaucoup souffert de la mer mauvaise et de l'entassement, depuis le départ de Oénes; bersaglieri et volontaires voulaient sauter à l'eau et gagner la côte à la nage, au risque de ce qui pourrait arriver.

Lorsque Manara vit que ses hommes étaient bien

iU WËMOIRES

décidés à recourir à cette extrémité, il retourna une seconde fois près du général Oudinot, et, après une longue insistance, il obtint que le bataillon débarquerait à Porto-d'Anzio.

Le général français exigeait d'abord que Manara se tint loin de Borne, et tout à fait neutre jusqu'au 4 mai, époque où, disait-il, tout serait fini.

Mais Manara refusa.

— Général, répondit-il, je ne suis qu'un major au service de la république romaine, subordonné moi-môme au ministre et à mon général. Dépendant d'eux, je ne puis prendre un tel engagement.

M. Manucci crut alors, au nom du ministre de la guerre, devoir obtempérer aux conditions posées par le général Oudinot, et, moyennant cette promesse, les volontaires et les hersaglieri lombards purent le lendemain, 27 avril, au matin, débarquer à Porto-d'Anzio; ils partirent, le 28, pour Albano, et bivaquèrent dans la campagne de Rome.

Pendant la nuit, arriva un ordre du général Josepli Avezzana, ministre de la guerre, qui, soit qu'il igqorât l'engagement pris par M. Manucci au nom de Manara, soit qu'il n'en tînt pas compte, enjoignait aux bersaglieri de se mettre à l'instant même en marche pour Rome.

Pei^dfint la matinée du 29, au milieu des applau-

DR J. GÀBIBÂLDI IH

disscments d'une foule innombrable, ils firent leur entrée à Rome.

 la nouvelle de Tarfivée des Français h Civitar Vecchia, rassemblée romaine s'était déclarée en permanence.

Alors, cette grave question s^agita :

Ouvrira-t^on les portes aux Français, ou oppos^i^^? t-on la force à la force?

Le triumvir Armellini et beaucoup d'autres étçtient d^avis que l'on reçût les Français en amis.

Mazzini, Cernuschi, Sterbini et la majoritii vou.*? laient qu'on se défendit énergiquement et jusqu'à ia dernière extrémité.

U fallait, avant tout, sauver l'bonneur, 4i?

saient-ils.

L'Assemblée n'hésita point : le 26 avril, à deux heures de l'après-midi, le décret suivant fut voté aux applaudissements de Rome tout entière :

« Au pom de pieu ^l du peuple,

» L'Assemblée , d'après la communication reçue par le triumvirat, lui remet entre les mains l'honneur de la République et le charge de repousser la force par la force. »

La résistance décrétée , Cernuschi, qui avait feil

les barricades de Milan, fut nommé inspecteur des barricades de Rome : les points élevés furent garnis de canons, et le peuple s'agita, haletant, dans l'attente d'un grand événement.

C'est alors que l'homme providentiel apparut.

Tout à coup un grand cri retentit dans les rues de Rome :

— Garibaldi ! Garibaldi I

Puis une foule immense, le précédant, criait en jetant les chapeaux en l'air et en faisant voler les mouchoirs :

— Le voilai le voilà!

Il serait impossible de décrire l'enthousiasme qui s'empara de la population à sa vue; on eût dit que c'était le dieu sauveur de la République qui accourait à la défense de Rome; le courage du peuple gmndit alors de sa confiance, et il sembla que l'Assemblée avait non-seulement décrété la défense, mais encore la victoire.

Quelques lignes de VHistoire de la révolution romairhey par Biagio Miraglia, donneront une idée de cet enthousiasme :

a Ce vainqueur mystérieux, environné d'une si brillante auréole de gloire, qui, étranger aux dis* eussions de l'Assemblée, et les ignorant, entrait à

DE h 6ARIBALDI 117

Rome la veille même du jour où la République allait être attaquée, était, dans l'esprit du peuple romain, le seul homme capable de soutenir le décret de résistance.

9 Aussi, à rinstant même, les multitudes se réunirent-elles à rhomme qui personnifiait les besoins du moment et qui était l'espérance de tous. »

Ainsi le besoin public rendait à Garibaldi son titre de général, contesté dans la dernière guerre par ceux-là mômes pour lesquels il se battait.

Voici quelques détails qui, dans la nécessité où il était de partir promptement pour la Sicile, n'ont pu nous être donnés par Garibaldi lui-môme; mais ils nous sont donnés par son ami, M. Vecchi, l'historien de la guerre de 1848, le membre de l'assemblée constituante romaine, le soldat du 30 avril, des 3 et 30 juin; celui, enfin, chez qui Garibaldi passa son dernier mois de séjour à Gônes, et de la maison duquel il partit pour s'embarquer.

Nous laissons parler M. Vecchi, ou plutôt nous donnons ses notes originales.

M. Vecchi parle aussi purement le français que l'italien.

La mort de Rossi et la fuite du pape trouvèrent Garibaldi à Ravenne, où il avait enrôlé une forte légion de volontaires.

il résolut de se rendre seul à Rome pour s'en* tendre avec le gouvernement provisoire, dont Sterbini était le factotum ; mais on lui lit comprendre que sa présence à Rome était aussi dangereuse que les cantonnements de ses légionnaires dans les légations ; on lui ordonna de se casemer à Macerata, ville calme et tranquille, où on le fit précéder par une réputation de brigand.

Aussi, à peine installé, reçut-il l'ordre de passer avec sa légion à Rieti. La troupe s'achemina par Tolentino, Foligno et Spolète.

Lui vint à Âscoli, parce qu'il avait su que la po^ lice bourbonienne et papiste, par l'argent, l'intimidation et l'anathème, commençait à soulever la population des Apennins contre le gouvernement provisoire de Rome.

J'étais alors capitaine au 23* de ligne dans l'armée piémontaise, et je jouissais de ma permission de deux mois à Ascoli, lorsque mes concitoyens me nommèrent député à la constituante romaine.

Le âO janvier, je reçus la visite de Garlbaldi ; le lendemain, il voulut partir pour Rieti en traversant la montagne, foisonnant tout à la fois de neige et de brigands; les conseils de la prudence, l'opposition des patriotes, ne firent que surexciter son désir de touriste militaire; pendant plus d'une lieue, nous fûmes accompagnés par la foule, qui pleurait et se lamentait; beaucoup m'embrassèrent, croyant qu'ils ne me reverraient plus.

Le général était suivi de Nino Bixio, son officier d'ordonnance, du capitaine Sacchi, son compagnon de guerre dans le nouveau monde, et d'Aguyar, son nègre.

Le reste de sa suite se composait de moi et d-un petit chien, qui, blessé à la patte le jour du combat de San-Antonio, déserta le drapeau de Buenos- Ayres, sous lequel il avait marché jusque-là, pour s'enrôler sous la bannière de Garibaldi.

L'intelligente petite bote marchait toujours en clopinant entre les quatre jambes du cheval de Garibaldi.

Il s'appelait Guerillo.

La première nuit, nous logeâmes chez le gouverneur d'Arguata, Gaetano Rinaldî, chef de la réaction cléricale, qui surgissait derrière nous au fur et à mesure que nous avancions.

i20 MÉMOIRES

Noas restâmes dans une salle du rez-de-chaussée, non éclairée, jusqu'à dix heures du soir, avec des gens qui entraient, sortaient, chuchotaient. Je le ils remarquer au général, qui me répondit en français avec son calme habituel :

— Ils ordonnent le menu du dîner,

n ne croyait pas si bien dire; nous sortîmes de table à minuit, et nous fûmes traités comme des cardinaux. En partant, nous reçûmes du gouverneur quatre livres de truffes pour notre voyage. A quatre heures du matin, nous montions à cheval, et le fils de M. Rinaldi nous accompagnait jusqu'au sommet de la montagne avec un drapeau tricolore en soie* A midi, nous dévorâmes un agneau que le général fit rôtir par quartiers devant des fagots allumés ; le soir, nous logeâmes dans une auberge isolée, pleine de paysans armés. Peut-être avaient-ils reçu le mot d'ordre d'Ârguata; les physionomies étaient sinistres; tout ce monde fut invité par nous à boire, et refusa.

Nous nous retirâmes pour dormir, et nous dormîmes le sabre au côté, le doigt sur la gâchette du pistolet.

Garibaldi se leva, le genou droit enflé et le coude gauche endolori par les rhumatismes attrapés en Amérique; il ne put chausser sa botte et mit son bras en écharpe.

DE h GÀRIBALDI iU

1 Après une demi-heure de marche, nos chevaux refusèrent d'aller plus avant. Nous gravissions en efiTet une montée escarpée que la gelée de la nuit avait rendue glissante comme un miroir.

Pendant une lieue, nos hôtes marchèrent sur nos manteaux, que nous étendions devant elles; nous traversâmes ensuite une plaine couverte de neige, nous en avions jusqu'au poitrail de nos chevaux; pour me réchauffer, je mis pied à terre et j'allai m'informer de la santé du général, qui chevauchait devant moi, un pied chaussé seulement; l'autre n'était couvert que par un bas de coton,

— Eh bien, lui demandai-je, comment allonsnous, général?

Il me salua avec ce sourire caressant qui est habituel à sa nature forte et sereine, et me dit :

— Merci, je me porte à merveille.

Comme je marchais à ses côtés, sans doute pour se distraire des douleurs cuisantes qui mordaient sa chair, sans en atteindre la sensibilité, il me montra du geste l'aspect grandiose de cette nature sauvage. En effet, nous nous trouvions au milieu de montagnes bizarres dont les cimes rocheuses ressemblaient à des châteaux forts bâtis par des Titans.

Partout des blocs de rochers minés par les siècles et détachés des sommets, qui avaient roulé dans

des vallées étroites et escarpées et dans le lit d'un torrent qui écumait, terrible, bruyant et limoneux; çà et là, quelques rares maisons cachées dans des massifs de chênes, de hêtres, de châtaigniers, de sapins, se révélant par les fumées blanchâtres qui sortment de leurs cheminées.

Ce paysage à la Salvator Rosa, assombri par la tourmente et rendu plus menaçant encore par le sifflement du vent, exalta Tàme de Garibaldi.

— C'est ici, dit-il, que je voudrais rencontrer l'armée tout entière de Radetzki ; nos braves légionnaires ne laisseraient pas retourner un de ses soldats à Vienne ; ici, nous vengerions Yarus et nos frères morts dans la forêt de Teutberg.

Vers cinq heures, nous étions près de Cascia, petite réunion de maisons groupées sur le sommet d'une colline verdoyante ; le vent avait chassé les nuages, le soleil brillait sur les sommets neigeux et en faisait des montagnes d'argent se détachant sur un fond d'azur qui tournait au rose vif vers le couchant.

Nous nous reposions près d'une hutte de paille, lorsque quatre jeunes gens vinrent nous demander qui nous étions. Au nom de Garibaldi, ils partirent en courant, et, un quart d'heure après, le gonfalonier, les notabilités, la garde nationale, la foule,

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musique ep tête, accoururent à notre rencontre pour inviter le général à venir jusqu'au village.

On dressa, comme avec une baguette de fée. un arc de triomphe de feuillage ; le théâtre fut illuminé; il y eut diner et bal dans la maison du gouverneur, qui, cependant, était un fier clérical.

Je me rappelle que, là, on présenta à Garibaldi un paysan poète qui avait dicté — il ne savait pi lire ni écrire — tout un poôme sur la vie pastorale.

Vers neuf heures, un voisin me souffla tout bas à l'oreille qu'un jeune garçon de quinze ans languissait dans la prisop communale, abruti par les coups et les mauvais traitements de son père, qui, s'étant remarié, à l'âge de soixante ans, avec une jeune paysanne, avait, à l'instigation de celle-ci, accusé son fils de lui avoir manqué de respect.

Le gouverneur reçut une vingtaine d'écus et jeta l'enfant en prison.

Je constatai le fait et j'en parlai au général.

Le père fut mandé, ainsi que le malheureux enfant. Ce fut une scène comique et hideuse à la fpi^. Le père voulait bien que l'on fît sortir son fils de prison ; mais il réclamait naïvement la somme qu'il avait donnée pour l'y faire entrer. L'enfant pleurait à chaudes larmes et embrassait Garibaldi ; quant au gouverneur, il ne savait quelle conteqanoe gardf^i^*

A la fin, il harangua le peuple du haut du balcon, et Tenfant fut porté en triomphe par tous les gamins du village.

Le lendemain, à cinq heures du matin, un détachement de la garde nationale partit avec nous, par une pluie fine et pénétrante.

n nous accompagna jusqu'à Rietî, et escorta un employé des finances, emprisonné dans Tendroît où nous déjeunâmes, lequel était un espion payé par le général bourbonnien Landi, commandant la colonne mobile à la frontière des États romains.

La légion italienne, casernée à Rieti, se composait de trois bataillons (total quinze cents hommes), auxquels étaient joints quatre-vingt-dix lanciers habillés et montés aux frais de leur commandant, le comte Angelo Masina, de Bologne.

Ce fut avec eux que le comte marcha au secours de Rome.

Lors du débarquement des Français àCivita-Vecchia, la légion se trouvait à Anagni, berceau et tombe de Boniface VIIL

AuG. Vecchi.

Mais à ce général, qui avait tout un peuple à sa suite, il fallait des soldats.

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On lui improvisa une brigade d'éléments étrangers les uns aux autres, d'hommes qui ne se connaissaient pas entre eux, et qui devaient se réunir, se fondre, s'amalgamer par Teifet de Tenthousiasme qu'il inspirait.

Cette brigade se forma : de deux bataillons de sa propre légion, parmi lesquels une quarantaine d'hommes revenus avec lui de Montevideo, portant la blouse rouge à parements verts ; de trois cents hommes de retour de Venise; de quatre cents jeunes gens de l'Université; de trois cents douaniers mobilisés; enfin, de trois cents émigrés; en tout, deux mille cinq cents hommes, qui furent chargés de la défense des murs depuis la porte Portese jusqu'aux portes San-Pancracio et Cavallegieri, et occupant tous les points élevés en dehors des murailles de la villa Corsini, connus sous le nom des Quatre-Vents^ jusqu'à la villa Pamphili*

C'était, selon toute probabilité, sur ce point qu6 se porterait Teifort des Français, qui voulaient conserver Civita-Vecchia pour base de leurs opérations.

Le 28 avril, Pavant-garde française était à Palo, où, dès la veille, était arrivé, éclairant le chemin, un bataillon de chasseurs.

Le 29, elle était à Gastel-di-6uido, c'est-à-dire à cinq lieues de Rome.

Alors le général en chef envoya en reconnaissance son frère, le capitaine Oudinot, et un officier d'or-» donnance, avec quinze chevau-légers.

Cette reconnaissance s'avança vers le point oi) se divisent les deux routes Anréliennes, ancienne ^t nouvelle, et, à une lieue de Rome, rencontra les avant-postes romains.

L'officier qui commandait les avant-postes sV vança alors, et, s'adressant aux Français :

— Que voulez-vous? leur demanda-t-iL

— Aller à Rome, répondirent les Français.

— Gela ne se peut pas, dit l'officier italien.

— Nous parlons au nom de la république française.

— Et nous, au nom de la république romaine; ainsi donc, en arrière, messieurs I

— Et si nous ne voulons pas retourner en ar^ rière?

— Nous tâcherons de vous y faire aller malgré vous,

— Par quel moyen? <

— Par la force. i

— Alors, dît l'officier français se tournant vers les siens, s'il en est ainsi, faites feu.

DE l GARIBÀl^DI 137

Et, en même temps, lui-même déchargea un pistolet qull lira de ses fontes.

— Feu 1 répondit Tofficier qui commandait les avant-postes romains.

La reconnaissance, trop faible pour résister, se retira au galop, laissant entre nos mains un chasseur français engagé sous son cheval mort.

Il fut pris et emmené à Rome.

Le bulletin français dit que ce fut nous qui prîmes la fuite et qui fûmes poursuivis; niais, si cela était vrai, comment eût-il été possible que nous eussions fait et ramené à Rome un prisonnier, nous qui étions à pied, tandis que les Français étaient à cheval?

Au reste, nous aurons à relever plusd'uQe erreur de ce genre.

La reconnaissance alla donc reporter au général la nouvelle que Rome était prête à se défendre, et qu'il ne fallait point compter qu'il y entrât, comme il s'y attendait, sans coup férir et au milieu des acclamations^ du peuple.

Le général en chef français n'en continua pas moins sa marche.

Le jour suivant, c'est-à-dire le 30 avril, laissant à la Maglianilla les sacs de ses soldats, il s'avança au pas à§ course.

i28 MÉMOIRES

Relevons unenouvelle erreur relative au 30 avril, comme nous avons relevé celle relative au 29.

Certains écrivains français ont dit que, victimes d*une basse intrigue, les soldats avaient été attirés dans la ville à. la suite d'une simple reconnaissance et étaient tombés dans un piège.

L'affaire du 30 ne fut pas une reconnaissance, et les Français ne furent pas attirés dans un piège.

L'affaire du 30 fut un combat auquel s'attendait parfaitement le général français, et la preuve, c'est que voici le plan de la bataille trouvé sur un officier français mort, et transmis, par le colonel Masi, au général ministre de la guerre * :

« On devra diriger une double attaque par les portes Angelica et Cavallegieri, afin de partager l'attention de l'ennemi.

» Par la première, on forcera les troupes ennemies qui campent sur le Monte-Mario, et ensuite on pourra occuper la porte Angelica.

» Lorsque nos troupes auront occupé ces deux points, nous pousserons l'ennemi avec toute la force

1. Te ne fais point ici un roman, je publie des Mémoires, Je Suis donc forcé de traduire textuellement. Je ne démens ni n'affiime : j'instruis un procès devant ce grand et dernier ]uge qu'on appelle la Vérité. A. D.

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possible, en tout sens, et le point général de ralliement sera la place Saint-Pierre,

D On recommande surtout d'épargner le sang français, i»

L'idée du général français non-seulement était mauvaise, mais encore fut mal exécutée; nous allons essayer de le prouver.

La route qui mène de Civita-Vecchia à Rome se sépare en deux, à quinze cents mètres, à peu près, des murailles; è droite, elle mène à la porte San- Paneracio ; à gauche, à la porte Cavallegieri, voisine de l'angle saillant du Vatican.

Voulant suivre le plan arrêté et prendre par derrière le Monte-Mario, puis assiéger la porte Angelica, l'armée française, arrivée à la bifurcation, devait tourner, avec une brigade, à gauche dans la direction de l'aqueduc Paolo, et, avec l'autre, prendre à droite, vers le casale de San-Pio, et tenter de s'emparer de la porte CaTallegieri.

Là fut l'erreur grave que commirent les Français. Ils lancèrent sur la droite les voltigeurs du 20* de ligne, qui trouvèrent un terrain âpre, coupé de bois et d'un accès difficile, et, sur les hauteurs de gauche, les chasseurs de Vincennes; à cent cinquante mètres environ des murs, ces braves en-

fants perdus de l'armée ennemie furent foudroyés par la grêle de mitraille que vomissait la batterie du bastion San-Mario.

Cependant le mal fut moins grand pour eux qu'il aurait pu Tétre, à cause de cette habileté, conquise dans la guerre contre les Arabes, de se faire des remparts de tous les accidents de terrain.

De leur côté, leur feu, admirablement dirigé, nous causait de grandes pertes. C'est là que furent tués : le lieutenant Marducci, jeune homme de la plus grande espérance, dont la mère, depuis la rentrée du pape Pie IX, fut condamnée à huit jours de prison pour avoir déposé des fleurs sur la tombe de son fils; Tadjudant-major Enrico Pallini, le brigadier délia Ridova, le capitaine Pifferi, le lieutenant Belli et quelques autres, obscurs pour le monde mais chers à nous, tels que de Stephanis, Ludovic et le capitaine Leduc, brave Belge qui avait combattu pour nous dans la guerre de Tindépendance.

Mais les vivants ne manquaient pas pour succéder aux morts.

Dès le matin, le roulement des tambours annonça auï Romains l'approche des Français, et, en un instant, les murs et les bastions furent couverts d'hommes.

DE J. 6ÀRIBALDI 131

Pendant que le feu des voltigeurs du 20" de ligne et celui des chasseurâ de Yincennes répondaient au nôtre, le gros de la colonne fhinçai»e continuait de s'avancer.

Au moment où elle apparut, une batterie de quatre pièces, placée sur un bastion, commença de la mitrailler*

Le général français établit aussitôt sur les aqueducs une batterie, chargée de répondre à notre feu, et fit monter, sur une colline, deux autres pièces qui firent face aux jardins du Vatican, où se trouvaient peu de soldats, mais une immense quantité de peuple en armes.

Notre feu s*étant ralenti un instant à cause de la justesse de tir des chasseurs de Yincennes, le général français lança la brigade Molière, qui s'avança bravement jusqu'au pied des murailles; mais, comme je Tai dit, les morts avaient été rapidement remplacés, et le feu se ranima plus ardent, écrasant les têtes des colonnes Marulaz et Bouat; force leur fut donc de battre en retraite et de chercher un abri dans les plis du terrain.

Garibaldi suivait tous ces mouvements des jardins de la villa Pamphili. Il jugea que le moment de donner à son tour était arrivé, et il glissa plusieurs petits détachements à travers les vignes; mais cette

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manœuvre fut découverte, et, du 20* de ligne, on envoya un renfort pour empêcher que les chasseurs de Vincennes ne fussent surpris, et pour les protéger,

Garibaldi fit dire alors que, si on lui envoyait un renfort de mille hommes, il répondait du succès de la journée.

On lui envoya aussitôt le bataillon du colonel Gaileti et le premier bataillon de la légion romaine, commandé par le colonel Morelli. U disposa plusieurs compagnies pour défendre les passages menacés; d'autres furent chargés de protéger les flancs et les derrières de la sortie, et, à la tête de tout ce qui lui restait d'hommes, il s'élança sur les Français.

Par malheur, du haut des remparts, les nôtres prirent les hommes de Garibaldi pour des soldats du général Oudinot, et firent feu sur eux. Garibaldi s'arrêta jusqu'à ce que l'erreur fût reconnue, et alors, à la baïonnette, il s'élança à ciel ouvert sur le centre de l'armée française.

Là s'engagea un combat terrible entre les tigres de Montevideo, comme on les appelait, et les lions d'Afrique. Français et Romains se battaient corps à corps, se poignardaient à la baïonnette, luttaient, se renversaient, se relevaient.

Garibaldi avait enfin trouvé des ennemis dignes de lui.

Là furent tués, parmi nous, le capitaine Montaldi, les lieutenants Rigli et Zamboni; là furent blessés le major^Marochetti, le chirurgien Schienda, Tofficier Ghiglioni, le chapelain Ugo Bassi, qui, sans armes, au milieu des combattants, affrontait les blessures et la mort, pour secourir les blessés et consoler les mourants; cœur pieux, âme miséricordieuse, dont les prêtres firent un martyr; enfin, les lieutenants d'AU'Oro, Tressoldi, Rolla et le jeune Stadella, fils du général napolitain.

Après une lutte d'une heure, les Français furent obligés de céder; une partie se débanda dans la campagne, une autre partie se mit en retraite sur le corps principal.

Deux cent soixante restèrent nos prisonniers.

Ce fut en ce moment que le capitaine d'artillerie Faby, officier d'ordonnance du général en chef, voyant le mauvais succès de l'attaque si mal combinée du général, crut y apporter remède en proposant à son chef de guider une nouvelle attaque par un chemin qui lui était connu, disait-il, et qui le conduirait, inaperçu, jusque sous les murs de Rome, en face des jardins du Vatican.

Ce chemin était flanqué de quatre ou cinq maiu. 8

sons où l'on pourrait laisser des détachements, et qui étaient cachées au milieu des vignes.

Le général en chef accepta, lui donna une brigade du corps Levaillant, et le capitaine Faby partit.

L'entreprise fut facile à son début, et la marche de la colonne resta, en effet, ignorée des défenseurs de Rome jusqu'à la route consulaire de la porte Angelica; mais, là, au premier éclair que le soleil tira des armes françaises, un feu terrible, parti de toute l'enceinte des jardins pontificaux, accueillit la colonne, et une des premières balles frappa le capitaine Faby qui la conduisait.

Quoique privée de son guide, la colonne se défendit vaillamment et, pendant quelque temps, répondit au feu des murailles; mais, décimés, écrasés, foudroyés, ayant, sur leurs derrières, nos troupes du Monte-Mario, devant eux le feu du château Saint- Ange, qui leur fermait le chemin de la porte Angelica, exposés à découvert à la grêle de balles et de mitraille qui pleuvait des jardins du Vatican et qui ne leur permettait pas de reprendre leurs anciennes positions, les Français furent obligés de se réfugier dans les petites cassines éparses dans les vignes et disséminées le long de la route, où notre artillerie continua de les foudroyer.

Ainsi, une brigade entière, qui était l'aile gauche

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du corps d'anné6 français, se trouva séparée de son centre et eh danger d'être faite prisonnière.

Par bonheur pour le général Levaillant, nos troupes du Monte-Mario ne descendirent point, et deux mille hommes, massés derrière la porte Angelica, ne bougèrent pas.

Le général en chef n'était pas plus heureux sur sa droite, c'est-à-dire sur le point où avait combattu Garibaldi; un instant le feu et la lutte avaient cessé par la retraite des Français; mais, en voyant ses hommes repoussés, le général Oudinot, craignant d'être coupé dans ses communications i^vec Civita-^» Vecchia, avait poussé en avant les restes de la brigade Molière, et le combat, refroidi un ipstapt, av^t repris une nouvelle ardeur. Mais la science de la guerre, la discipline, le courage, l'attaque imp^ tueuse, tout échoua devant nos soldats, tout jeunes, tout inexpérimentés qu'ils étaient*

C'est que Garibaldi était là, debout à cheval, \f^ cheveux au vent, pareil à la statue d'airain du dieu des batailles.

A la vue de l'invulnérable, chacun se rappela les exploits des immortels ancêtres et de ces conquérants du monde, dont il foulait les tombeaux; on eOt dit que tous savaient que l'ombre des Qamille, des Oinoinnatus et des César les regsirdait du iMUt flu Ca**

pîtole. A la violence, à la furie française, ils opposèrent le calme romain, la suprême volonlé du désespoir.

Après quatre heures d'un combat obstiné, le chef d'un bataillon du 20« de ligne, aujourd'hui le général Picard, grâce à des efforts inouïs, à un courage prodigieux, s'empara, avec trois cents hommes, d'une bonne position qu'il força les jeunes gens de l'Université de lui abandonner; mais, presque aussitôt, Garibaldi, ayant reçu un bataillon d'exilés commandé par Arcioni, un détachement de la légion romaine, avec deux compagnies de la même légion, se jeta en avant, tête basse, baïonnette croisée, reprit à son tour l'offensive, et, avec une fougue irrésistible, renversant tout obstacle, enveloppa, dans la maison dont il s'était fait une forteresse, le chef de bataillon Picard, qui, attaqué de tous côtés par nos hommes, et de face par Nino Bixio, qui lutta corps, à corps avec lui, fut enfin forcé de se rendre avec ses trois cents hommes.

Cette lutte gigantesque décida de la journée, et changea complètement la &ce des choses. Il n'était plus question de savoir si Oudinot entrerait dans Rome, mais s'il pourrait retourner à Civita-Yecchia.

Garibaldi, en effet, maître de la villa Panfphili et de la position des aqueducs, dominait la voie Auré-

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lienne, et, par un mouvemeat rapide, poutait précéder les Français à Castel-di-Guido et leur fermer la route.

' Le résultat de ce mouvement était certain; Taile gauche des Français, écrasée sous les jardins du Vatican et abritée, comme nous l'avons dit, dans les cassines éparses, ne pouvait battre en retraite sans s'exposer au feu exterminateur de Tartillerie et de la fusillade des murs.

L'aile droite, battue et dispersée à ciel ouvert par Garibaldi, se trouvait dans ce moment de découragement fatcil qui suit une défaite inattendue, et ne pouvait opposer qu'une faible résistance. De plus, les Français étaient exténués par un combat de dix heures, et sans cavalerie aucune pour protéger leur retraite.

Nous avions deux régiments de ligne en réserve, deux régiments de dragons à cheval, deux escadrons de carabiniers, le bataillon de Lombards, commandé par Manara, enchaîné, il est vrai, par la parole de Manucci, et, derrière eux, un peuple tout entier.

Garibaldi avait jugé la situation, car, du champ de bataille, il écrivait au ministre de la guerre Avezzana :

« Envoyez-moi des troupes fraîches, et, de mCme II. 8.

que je vous avais promis de battre les Français, parole que j'ai tenue, je vous promets d'empêcher que pas un ne rejoigne leurs vaisseaux. »

Mais alors, dit-on, le triumvir Mazzini opposa sa parole puissante à ce projet.

— Ne nous faisons pas, dit-il, un ennemi mortel de la France, par une défaite complète, et n'exposons pas nos jeunes soldats de réserve, en rase campagne, contre un ennemi battu, mais valeureux.

Cette grave erreur de Mazzini enleva à Garibaldi la gloire d'une journée à la Napoléon, et rendit infructueuse la victoire du 30; erreur fatale, et cependant excusable chez un homme qui avait mis toutes ses espérances dans le parti démocratique français dont Ledru-Rollin était le chef, erreur qui eut pour l'Italie d'incalculables conséquences.

Le plan de Garibaldi, s'il eût été adopté, pouvait changer les destins de l'Italie.

En effet, la position était des plus simples, et j'en appellerai, aujourd'hui que les daines sont éteintes et qu'un nouveau jour se lève pour l'Italie, à la loyauté de nos adversaires eux-mêmes.

Oudinot avait attaqué Rome avec deux brigades, une sous les ordres du général Levaillant, l'autre fious les ordres du général Molière; un bataillon de

DE h 6ÂRTBALDI 189

chasseurs à pied, douze canons de campagne eli' cinquante chevaux, complétaient la division; nou9 avons vu à quel fâcheux état était réduit, dans la soirée du 30 avril, ce corps d'armée, dont Taile gauche avait été nmladroitement allongée et Taile droite rejetée sur son centre par Garibaldi, maître de la villa Pamphili, des aqueducs et de la vieille voie Aurélienne; il fallait, sans perdre un instant et avec toutes les troupes disponibles, se porter en avant, forcer les Français, ou aune fuite rapide, né» cessaire slls voulaient regagner Givita*Vecchia, ou à un nouveau combat, qui se fût terminé par leur complète destruction dans la position défavorable où ils se trouvaient.

Ou l'armée française eût été anéantie, ou elle eût été forcée de déposer les armes.

Ce qu'il y a de curieux, c'est que, pendant toute cette journée, les musiques militaires romaines jouèrent la Marseillme^ en combattant ceux qui, animés par ce chant, avaient vaincu l'Europe.

Il est vrai qu'ils ne le chantaient plus.

Outre les morts et les blessés qu'ils nous firent, les balles et les boulets causèrent, dans cette journée, de grands dommages à nos monuments, et nous ne pûmes nous empêcher de sourire tristement, lorsque nous lûmes, dans les journaux fran*

çais, que le siège traînerait probablement en longueur, par le soin qu'avaient les ingénieurs de sauvegarder les monuments artistiques.

Les balles et les boulets frappaient, en effet, et crépitaient comme grêle sur la coupole de Saint- Pierre et sur le Vatican.

Dans la chapelle Paulina, riche des fresques de Michel-Ange, de Zuccari et de Lorenzo Sabati, une des peintures fut atteinte diagonalement par un projectile.

Dans la Sixtine, un autre endommagea un caisson peint par Buonarotti.

En somme, les Français perdirent dans cette journée, blessés et prisonniers, treize cents hommes. De notre côté, nous eûmes une centaine d'hommes tués ou hors de combat, et un prisonnier.

Ce prisonnier était notre chapelain UgoBassi, qui, dans un de nos mouvements en arrière, ayant posé sur ses genoux la tête d'un mourant près duquel il s'était assis pour le consoler, ne voulut abandonner le blessé que lorsque celui*ci eut rendu le dernier soupir.

On devine facilement la joie qui s*empara de Rome dans la soirée et dans la nuit qui suivit ce premier combat. De quelque manière que tournassent désormais les choses, l'histoire, on le croyait

DE h GARIBALBI 141

ainsi da moins, ne nierait pas que, non-seulement nous n'eussions tenu tête tout un jour aux premiers soldats du monde, mais encore que nous ne les eussions forcés de reculer.

La ville tout entière fut illuminée et présenta l'aspect d'une fête nationale ; de tous côtés, on entendait des chants et des orchestres. En sortant du quartier général, ces chants et cette musique ser* rërent le cœur des soldats et des officiers prisonniers.

Le capitaine Faby se tourna vers un officier roumain, c'était rhistorien Yecchi, et lui demanda :

— Cette joie et ces chants sont-ils pour nous insulter?

— Non, lui répondit Vecchi, ne croyez pas cela; notre peuple est généreux et n'insulte pas au malheur; mais il fête son baptême de sang et de feu. Nous avons vaincu aujourd'hui les premiers soldats du monde; voulez-vous l'empêcher d'applaudir à la mémoire des morts et à la résurrection de notre vieille Rome?

Alors, le capitaine Faby se montra vivement touché de cette réponse, qui lui était faite en excellent français, si touché que, les larmes aux yeux, il s'écria ;

— £h bien, à ce point de vue, vive Rome! vive l'Italie I

Aucun soldat prisonnier ne fut envoyé au quartier qui lui était destiné, sans qu*il eût reçu des vivres et qu'il fût pourvu de tout ce dont il avait besoin.

Quant aux officiers qui avaient perdu leur épée, il leur en fut, à l'instant môme, rendu une autre. ^Le lendemain, 4" mai, au point du jour, l'infatigable Garibaldi, ayant reçu du ministre de la guerre l'autorisation d'attaquer les Français avec sa légion, c'est-à-dire avec douze cents hommes, divisa cette légion en deux colonnes, dont une partie sortit avec Masina par la porte Gavallegieri, l'autre, sous ses ordres, par la porte San-Pancracio. Le peu de cavalerie qu'il avait fut augmentée d'un escadron de dragons.

Le but de Garibaldi était de surprendre les Français dans leur camp et de leur livrer bataille, quoique six fois moins nombreux qu'eux; il espérait, au reste, qu'au bruit de la fusillade et du canon, le peuple tout entier accourrait à son secours.

Mais, arrivé au camp» il apprit que les Français étaient partis pendant la nuit, se retirant vers Castel*di'Guido, et que Masina, qui avait pris le plus court, avait rejoint leur arrière-garde et bataillait avec elle.

Garibaldi alors doubla sa marche, et rejoignit Masina près de l'hôtellerie de Malagrotta , où les Français se massaient et paraissaient s'apprêter à h

DE J. (?A1tIBÂLDI 443

bataille. Il prit aussitôt, en flanc de l'armée française, sur une hauteur, une avantageuse position; mais, au moment où les nôtres allaient charger, un officier se détacha du corps d'armée, s'avança sur la grande route et demanda à parlementer avec Garibaldi.

Garibaldi ordonna qu'il lui fût amené.

Le parlementaire dit qu'il était envoyé par le général en chef de l'armée française pour traiter d'un armistice et s'assurer si, bien réellement, le peuple de Rome acceptait le gouvernement républicain et voulait défendre ses droits. Ck)mme preuve des loyales intentions du général, celui-ci proposait de noué rendre le père Ugo Bassi, fait, comme nous l'avohs raconté, prisonnier la veille.

Pendant cet entretien, un ordre du ministre arrivait, enjoignant à Garibaldi de rentrer dans Rome.

La légion y rentra vers quatre heures après midi, conduisant avec elle le parlementaire.

L'armistice que demandait le général Oudinot lui fut aceordô.

m UËMOl&ES

EXPÉDITION CONTRE l'aRHÊE NAPOLITAINE

TJandis que s'accomplissaient les événements que nous venons de raconter. Tannée napolitaine» forte de près de vingt mille hommes» ayant le roi à sa tête, traînant après elle trente-six bouches à feu» flanquée d'une magnifique cavalerie, fière de ses récents triomphes en Calabre et en Sicile, s'avançait pour investir la ville par la rive gauche du libre. Elle avait occupé militairement Velletri, puis Âlbano et Frascati, protégée sur sa droite par les Apennins, sur sa gauche par la mer, et étendant ses avant-postes à quelques lieues de nos murs.

' Voyant cela, Garibaldi, que l'armistice laissait inoccupé; demanda à employer ses loisirs à faire la guerre au roi de Naples.

. La permission lui fut accordée.

' Le soir de la nuit du 4 mai, Garibaldi sortit vec sa légion, forte di^ deux mille cinq cents mmes.

BB J. GÂBIBÂLI)! fIS

Parmi ces deux mille cinq cents hommes se trouvaient le bataillon de bersaglieri de Manara, rentré dans le plein exercice de s«s droits (qui, du reste, n'avaient pas été aliénés à Tendlroit du roi de Naplel^, les douaniers, la légion universitaire, deux compagnies de la garde nationale mobile et queL ques autres corps de volontaires.

Le rendez-vous avait été donné sur la place du Peuple. A six heures, Graribaldi était arrivé.

Un jeune Suisse, de la Suisse allemande, qui a écrit une excellente histoire du siège de Rome, Gustave de Hoffstetter, exprime ainsi TeiFet que lui produisit la viie de Garibaldi.

<r Au moment où six heures sonnaient, le général parut avec son état-major et fut reçu par un tonnerre de vivat; je le voyais pour la première fois : c'est un homme de taille moyenne, au visage brûlé par le soleil, mais avec des lignes d'une pureté antique; il est assis sur son cheval, aussi calme et aussi ferme que s'il y était né; de dessous son chapeau, à larges bords, à ganse étroite, orné d'une plume noire d'autruche, se répand une forêt de cheveux; une barbe rousse lui couvre tout le bas du visage; sur sa chemise rouge était jeté un puncho américain blanc et doublé de rouge comme sa cheu. 9

mise. Son état-major portait la blouse rouge, et, plus tard» toute la légion italienne adopta cette couleur.

» Derrière lui galopait 8on palefrenier ) nègre vigoureux qui l'avait suivi d'Amérique; il était vôtu d'un manteau noir et était armé d'une lance à flamme rouge.

9 Tous ceux qui étaient venus aveo lai d'Amérique portaient à la ceinture des pistolets et des poignards d'un beau travail; chacun avait à la main le fouet de peau de buffle, t»

Continuons la description : cette fois, c'est Emile Dandolo qui parle ; lui aussi,— pauvrejeune homme, blessé au siège de Bome^ où «on frère fut tué, mort depuis, à Milan, de la poitrine,^— il a laissé un récit des événements auxquels il a pris part^

« Suivis de leurs ordonnances, tous ces officiers venus d'Amérique se débandent, se réunissent, courent en désordre, vont de çà et de là, actifs^, surveillants, infatigables; quand la troupe s'arrête pour camper et prendre quelque repos, pendant que les soldats mettent leurs armes en faisceaux, c'est un curieux spectacle que de les voir sauter à bas de leurs chevaux^ et pourvoir chacun en per-

lionne, le général compris, aux besoins de leurs montures.

» L'opération finie, les cavaliers songent à eux, et ii, des localités voisines, ils ne peuvent avoir des rivres, trois ou quatre colonels ou majors sautent sur leurs chevaux, et, armés de lassos, s'aventurent par la campagne sur la trace des moutons ou des bœufs. Quand ils en ont réuni ce quils en veulent, ils reviennent, poussant le troupeau devant eux; ils eu distribuent un nombre donné par compagnie, et tous, tant qu'ils sont, soldats et officiers, se mettent à égorger, à couper par quartiers et k faire rôtir, devant d'immenses feux, d'énormes morceaux de mouton, de bœuf ou de porc, sans compter les menus animaux» comme dindons, poulets, canards, etc.

» Pendant ce temps, si le péril est éloigné, Garibaldi reste couché sous sa tente; si, au contraire, l'ennemi est voisin, il ne descend pas de cheval, donne ses ordres et visite les avant-postes; souvent, il jette bas son singulier uniforme, s'habille en paysan, et se livre lui-même aux plus dangereuses explorations ; la plupart du temps, assis sur quelque cime élevée et qui domine les environs, il passe des heures à sonder les profondeurs de l'horiscttavec sa lunette; lorsque la trompette du gé-

néral donne le signal du départ, les mêmes lassos servent à prendre et à ramener les chevaux qui paissent épars dans la prairie; Tordre de marche est arrêté comme la veille, et le corps se met en route sans que personne sache ou s'inquiète où Ton va.

D La légion personnelle de Garibaldi est forte de mille hommes, à peu près; elle se compose du plus désordonné assortiment d'hommes qui se puisse voir, gens de tout rang, de tout âge, enfants de douze à quatorze ans, appelés à cette vie d'indépendance soit par un noble enthousiasme, soit par une inquiétude naturelle, vieux soldats réunis par le nom et par la renommée de l'illustre condottiere du nouveau monde, et, au milieu de tout cela, beaucoup qui ne peuvent se vanter d'avoir que la moitié de la devise de Bayard, sans peur, et qui cherchent, dans la confusion de la guerre, la licence et l'impunité.

» Les officiers sont choisis parmi les plus courageux et élevés aux grades supérieurs, sans qu'il soit tenu compte de l'ancienneté ni des règles ordinaires de l'avancement. Aujourd'hui, l'on en voit un, le sabre au côté, c'est un capitaine; demain, par amour de la variété, il prendra le mousquet, se mettra dans les rangs, et le voilà redevenu soldat.

La paye ne manque pas : elle est fournie par le papier des triumvirs, qui ne coûte que la peine de le faire imprimer : proportionnellement, le nombre des ofQciers est plus grand que celui des soldats.

» Le vaguemestre, c'est-à-dire Thomme chargé des bagages, était capitaine; le cuisinier du général était lieutenant; l'ordonnance avait le môme grade; Tétat-major est composé de majors et de colonels.

» D'une simplicité patriarcale, qui est si grande, qu'on la dirait feinte, Garibaldi ressemble plutôt au chef d'une tribu indienne qu'à un général; mais, quand le péril s'approche ou se déclare, alors il est véritablement admirable de courage et de coup d'œil ; ce qui pourrait lui manquer de science stra- . tégique, pour un général selon les règles de l'art militaire, est remplacé chez lui par une étourdissante activité. »

Vous le voyez, sur tous les esprits, sur tous les tempéraments, cet homme extraordinaire fait unq égale impression.

Revenons à l'expédition contre les Napolitains.

La troupe se mit en marche à la chute du jour, vers les huit heures du soir. Où allait-on? Personne n'en savait rien. On appuya à droite jusqu'à ce

itfe MtiMoiRKa

que, après avoir décrit un immense cercle, on se trouvât sur la route de Palestrina.

La nuit était limpide et fraîche; on marchait en silence et au pas redoublé. L'état-major pourvoyait lui-môme au 3ervice de sûreté. Les officiers, accompagnés de quelques hommes à cheval» faisaient de grands tours dans la campagne; quand le sol était trop accidenté, la colonne s'arrêtait et les adjudants, sondant le terrain qui s'étendait devant elle, reveoaient donner des nouvelles qui rendaient le mouvement à l'expédition.

Ces haltes avaient, outre l'avantage de la sécurité, celui de faire reposer les troupes, dont la marche continua ainsi sans trop de fatigue jusqu'à huit heures du matin. A une lieue de Tivoli, on s'arrêta ; depuis quelque temps, on avait quitté le chemin de Preneste qui conduit à celui de Palestrina, et l'on s'était dirigé vers Tivoli en suivant une vieille voie romaine.

Par cette marche nocturne, faite avec rsipidité, le général avait gagné un triple avantage :

V II avait mis dans l'erreur les espions, qui, le voyant sortir par la porte du Peuple, durent croire que l'expédition était dirigée contre les Français lesquels, arrêtés alors à Palo, avaient entamé une espèce de congrès avec le triumvirat.

DB J. GÀIIBÀLDI ISi

S* Oaribaldi se troayaU» à Tivoli, sur le flano droit de la ligne d'opérations des Napolitains, qui campaient k Vtlletri et qui envoyaient leurs éclaireurs dans la direction de Ron^e jusqu'aux hauteurs de Tivoli.

3® La marche noetume par une lande déserte, privée d'ombre et d'eau, était, grâce à la fraîcheur des ténèbres, un vrai bienfait pour les troupes.

A cinq heures du soir, les hommes reprirent leurs rangs, et l'on marcha vers les ruines de la villa Adsiana, distante d'une lieue, à peu près, de l'endroit où l'on avait fait halte, et qui gît pu pied de la montagne où s'élève Tivoli.

Le général avait eu tout d'abord l'intention d'y camper; mais il changea d'avis, et fit fiûre, auparavfint, une complète exploration des lieux. Il ne mit pas de troupes à Tivoli, parce que ce n'était qu'à la dernière extrémité qu'il voulait entrer dai^ les villes.

Au milieu des ruines de la villa Adriana, qui forment une forteressci la brigade entière planta son camp, hommes et chevaux; les chambrç9 souterraines de pet immense édifice étant asspt bien conservées pour qu'on s'y lage&t.

Cette villa fut élevée par Adrien lui-mèo^e ; elle e^t longue de deux milles, large d'nn mille. Unç petile

forêt d'orangers et de figuiers a poussé sur remplacement de Tancien palais.

Le 6 mai, on partit à huit heures du matin, les bersaglieri en tête; pour joindre la grande route de Palestrina, on fut forcé de passer par la gorge de San-Veterino. On mit une heure à franchir ce défilé ; à midi, on campa dans une autre vallée où Ton trouva de Teau fraîche et de Tombre. On n'apercevait pas une maison, mais on nageait dans la verdure.

A cinq heures et demie, l'on se remit en marche et Ton gravit la montagne. Les soldats avaient devant eux les hôtes de somme qui portaient les munitions de guerre.

Quant aux soldats eux-mêmes, chacun d'eux portait son pain ; de la viande, on ne s'en inquiétait pas, on en trouvait à toutes les haltes ; les seuls bersaglieri avaient des marmites.

Arrivée au sommet de la montagne, l'expédition trouva une ancienne voie romaine parfaitement conservée, laquelle conduisait à Palestrina, où l'on arriva à une heure du matin.

Ce fut une bénédiction que de rencontrer cette voie romaine, si bien conservée, que pas une bête de somme n'y fit un faux pas et que le vent n'en souleva point un grain de poussière.

DB h GARIBALDI 153

Cependant de fréquentes haltes furent faites pour donner du repos au soldat. On avait besoin, tu la besogne qu'on lui réservait, qu'il n'arriv&t point trop fatigué.

Le général envoya des patrouilles de tous côtés.

Une de ces patrouilles, forte de soixante hommes et commandée par le lieutenant Bronzelli, le môme qui, dix ans plus tard, fut frappé à mort sur le champ de bataille de Treponti, obtint les plus heureux résultats; elle attaqua. un village occupé par les Napolitains, les mit en fuite et leur fit quelques prisonniers.

Deux des nôtres, qui ne voulaient pas se rendre, furent tués et mis en morceaux.

Le 9, on eut avis qu'un corps considérable de Napolitains s'avançait vers Palestrina; et, en effet, vers deux heures de l'après-midi, du haut de la montagne Saint-Pierre, qui domine la ville et qui était occupée par notre seconde compagnie, on vit s'avancer en bon ordre, par les deux routes qui se réunissent à la porte del Sole, la colonne ennemie. C'étaient deux régiments de l'infanterie de la garde royale et une division de cavalerie.

Garibaldi envoya au-devant d'eux, en tirailleurs, deux compagnies de sa légion, une de la garde na- II. 9.

184 MéMOIRBS

') tionale mobile et la quatrième compagnie de bersaglieri.

Celle-ci occupait Faile gauche de la longue chatne de montagnes qui vient mourir dans la vallée.

Manara, de la plate-forine de la porte, dominait à cheyal cette scène magnifique et, par Tentremise d'un trompette I indiquait les mouvements qu'il fallait exécuter.

On eût cru être h une revue, tant les choses se passaient tranquillement, et tant les mouvements répondaient aux signaux de la trompette*

Lorsque nous fûmes près des Napolitains, un féu très-vif commença, et les autres corps 4e l'expédition, serrés en colonne, se présentèrent hors 4e la porte.

Le chef ennemi voulut alors étendre eii tirailleurs ses premiers pelotons ; mais on voyait les soldats, effrayés, refuser de s'éloigner les uns des autres. Quant à nous, nous avancions toujours en continuant le feu. Alors notre extrême droite, commandée par le capitaine Rozat, tourna un n^r qui l'empêchait d'avancer, et courut vivequent s'éparpiller sur les flancs de l'ennemi.

Les Napolitains oscillèrent un instant; puis, rompant leurs rangs tout à coup, ils prirent la fuite sans presque décharger leiirs fusils. Alors quelques

hommes du bataillon de Manara pénétrèrent jusqu'au milieu de leurs rangs et en sortirent ramenant cinq ou six prisonniers.

A Taide droite, quoique marctiant plus lente* ment, les choses procédèrent de la môme façon; la première compagnie de bersaglieri laissa approcher les Napolitains à portée de pistolet et, avec un0 charge vive et inattendue, avec un vigoureux choq à la baïonnette, elle les mit facilement en fuite, les chassant sucoessiTement de trois maisons qu'ils occupaient et soutenant, avec le plus grand caliA6» une obarge de cavalerie qui coûta la vie à bon nombre de cavaliers napolitains.

(^'était le moment qu'attendait Ganhaldi; il envoya un bataillon de renfort à Haoara, en ord:^f|* Qant de charger sur tout^ )a ligne h la haïqnnptte.

Foudrpf (&s sur t#ur flâne par ies Lombards, repoussés de front par les iégioii» et par les e:iilé§, les rpj^ux prirent la fuite rapidement et complètement, laissant trpif^ pièces de canpn sur le champ de bataille,

Le combat dum trois beure^, et fut cof^d^jt à bonne fin sans gr^'^pd'peine. J^es ennemis opposèrent une si faible ré§istanise, que np^^ ^n fûmis^s émerveillés.

Si ooi^s aviops eu dp U cav^lerip pour la l#pcer

à la poursuite des fuyards, leur perte eût été considérable.

Mais, quand Garibaldi vit Tennemi se retirer si précipitamment et les nôtres le poursuivre en désordre, il craignit une embuscade et fit sonner la retraite.

Nous eûmes une douzaine de morts et vingt blessés, parmi lesquels le brave capitaine Ferrari, qui reçut un coup de baïonnette dans le pied.

La perte des Napolitains fut d'une centaine d'hommes.

Le résultat matériel, comme on le voit, était peu de chose, mais l'effet moral était grand.

Deux mille cinq cents soldats de Garibaldi avaient mis en complète déroute six mille Napolitains.

Environ vingt pauvres diables de prisonniers, presque tous de la réserve et, par conséquent, arrachés à leurs familles et forcés de combattre pour une cause qui n'était pas la leur, furent conduits devant Garibaldi. Tremblants et les mains jointes, ils lui demandèrent la vie. C'étaient de beaux hommes, bien vêtus, mais détestablement armés de pesants fusils à pierre, avec des sacs pleins d'images de saints et de madones, de reliques et d'amulettes.

Ils en avaient au cou, ils en avaient dans leurs poches, ils en avaient partout. Ils dirent que le roi

DB h GÂRIBALDI 187

était à Albano avec deux régiments suisses, trois de cavalerie et quatre batteries; on attendait d'autres renforts de Naples.

Eux, sous les ordres du général Zuccbi, avaient été envoyés pour prendre Palestrina et s'emparer de Garibaldi, qui. leur inspirait une terreur qu'on ne saurait imaginer.

Nous campâmes la nuit bors de Palestrina.

Le jour suivant, nous nous avançâmes, pour occuper des avant-postes, deux milles plus loin; nos patrouilles s'aventurèrent jusque dans les lignes ennemies, qui avaient leurs piquets à quatre milles de distance.

Pour ne pas rester à ne rien faire, nous faisions manœuvrer nos soldats, qui, depuis Solaro, n'avaient pas une seule fois fait l'exercice. C'était un beau et encourageant spectacle pour notre cause républicaine que de voir ces hommes qui, à un quart de lieue de l'ennemi, apprenaient le maniement des armes dont ils allaient se servir contre lui, et qui, au son de la trompette et du tambour, étudiaient l'école de peloton et le feu des tirailleurs.

Nous revînmes le soir à la ville; mais ce fut pour livrer un nouvel assaut.

Le 7 mai, nous étions arrivés à minuit, sous des torrents de pluie. Le bataillon Manara avait reçu

pour logement un couvent d'augustini; mais les moines n'avaient pas voulu lui ouvrir ; et, fatigués et ruisselants, les républicains frappèrent vainement à la porte, pendant une heure et par un vent glacial. Enfin, la patience des bersaglieri, si grande qu'elle taXi se lassa; on fit venir les sapeurs, et la porte du couvent fut enfoncée.

QuQjque» ce soir-là, les soldats, horriblement las, fi^s^ent furieux d'un semblable accueil, Quoique le général dit parfaitement et ne laissât point ignorer k ses boinmes qu'il faisait aussi bien la guerre ai» moines hostiles ^ la république qp'aox Napolitains, les exhortations de Manara et de ses officiers parvinrent à calmer nos soldats et & empocher tous les dfîsordres auxquels on pouvait s'attendre en pareille occasion. On se coucha tranquillement sur le pavé des corridors, et l'on chercl)a, dani un court repos» la force de supporter de nouvelles fatigues.

Par bonheur, la fatigue qne nous donnèrent les I^applitains ne fut pas grande^

Or, le soir de la bataille, les bersaglieri regagnèrent leur couvent et le trouvèrent de nouveau fermé, n fallut de nouveau reeourir, pour entrer, k la hache des sapeurs.

Les frères s'étaient enfuis, oette fois. Ils n'avaient pas im qroire que des républicains fussent si peu

DE h GAHIBf LDI it»

rancuniers, et ils craignaient que I^ 4puceur dont nous avions fait montre ne fût un piège et ne cachet quelque sinistre retour.

Aussi, en fuyant, les frères avaient-i}s emporté avep eux les clefs de leurs cellules. Popr avoir l^s couvertures et les objets nécessaire^ à im campement, si modeste qu'il fû^, on dut eqfoncer quelques portes. Par lionheur, les aapeurs ^'étaient pas loin. Ces portes enfoncées, l'exemple fut contagieux; au lieu de se contenter, comme la première fois, du pavé des corridors, les soldats voulurent avoir, ceux-ci des matelas, ceux-là des couchettes; les chefs, lassés de faire de la morale, suivirent le mauvais exemple et prirent les eellules* ^n moins d'une demi-heure, le couvent fut sens dessus dessous; à peine eut-on le tenaps de poser des sentinelles à l'église, à la cave et à I4 bibliothèque.

Au reste, il n'y av^it rien à prendri^ ; les frères n'avaient laissé que les gros meubles, dont aucun ne pouvait se mettre dans un sac ; fuais bon noaibre de paysans, qui avaient excité nos «old^t^ à ce bç>uleversement, profitaient du désqrdre, et, qpmqf^e les fourmis, se mettaient à trpi^ ou quatre» ft|}n d'emporter les morceaux trop gros pour un seul.

Beaucoup des nôtres, peu religieux, couraient par tout le couvent, heureux, une fois pour toutes,

d'avoir affaire à des moines. L'un sortait d'une cellule avec un large chapeau de dominicain sur la tête, l'autre se promenait gravement dans les corridors avec une longue robe blanche sur son uniforme. Tous parurent à l'appel avec un énorme cierge allumé à la main, et, pendant toute la nuit du 9 au 10, en l'honneur de notre victoire sur les Napolitains^ le couvent fut splendidement illuminé.

La correspondance des pauvres frères ne fut pas plus respectée que le reste, et plus d'une lettre fut apportée en triomphe et lue à haute voix par les soldats, qui eût fait rougir jusqu'aux oreilles les chastes fondateurs de l'ordre K

Le 10, nous nous arrêtâmes à Palestrina, et nous campâmes dans les prés. Les Napolitains paraissaient avoir perdu le goût de nous attaquer, et couronnaient les collines d'Albano et de Frascati, se rapprochant peu à peu de Rome.

Garibaldi, qui craignait un assaut combiné des Napolitains et des Français, se mit le môme soir en marche pour revenir sur Rome; nous passâmes en silence, et dans un ordre parfait, à deux milles du camp ennemi, par des sentiers presque imprali-

1. Comme Medici n'assistait pas à l'expédition de Palestrina, la plupart de ces détails sont empruntés à Emile Dandolo.

] . DE J. 6ÀRIBALDI 101

cables, sans qu'aucun accident troublât la tranquillité d'une marche magnifique.

Enfin, dans la matinée du 12, nous arrivâmes à Rome, ayant fait pendant la nuit, vingfrhuit milles sans nous arrêter un instant; nous avions le plus grand besoin de repos; beaucoup d'entre nous, croyant partir pour une campagne de quelques heures seulement, n'avaient pris, pour être plus légers, ni marmite, ni sac, ni linge.

Mais, la nuit venue, au lieu de nous reposer, nous fûmes forcés de reprendre nos fusils; une alarme fut donnée à la ville : le bruit courut que les Français attaquaient le Monte-Mario ; nous sortîmes précipitamment par la porte Angelica, nous échangeâmes quelques coups de fusil avec les Français, et nous dormîmes au bord d'un fossé, la main sur nos armes.

G. MEDia.

t«S HËH01RK8

COMBAT DE VBLLETBI

A partir de ce moment, ies fiotes laissées pour nous par Garibaldi, au moment où il partait pour la Sicile, nous permettent de lui rendre la parole et de lui remettre la plume à la main.

Le 12 mai, TAssemblée conçtituautç romaine, à la nouvelle de l'héroïque défense de Bologne, rendait ce décret :

« Rome» 12 mai 1S49.

» V Assemblée œnstitiuinte, au nom de Dieu et du peuple,

» Décrète :

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