LIVRE XV
avait eu la bonté de faire vers le roi pour obtenir de la justice et de la piété de Sa Majesté quelques remèdes aux maux que soutirait ce diocèse pour n'avoir aucuns supérieurs légitimes qui le gouvernassent.
Il représenta que depuis la révocation du vicaire général, de l'official, et dés autres officiers nécessaires pour le conduire, faite par M. le cardinal de Retz, reconnu archevêque de Paris, ceux qu'il avait nommés à leur place ne pouvant exercer leurs charges, cette église était tombée dans un aussi grand désordre qu'auparavant elle était bien réglée ; que le sacrement de confirmation, qui était si nécessaire aux fidèles, ne s'y administrait plus; que la plupart des prêtres qui confessaient le faisaient sans juridiction, n'ayant été approuvés d'aucun supérieur légitime ; que plusieurs vagabonds disaient la sainte messe où il leur plaisait ; que plusieurs mariages clandestins se faisaient ; que les ordinations ne se pouvaient tenir ni le^ professions des religieuses se faire, et qu'étant différées au delà de Tannée de noviciat, la vocation de plusieurs filles se perdait; que le même inconvénient arrivait aux élections des supérieurs dans les monastères soumis à l'archevêque, lesquels on était contraint de continuer au delà du temps marqué par leurs constitutions, ce qui causait beaucoup de murmure dans les maisons. Que L'officialité ne se tenant point comme à l'accoutumé, les mauvais prêtres trouvaient une impunité tout entière dans leurs désordres ; et que les affaires qui regardaient le mariage, les fiançailles et les promesses étant arrêtées, cela produisait beaucoup de désordres dans les familles ; qu'on ne pouvait rendre aucune justice sur les appels des sentences de messeigneurs les suffragants ; d'où il arrivait que les parties plaignantes allaient, ou par devant l'official de la primatie de Lyon, omissio medio, ou, ce qui était encore pire, se pourvoyaient par devant le Parlement. Qu'il n'y avait rien de si pernicieuse conséquence que de donner quelque ouverture à l'établissement des vicaires généraux et aux officiers des évêques par l'intervention de quelqu'autre puissance que la leur, de qui seule il dépendait par l'institution de J.-C. ; et d'accoutumer le peuple à se passer du gouvernement épiscopal, ce qui le portait dans le dérèglement et le libertinage et donnait à l'hérésie le moyen de faire ses progrès impunément.
Qu'ils espéraient que Sa Majesté, étant sollicitée par l'Assemblée comme elle l'était si puissamment, aurait enfin pitié de cet état misérable du diocèse de Paris, et qu'elle souffrirait que les vicaires et autres officiers nommés par M&r le cardinal de Retz exerceraient [sic) leurs charges librement, puisque c'étaient des personnes qui ne lui pouvaient être suspectes; qu'elle aurait encore la bonté de mettre en liberté M. Chevalier et de rappeler MM. les curés qui avaient été éloignés, afin de consoler leurs paroisses dont il y avait si longtemps qu'ils étaient absents.
Ensuite ce curé représenta fortement l'intérêt qu'avaient messeigneurs les évêques en cette affaire, et leurs obligations par la charité épiscopale et toutes les lois canoniques d'assister M. le cardinal de Retz, leur confrère, en son affliction, pour essayer de le faire entrer aux bonnes grâces de Sa Majesté; conjura derechef l'Assemblée de lui continuer ses bons offices comme elle avait commencé, et d'achever ce grand ouvrage, lequel était tout à fait digne de son zèle et de sa piété.
M. de Narbonne lui répondit que l'Assemblée ayant su qu'ils étaient dans le cloître et qu'ils demandaient à être ouïs, sans qu'ils eussent averti le président ou un des promoteurs, elle avait voulu leur dire qu'il aurait pu arriver qu'elle aurait été occupée à des affaires qu'elle n'aurait pu quitter; que pour ce sujet on avait accoutumé de voir le président ou un des promoteurs de l'Assemblée avant que d'y venir; que néanmoins, parla considération qu'elle faisait de leurs personnes, elle avait mieux aimé suspendre les affaires qu'elle avait commencées que de les renvoyer sans leur donner audience; que la compagnie avait prévenu leur demande, s'étant employée dès le commencement pour tâcher de remédier aux désordres qu'elle voyait dans le diocèse de Paris par le défaut des personnes qui pussent le gouverner avec une autorité légitime; qu'elle n'avait pas seulement regardé avec douleur cette confusion; mais qu'elle avait fait ce qu'elle avait pu pour y établir les ordres nécessaires pour sa conduite.
Que présentement, elle avait des députés à la cour pour prier le roi d'agréer que le curé de Saint-Séverin fit les fonctions de vicaire général en attendant que le cardinal de Retz choisît pour ses grands-vicaires des personnes qui ne